CHAPITRE VIII
Prépondérance de la France en Ecosse (juin-août 1582). — Projet d'association de Marie et de Jacques VI sous l'influence de la France. — Opposition d'Elisabeth; troubles excités en Ecosse; prédications séditieuses. — Avis donné par Michel de Castehiau; indifférence de la cour de France. — Attentat de Ruthven (28 août 1582). — La Mothe-Fénelon et Maineville envoyés en Ecosse (décembre 1582 -janvier 1583). — Lutte des partis français et anglais en Ecosse (janvier-avril 1583). — Négociation trompeuse pour la liberté de Marie Stuart (mai-juillet 1583). — Ambassade écossaise à Londres (mai-juin 1583). — Jacques YI se met en liberté (7 juillet 1583).
Le premier soin de Michel de Castelnau fut de ménager rassociation de Marie Stuart et de son fils. Jusqu'alors Marie et son parti avaient refusé à Jacques VI le titre de roi; la France, après de vaines tentatives pour déterminer la reine d'Ecosse à cette association, avait suivi leur exemple et n'avait plus depuis longtemps d'ambassadeurs à Edimbourg. C'était une faute dont le parti anglais ne manquait pas de profiter. « La France ne daigne pas vous reconnaître S » disaient les Anglais à Jacques VI. L'association de Marie et de son fils offrait un moyen de concilier les égards dus à la reine prisonnière avec les intérêts de la France. Pour obtenir l'adhésion de Marie Stuart , Henri III lui écrivit de sa propre main une lettre conçue en ces termes * : « Madame ma sœur , ce que nous sommes l'un
1. « Qui ipsum ne regem quidem hactenus agnoTeriot. « Canibdeni Hist, EHx., pars III, p. 335.
2. La copie de cette lettre se trouve aux manuscrits de la Bibliothèque
EN ECOSSE (JUIN-AOÛT 4582), 9i
à Tautre et les témoignages que je vous aï toujours rendus de la vraie , fraternelle et parfaite amitié que je vous porte doivent suffire à vous assurer que je ne vous serai jamais autre que le pouvez désirer, dont je voudrois vous pouvoir faire sentir de meilleurs effets qu'il ne m'a été possible jusques ici et trouver quelque bon expédient pour vous voir bien contente; ce qui se doit attendre de la main de Dieu. Cependant ayant entendu que mon neveu le prince votre fils est si bien né qu'il vous porte et rend toute l'amitié , honneur et reconnoissance qu'il vous doit, vous me permettrez, s'il vous plaît, de vous dire qu'il me semble que c'est à vous de le fortifier et conserver en cette dévotion, lui montrant combien vous le tenez cher et le désir que vous avez qu'il soit aimé et obéi en votre royaume , afin de lui lever l'opinion qu'on lui pourroit imprimer que vous ayez à suspecte son autorité et que vous entendez qu'il la tienne de vous, et qu'il soit obéi en votre royaume comme votre propre personne. Ce que vous ne pouvez pas mieux faire croire qu'en lui permettant conjointement avec vous de se faire appeler roi, vous priant interpréter en bonne part si je me suis avancé de vous donner ce conseil. Ce que je ne ferois si je ne l'estimois bon et à propos, et tel que le pouvez espérer du plus sûr et affectionné parent et ami que vous ayez. »
Catherine de Médicis lui écrivit dans le même sens K « Madame ma fille, lui disait-elle, j'ai reçu votre lettre, et vous prie vous assurer que toutes choses qui vous toucheront je les aurai toujours en perpétuelle recommandation et plus que mes affaires propres, et je ferai comme si c'étoit pour moi-même , m'assurant qu'il n'y aura pas grande peine , vu la volonté qu'a le roi mon fils de vous faire paroître par tous les moyens l'amitié qu'il vous porte et l'envie
impériale , f. Béthune , n« 8810 ; il n'y a ni page ni date précise , mais je présume qu'elle doit être de la fin de l'année 1681.
1. Bibl. imp., f. Béthune, 8810, fol. 43; cf. Papiers relatifs à VÉcosse^ t. U, p. 477.