‹ Marie Stuart et Catherine de Médicis: étude historique sur les relations deChapitre 97 sur 215 · JACQUES ASSOCIE A LA COURONNE · texte numérisé non relu

JACQUES ASSOCIE A LA COURONNE

qu'il a de votre contentement ; et, en ce que vos gens connoltront que je vous puisse servir , qu'ils me le fassent entendre, et j'espère que vous verrez par effets ce que, pour cette heure, je ne. puis vous faire parottre que par écrit, qui est que rien ne changera jamais l'amitié et le désir que j'ai de vous voir en tout contente. Et voyant, à ce que j'entends, la bonne nature du prince votre fils et l'amitié qu'il vous porte, reconnoissant ce qu'il doit en votre endroit, j'ai pensé que ne prendrez en mauvaise part si je vous dis que vous devez , par tous moyens , le conserver en cette bonne volonté, et lui faire connoître combien vous l'aimez et desirez qu'il ait moyen de se faire obéir et aimer en votre royaume , lui ôtant toutes occasions qu'il puisse penser que avez jalousie de son autorité ; mais que vous voulez qu'il la tienne de vous et que par vous il y soit obéi, comme vousmême; et, à cette occasion, lui permettez ensemble avec vous se faire appeler roi, ce que je pense qui le vous fera encore plus être ce qu'il doit en votre endroit. L'envie que j'ai de vous voir à votre aise et plus contente que n'êtes m'a fait prendre la hardiesse de vous donner ce conseil , que , si j'étois à votre place , je prendrois pour moi; car je serois bien marrie de vous en donner d'autre que je ne voulusse faire , et vous prie ainsi vous en assurer et me tenir pour la plus sûre parente et amie qu'aurez jamais. »

En même temps, Jacques VI adressait à sa mère (le 10 juin 1582) une lettre pleine de respect et de soumission • : « Vous me trouverez toujours prêt , lui disait-il , à exécuter vos commandements et à vous honorer et respecter , selon que Dieu le commande et que le désir naturel m'y oblige. » Marie se décida enfin à accorder à son fils le titre de roi qu'il tenait déjà de la volonté nationale. Elle voulut lui envoyer un message pour donner un caractère plus solennel à l'acte d'association. Mais Elisabeth s'y opposa et repoussa •

1 . Archives de la famille d'Esneval. Voy. Pièces justificatives»

INTRIGUES D'ELISABETH EN ECOSSE (i582). 93

toutes les instances de Michel de Castelnau K Elle mettait autant d'application à séparer la mère et le fils que l'ambassadeur français à les réunir. Renverser Lennox, enchaîner Jacques à son parti par la crainte ou l'espérance , tel était le but de ses intrigues. « Maîtresse de l'Ecosse, elle ne se fût plus souciée de la chrétienté •. » De là l'ardeur , la passion acharnée qu'elle porta dans cette lutte. « Elle ne cessera ses pratiques en Ecosse, écrivait Castelnau à Henri III', tant qu'elle y aura un homme à sa disposition et un écu à lui bailler. » Ruse et violence , cruauté et perfidie , négociations et guerre civile, elle employait tous les moyens. Elle déchaîna d'abord le fanatisme protestant. L'Ecosse presbytérienne donna , à cette époque , le scandaleux spectacle qui afUigea quelques années plus tard la France catholique. Injures grossières lancées à la face du roi et de son favori , malédictions en langage biblique empruntées au prophète Amos contre les mauvais princes et leurs courtisans, excommunication des pasteurs qui ne s'associaient pas à ces fureurs , et , entre autres , de Montgommery , évoque protestant de Glascow *, voilà les moyens que le fanatisme employait ouvertement pour entretenir l'agitation et provoquer des révoltes. Les ministres factieux étaient-ils chassés d'Ecosse , l'Angleterre leur ouvrait un asile à Berwick.

A l'exaltation religieuse se joignaient , pour troubler l'Ecosse , l'esprit d'indépendance féodale et des haines implacables. Les Douglas , frappés dans leur chef Morton , avaient juré de venger sa mort. Le comte d'Angus , son neveu , s'était réfugié en Angleterre; il promettait à Elisabeth de lui

1. Voy. aux Pièces justificatives , lettre de Michel de Castelnau en date du 26 juillet 1582.

1 Ibidem; lettre en date du 26 avril 1584.

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