I. Teulci, p. PO
^ASSASSINAT I)E DARNLEY
y fera mettre. — Ne me parle point de cela à ceste heure-cy, ce dict-elle. Fais-en ce que tu vouldras. » 11 ne prend néanmoins les deux clefs de la chambre que le lendemain matin (jeudi), et les remet à Bothwell. Le comte les lui rend après une vérification sommaire des fausses clefs. (Teulet, p.98-99). Laquelle des deux versions est la vraie? Ni l’une ni l’autre peut-être *. Une singularité de la première confession, c’est un brillant éloge du comte de Murray tout étonné de sortir de la bouche de Paris. Le malheureux se met à vanter la prospérité dont on avait joui pendant les deux ou trois années que le comte avait gouverné auparavant : « tout le monde se portoit bien, l’argent corroit. » Cela finit par un mot précieux. Paris demande à Bothwell si le comte a pris parti dans le complot; Bothwell répond : « Ce dit-il : il ne se veult point
1. Dans la Deuxième congestion (Teuiet, p. 97-8) . Paris dit que la première fois que la reine dut coucher à Kirk-of-Field, il reçut de Bothwell la défense de dresser le lit de la reine au-dessous de celui du roi, parce que )e comte voulait placer la poudre en cet endroit. Paris n’ayant pas tenu compte de cette injonction, la reine lui dit le soir : « Sot que tu es. je ne veulx pas que mon lict soyt en cest endroit-là. Et de faict le feist oster. » C’est alors que Paris demanda à Marie les clefs de sa chambre. Outre les preuves générales de falsification énoncées antérieurement contre cette pièce, il y a des difficultés particulières. Ainsi, l'ordre de Bothwell à Paris pour la disposition du lit est rappelé dans la Deuxième confession (du 10 août l.r>69); et l’on renvoie à la Première confession (du 9 août 1509); mais celle-ci est muette sur cet article. — Dans la première, Paris dit que ce fut le mercredi ou le jeudi avant le crime (5 ou 6 février), après dîner, que Bothwell lui découvrit son plan de faire sauter le roi ; dans la deuxième, il n’hésite plus sur le jour. C’est le mercredi, jour où la reine coucha pour la première fois sous le même toit que le roi. On voit que du 9 au 10 août les bourreaux de Paris perfectionnèrent les dépositions qu’ils lui arrachaient par la torture. — I.a réponse de la reine encourage Paris à lui demander les fameuses clefs, ce qui est une contradiction flagrante avec le récit de la Première confession. — Il résulterait encore de cet incident du lit que dès le mercredi S février Bothwell aurait combiné tout son plan. Cependant Hepburn a déclaré que le comte ne se décida pour ] emploi de la poudre que deux jours avant le meurtre, soit le vendredi 7 février (Anderson, t. II, p. 184), et powrie que la poudre fut apportée le samedi 8 seulement chez Bothwell à Holyrood. Alors comment admettre que dès le mercredi la reine et Bothwell aient réservé dans la chambre du rez-de-chaussée la place où l’on devait placer la poudre? On trouva sans doute que les dépositions d’Hepburn et de Powrie faites en 1567 avaient le défaut de ne pas charger la reine; et on y suppléa par celles de Paris en 1569.
L’ASSASSINAT DE DARNLEY. 249
mesler. — Monsieur, cc dis-je, il est sage. — Adonc monsieur de Boduel retorne la teste vers moy et me deist : Monsieur de Morra, monsieur de Morra, il ne veult n’ayder ne nuire, mais c’est tout ung. — Bien, bien, Monsieur, ce di-je, il ne le faict sans cause, et vous le voyrez. » (Teul. p. 83-4;. 11 est très-extraordinaire que le comte de Murray ait laissé consigner dans cet acte la preuve de sa complicité et le secret de sa politique : connaître d’avance, laisser faire et protiter. C'est exactement l’homme qu’ont dépeint les paroles ironiques de Lethington, lors de la proposition du divorce à Marie dans le château de Craigmillar. Bolhwell agit donc sous l’approbation formelle de Lethington, des comtes d’Argyle, de Huntly, de Morton, des lords Ruthven et Lindsay (c’est lui qui les nomme dans la déposition de Paris); et avec l’approbation tacite de Murray. Tous ces personnages, nous les avons déjà dénoncés plus d’une fois. Nous y revenons néanmoins, à cause d’un phénomène historique qui mérite quelques mots. Dans la narration de M. Mignet si bien conduite, si précise, et dont la teneur retentit aux oreilles comme la sentence du juge souverain, on trouve au point de départ le bond contre Darnley, par conséquent la responsabilité des grands seigneurs de la cour. Mais à mesure que les faits se déroulent et marchent vers le dénoûment, Murray, Morton, Lethington, etc., s’effacent dans la demi-teinte ; ils disparaissent et l’on ne voit plus sur cet odieux théâtre que Bothwell et Marie Stuart. Le meurtre consommé, ils rentrent en scène, mais dans un rôle tout nouveau, celui de vengeurs de l’innocent ; ils poursuivent contre Bothwell, surtout contre Marie Stuart, le châtiment du forfait qu'eux-mêmes ont commis ; et le spectateur, comme l'historien, oublieux de ce qui a précédé, prendrait de bonne foi ces perfides et ces assassins pour d’honnêtes redresseurs de torts.
La première déposition de Paris ne mentionne la reine <ju'incideinrnent, pour un détail, celui de la couverture, que l’on a grossi démesurément, comme nous le montrerons tout à l’heure. Bothwell avait l'intention de faire le coup le
1/ ASSASSINAT DE DARNLET.
samedi soir, 8 février1. Mais il ne fut pas prêt et il remit au lendemain. Le lendemain il savait que Marie Stuart serait à Holyrood, parce qu’elle avait promis de donner un bal masqué en l'honneur du mariage de ses fidèles serviteurs, Sebastien Paiges et Marguerite Carvood.
l/un et l’autre lui avaient témoigné le dévouement le plus courageux lors de son évasion d’Holyrood, après l’assassinat de lliccio. Marie Stuart reconnaissante constitua en dot h Marguerite une pension viagère de trois cents marcs, et fit don aux mariés de leurs habits de noces. Elle leur promit de plus de danser à leur bal, et de mettre l’épousée au lit, coutume du seizième siècle *. Tous deux étaient dignes de ces marques libérales d'amitié. Attachés inviolablement à leur maîtresse, ils partagèrent ses malheurs et son long martyre en Angleterre. Incorruptibles jusqu’au bout, ils eurent l’honneur d'allumer la colère des suppôts d’Élisabeth, comme gens de mauvais exemple pour les jeunes serviteurs*. C’est cependant cette noble et généreuse Marguerite que les patrons de Buchanan ont voulu flétrir, en lui appliquant la quatrième lettre de Glasgow. « Mon cœur, hélas! dit Marie Stuart à Bothwell, faut-il que la folie d’une femme, dont vous cognoissez assez l’ingratitude vers moy, soit cause de vous donner déplaisir, vcu que je n’y pouvoye mettre remède, sans les donner à cognoistre4? Et depuis que je m’en suis