‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 103 sur 257 · Dans Anderson , t. II, p. 160, I · texte numérisé non relu

Dans Anderson , t. II, p. 160, I

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général, les écrits, et de croire qu’il serait aise de détourner l’esprit du lecteur du bond des nobles , vers les prétendues lettres de Marie à Bothwell? De même en laissant dans le vague, sans prononcer aucun nom, l’imprécation que Dalgleish jette à la face des auteurs véritables du forfait qu’il paye de sa vie, Buchanan dirigera les soupçons sur la reine, et il se fera contre elle une arme d’une des preuves de son innocence. Le voilà donc, cet audacieux calomniateur réduit à ruser à la fois avec la vérité et avec le mensonge, et à glisser subrepticement quelques insinuations contre sa victime. Qu’un seul de ces malheureux eût proféré des paroles compromettantes pour elle, à quelles fureurs de plume ne se serait-ilpas livré'?

Là ne se termine pas cette question des déclarations suprêmes. Un autre complice de Bothwell, John Ormiston, que Morton fit pendre à Edimbourg le 13 décembre 1573, avoua son crime au ministre John Brand qui l’assistait. Sa confession fut rédigée et lue par ce dernier en sa présence et devant une foule considérable. Après les curieuses révélations sur le bond de Craigmillar, révélations dont nous nous sommes déjà servis, Brand lui demanda si la reine lui avait parlé du complot et s’il savait dans quelles dispositions elle était à ce sujet : « Aussi vrai que je dois répondre devant Dieu, dit Ormiston, jamais elle ne m'en parla, ni moi à elle ; et je ne sais rien d’elle là-dessus, sinon ce que milord Bothwell me dit. » Carte, historien anglais des plus sûrs, rapporte de plus une dépêche du 5 janvier 1574, de Fénelon-Salignac ambassadeur de France en Angleterre, dont la substance est qu’Ormiston nomma les vrais coupables, Argyle, Huntly, Lethington, sir James Balfour et Morton, et qu’on se donna beaucoup de peine pour étouffer sa confession’. Il est donc certain

1. Sur ces scènes émouvantes et si intéressantes de l'échafaud du 3 janvier, M. Miguet ne cite (t. 1, p. 375-6) et ne connaît que les paroles prêtées à llepbum par Buchanan. Les témoignages que nous avons rapportés sur les déclarations des condamnés sont pour lui non avenus , comme s’ils n'existaient pas.

2. Chalmers, t. H, p. 451-3. — Goodall, t. 1, p. 391-2, d’après Carte, t. III, p. 53t.

qu’aucun des coupables secondaires, offerts en holocauste par les principaux à la vindicte des lois et de la conscience publique, ne chargea Marie Stuart; que bien loin de là, ils l’innocentèrent autant qu’il fut en eux.

Pour finir, encore un témoin qui a son prix. Archibald Douglas, le même qui avait apporté à Lethington et à Murray l’adhésion de Morton au complot de Craigmillar, dit que le meurtre du roi fut exécuté « par l’ordre de ceux des membres de la noblesse qui avaient signé le bond pour cet effet'. » Cet Archibald n’avait pas été autre chose que le bras de Morton, qui affectait de se tenir en dehors.

Ainsi les faits nous ramènent toujours invinciblement à la môme conclusion. C’est un crime aristocratique. Il n’a rien de commun avec un assassinat de ménage.

üothwell ayant abandonné l’idée d'une attaque de vive force en rase campagne, fit venir un baril de poudre de son arsenal de Dunbar et le déposa d’abord dans son appartement d’Ilolyrood. Comme il avait besoin d’un affidé près du roi et de la reine, il dévoila son projet le mercredi ou jeudi (5-6 février) à Nicolas Hubert ou Paris, son ancien serviteur1; il voulait que celui-ci lui procurât les deux clefs de la chambre de la reine, afin de les comparer aux fausses clefs qu’il avait fait fabriquer ; car il comptait étaler la poudre dans cette chambre au-dessous du roi. La complicité de Paris avec Bothwell remplit la déposition ou première des deux confessions de Paris, à Saint-André, les 9 et 10 août 1569. On a dit qu'elles sont remarquables par un ton de naïveté qu’il serait bien difficile de contrefaire, et qu’elles abondent en détails minutieux de la plus parfaite exactitude, que le plus habile des faussaires n’aurait jamais pu ni réunir ni coordonner*. Oui, jusqu’à un certain point, si l’on parle de la déposition

t. Lettré d' Archihald Douglait à Marie Stuart, avril 1584. dans Robertson . piété n" 4L

ï. Paris hésite sur le jour précis, dans ses interrogatoires. Il avance d'ailleurs l’époque où Bothwell résolut d’employer la poudre.

3. Teulet. p. 19-80, note. — La première confession de Paris, p. 79-93.

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du 9 août ; pas du tout, si c’est de l’interrogatoire du 10. On sait que pour ce dernier document nous avons pris Murray, Buchanan, etc. en flagrant délit de falsification. Quant au premier, nous ne faisons pas difficulté de reconnaître qu’il roule sur un fond probable de vérité en nous montrant les préparatifs, l’ardeur intempérante de Bothwell, sa brutalité impérieuse à l’égard de ses complices de bas étage, la terreur, les représentations et l’humble soumission de Paris. On peut bien diriger quelques critiques contre cette pièce. Par exemple, l’objet important, ce sont les clefs de la chambre de la reine que Bothwell veut avoir. Il les demande à Paris le mercredi ou le jeudi (Paris ne se souvient pas bien); celui-ci résiste, cède et ne trouve l’occasion de les dérober que le samedi soir, 8 février. Alors Bothwell lui commande de les garder et désormais ne s’en occupe plus. Impatienté de la poltronnerie de son ancien valet, il lui dit que les autres (Ucpburn, Ilay, Ormiston) n’ont que faire de lui « car ilz entreront bien sans toy , car ilz ont des clefz assez ; il n’y a porte de céans dont ilz n’en aient les clefz1. » Du reste si le comte tenait tant à les avoir en sa possession, ne pouvait-il pas, sans autre détour, les demander à sa maitresse et complice? Puisqu’il ne s’agissait que d’une comparaison rapide avec les fausses clefs, Marie pouvait les lui remettre pour quelques instants, sans provoquer les soupçons.

Autre objection ;

Dans sa déposition du 9 août, Paris sort le dernier de la chambre de la reine, le samedi soir, au moment où Marie vient de quitter le roi pour retourner à Holyrood, et il garde la clef. Son interrogatoire du 10 août porte tout autre chose. Ne sachant comment avoir les clefs que Bothwell exige, il a pris le parti de les demander à la reine (dès le mercredi) : « Madame, monsieur de Boduel m'a commandé de lui porter les clefs de vostre chambre, et qu'il a envie d’y faire quelque chose, c’est de faire sauter le Roy en l’air par pouldre qu’il

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