LETTRE DE MABIE STUART A ELISABETH
fort mal récompensée, de sorte que l'espérance meurt, et ma douleur augmente. Hélas! madame , faut-il que m'étant venue jeter entre vos bras pour refuge, je sois soupçonnée , ou pour les avancements, ou dans le pays, ou dehors, je sois mal traitée? Je n'ai charge que de moi et ne puis répondre d'autre étant entre vos mains. Je n'ai rien fait pour vous offenser. Je ne me mêle que de requérir votre support et promise faveur. Et si je ne m'y fusse attendue, ains que j'eusse voulu au pis aller mettre les fers au feu ou brouiller les cartes, j'eusse cherché de mettre sus quelque plus avantageuse entreprise pour mon profit, que de semer dissention ou rébellion à mon péril et certain dommage sans apparence d'aucun remède pour moi. J'ai trop d'occasions de désapprouver rébellion, pour la vouloir ou moyenner ou causer. Par quoi je vous supplie ne me remettre plus sur le bien ou mal fait d'autruî, ains ayez pitié de ma longue affliction. Ne laissez ces deux ans passer en vaine espérance de votre naturelle bonté, sans quelque bonne conclusion. Je ne désire pas recevoir de vous gratuité ou faveur sans vous en rester obligée. L'évêque de Ross vous a fait des offres de ma part, il y a longtemps, réduisez les en mémoire. Regardez en quoi je vous puis satisfaire avec mon honneur, vous en demeurant à jamais redevable.
« Brief je suis venue de mon gré me mettre entre vos mains pour être perpétuellement jointe avec vous d'un lien indissoluble (d') obligation, comme je la suis en consanguinité. Je ne fuyois devant vous, ains vous suis venue chercher , vous voulant devoir plus qu'à tous princes chrétiens. Ne retenez donc par force et en ennemie celle qui vous est venue en amie et de bon gré. Et, au lieu de l'obligation que je requiers vous devoir, ne me donnez sujet de me repentir ou me sentir offensée ; qui est le cruel médecin qui à son escient rengrége le mal du patient au lieu de l'adoucir? Que ferez-vous donc, vous, dis-je, qui avez été
se CAPTIVITÉ DE MARIE STUART (1S69).
si bonne à ceux mêmes qui vous ont offensée? Tant s'en faut qu'ayez dénié votre support à qui Ta recherché. Moi donc seule en misère, sortant de prison , fuyant la cruelle trahison et rébellion de mes sujets pour venir à vous à recours, en qui j'avois mis ma seule espérance pour tant de respects si raisonnablement fondés, en serai-je non seulement privée ; ains , au lieu d'obtenir franchise , sera ma chère (chèrement) achetée liberté réduite en une autre prison , et, au lieu de support, ou pour m'être fiée en vous, serai-je soupçonnée? Au lieu d'être restituée par votre moyen, auront mes ennemis temps et permission de ruiner mes sujets et d'établir leur tyrannie.
« Ha! madame, respectez votre honneur plus que la. malice de mes ennemis , votre sang plus que les menteries de mes rebelles, votre promise faveur plus que le soupçon qui est vice à un prince, principalement quand c'est contre ceux qui ont fait telle preuve de sincère intention vers eux, comme j'ai fait preuve à vous , m'étant mise en votre pouvoir si librement. Or, maintenant je vous adjurerai pour l'amour de Dieu , pour la pitié de mes longs troubles , pour notre parentage, pour la fiance mise en vous, pour votre honneur, pour le respect dû à une semblable, pour la requête d'une affligée, pour votre promise faveur, pour l'amour des rois vos voisins mes alliés , et enfin , pour l'amour de votre bon naturel et de vous même , à qui je suis plus proche qu'à nul autre , de mettre fin à mes longs ennuis. Vous assurant de moi mieux que par prison, assurez vous, je dis, de ma volonté, gagnant le cœur. Car par prison vous n'aurez que le corps, qui ne vous peut tant nuire, que m'ayant cœur et corps je vous puis servir. Je ne vous serai point ingrate amie ni dénaturelle sœur, et peut-être quelque jour mon amitié ne vous sera inutile. Ne me délaissez plus, ma bonne sœur, mettez fin à mon travail, et assurez vous de votre soupçon. Faites moi entendre ce que je puis faire, mon honneur étant en conscience préservé, et sur