‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 80 sur 215 · LETTRE D*ÉLISABETH A CATHERINE · texte numérisé non relu

LETTRE D*ÉLISABETH A CATHERINE

eût été assis en mon lieu, pesez, s'il vous plait, si en votre conscience il se fût assis à dormir en si haut sommeil que moi, non-seulement en ne s'éveillant, ains en estoupant oreilles à tous tels enchantements que la gloire mondaine lui eût su faire. Aussi je ne puis rafrenir ma plume qu'elle ne vous touche en partie le mal que je sens de ce que ne me dépéchez jamais quasi quelqu'un qui ne tienne en ses mémoires quelque point pour la reine d'Ecosse, et ordonnez votre ambassadeur pour lui servir en même temps, de laquelle chose je m'en ressens bien, voyant que ni vous ni le roi n'avez été ignorants quelle injure et torts elle m'a souvent faits, non point en cas de petit moment (importance). Il me semble qu'entre mes mérites et ses déportements il y a bien à dire ; laquelle chose ai pensé comme véritable à vous réciter, à ce qu'en votre jugement je ne sois du tout condamnée d'ignorance en mes propres actions ni en traitements d'autres. Et, quant à cette ligue*, je vous prie croire que si le roi a aussi bon zèle de la garder que moi j'y ai la pensée, je crois qu'oncques elle ne finira, sinon avec la mort de l'un de nous. Et quant à vous, madame, mettez-y la main, non plus pour moi que pour votre seigneur et fils ; car je m'assure que ne lui pourrez mieux servir de bonne mère que en découpant toutes les zizanies que le diable sème entre les bons blés; et que mes actions soient les juges qui donnent sentence de mes mérites en vos endroits, et mettez, s'il vous plait, grande différence entre le vraisemblable et ce qui est, comme je prierai le Créateur de vous en donner le droit jugement, et à qui je prie de vous donner bonne vie et longue. « De Saint- Jacques, le 7 d'avril 1675.

« Votre très-assurée bonne sœur et cousine,

« Élizàbeth. »

1 . L*alliaiice entre la France et l'Angleterre conclue à Blois et confirmée en 1575. Voy. plus haut, p. 61 et 66.

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