Ibidem
6. Bibl. imp., ms., ibidem, fol. 15 verso. — Cf. Papiers d'État relatifs à VÉcosse,%.U, p. 386 et 387.
pour le reste, je m'en vais, avec belles paroles de persuasion, trouver la reine d'Angleterre pour la prier de n'y apporter ni faire chose qui contrevienne à vos ligues , traités, amitiés et alliances. »
Gastelnau parvint , en effet , à empêcher une intervention directe d'Elisabeth en Ecosse, et à soutenir le parti français dans ce royaume ; chose difficile au milieu des violences des factions, des intrigues de l'Angleterre et de l'Espagne, des plaintes amères de Marie Stuart et de la conduite cauteleuse de Catherine de Médicis , qui voulait avant tout se concilier Elisabeth , l'empêcher de secourir les protestants de France et la déterminer à épouser le duc d'Alençon. Marie Stuart insistait vivement pour qu'on suivît une autre politique. «La reine d'Ecosse, écrivait Gastelnau à Henri IIP, m'a prié d'écrire à Votre Majesté pour la supplier de tenir les ajBFaires d'Ecosse , qui la touchent et la regardent et Monsieur le prince, votre petit-neveu, en plus de considération que par le passé , afin que le dit prince ne soit entièrement gouverné par la passion et tyrannie du comte de Morton, qui ne se contente pas de la ruine de la mère, mais la voudroit aussi du fils, et se venger de la noblesse et des seigneurs qui lui sont aiSectionnés, le tout par la faveur de la reine d'Angleterre. Toutefois , je ne sais pas quel moyen Votre Majesté auroit d'y envoyer un ambassadeur, s'il ne reconnoissoit Monsieur le prince, votre neveu , pour roi, au grand déplaisir et mécontentement de la dite reine d'Ecosse. • En effet , reconnaître Jacques pour roi , c'était proclamer que Marie Stuart avait été légitimement déposée, et une pareille pensée soulevait l'indignation de la reine prisonnière.
D'ailleurs Catherine était toujours préoccupée de négociations matrimoniales, et l'état de la France, déchirée par
1. Bibl. imp., ms., f. Saint-Germain- Harlay, n» 223, fol. 17 verso. — Cf. Papiers d'État relatifs à V Ecosse, t II, p. 888.
AMBASSADE DE CASTELNAD (1577-1578) 75
les deux factions opposées, la réduisait à l'impuissance envers FAngleterre. C'est ce qu'attestent ses lettres à Castelnau^ Elle y parle sans cesse de la nécessité d'entretenir l'alliance avec Elisabeth : « Contenez toutes choses le plus doucement que vous pourrez, écrivait- elle à Gastelnau le 26 janvier 1577, assurant la reine d'Angleterre et ses ministres que nous ne desirons rien tant que de voir nos sujets réunis les uns avec les autres en bonne amitié, à quoi nous avons toujours travaillé jusquesà cette heure, autant qu'il nous a été possible. » ÉUsabeth parlait aussi de son désir d'entretenir la paix; mais c'était d'un ton bien différent et avec une hauteur de langage que justifiait sa conduite. Témoin la lettre suivante qu'elle adressait à Catherine en r^onse à ses protestations d'amitié ■ :
« Madame , il me £ait grand plaisir d'entendre , par la déclaration d« monsieur de La Châtre, l'extrême de'sir qu'avez en l'endroit d'une sincère amitié d'étfe armement corroborée entre le roi votre fils et mon très -cher frère et moi, m'ayant confirmée en même pensée votre dernière lettre, qu'il vous a plu m'écrire, vous assurant de ma part qu'il y aura toujours de l'accordance, vous suppliant de croire que cette sentence se vérifie toujours entre les princes : ehi vuol esser amatOy ama. Ce ne sont point mots qui pourront toujours contenter, qui se pourront à toute heure vendre à fort bon marché. Que le roi pourtant et vous, madame, balance tous mes faits par droite main, et pesez-y les divers bons moyens qui se sont offerts avec les temps fort conamodes pour faire quelque mauvais tour à la France, aux règnes des rois vos très -chers fils', et mettez le cas qu'un roi cherchant renom de notoires actes.
i. Ces lettres ont été pour la plupart publiées par Le Laboureur dans les Aààxti(ms aux Mémoires de Castelnau.
2. L'original autographe de cette lettre se trouve dans les archives de la Ikmille d'Esneval.