Brantôme , Marie Stuart
2. Miss Strickland, t. III , p. 52. Miss Strickland a décrit plusieurs portraits authentiques de Mario Stuart, conservés en Ecosse et an Angleterre: t. III, p. 54, Mario 4 quatorze ans; p. 9G, à seize ans; p. 120, à dix-huit ans; p. 161, au môme âge; t. IV, p. 27, & vingt-et-un ans environ. — Voy. aussi Brantôme, Marie Stuart. — Miss Strickland remarque que la couleur de3 yeux et des cheveux de Marie Stuart avait été controversée jusqu'ici presque autant que sa culpabilité ou son innocence.
3. Le Warton-Club a publié & Londres en 1855, par les soins de M. Anatole de Montaiglon, les thèmes latins de Marie Stuart à douze ans. Ils ont en général la forme de lettres adressées 4 ses parents et 4 ses amis. On y
oc onnalt un bon élève.
Ronsard fut son maître de poésie. Elle était bonne musicienne et chantait en s’accompagnant sur le luth.
Avec les qualités charmantes, elle possédait les qualités sérieuses. Elle avait le sens et le goût des affaires de politique et d’administration. Sir Thomas Craig, éminent jurisconsulte contemporain, en a rendu témoignage: « J’ai, dit-il, entendu souvent la sérénissime princesse Marie, reine d’Écosse, parler avec tant d’à-propos et de raison dans toutes les affaires portées devant le conseil privé, que chacun l’admirait. Quand la plupart des conseillers gardaient un silence embarrassé, ou se hâtaient de se ranger à son avis, elle les réprimandait vivement et les exhortait à parler librement contre sa propre opinion, comme il convenaità des conseillers impartiaux, afin que les raisons les meilleures déterminassent leurs décisions. Et véritablement ses raisonnements étaient si forts et si clairs, qu’elle pouvait tourner leurs cœurs du côté qu’il lui plaisait. Quoiqu’elle n’eût pas étudié les leis, la lumière naturelle de son jugement, quand elle raisonnait sur des questions d’équité et de justice, lui donnait fréquemment l’avantage sur les légistes les plus habiles. Ses autres discours et ses actions n’étaient pas moins conformes à son grand jugement. Jamais parole ne tomba de sa bouche sans être mesurée et pesée. Quant à sa libéralité et ses autres vertus, on les connaissait bien '. » Si l’on soupçonnait l’exagération, que l’on compare les paroles de Thomas Craig aux récits que Throckmorton envoyait à Élisabeth sur les entretiens dans lesquels le madré diplomate discutait avec une jeune femme de dix-
1. Miss Strickl. , t. V, p. 180-181, d’après Freebairn , Réponse de Craig d Doleman, ch. x, p. 8’i. Anticipons un moment sur l’avenir : Malcolm Laing, continuateur de l'Histoire d'Écoste de Robertson (1800-2) et adversaire déterminé de Marie Stuart, insiste, avec l'intention de l'englober dans l'accusation, sur ce que Thomas Craig, savant légiste et juge incorruptible, fit partie du tribunal qui jugea et condamna h mort les domestiques et les vassaut de Bothwell, pour avoir trempé dans l’assassinat de Darnley. lors de ce procès, la reine était déjà déchue et prisonnière à Locltleven. Le langage ds Craig sur Marie, langage tenu après la chute de cette princesse, ne prouvet-il pas évidemment que les dépositions des accusés n’avaient pas même effleuré Marie Stuart dans l’esprit de ce juge révéré?
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huit ans les relations épineuses de l’Ecosse et de l’Angleterre. On sera frappé de l’intelligence et de la noblesse de Marie, de sa prudence et de sa modération François II vient de mourir:» Pendant la vie de son mari, dit l’ambassadeur, on ne faisait pas grand compte de la reine. Car étant dans les liens du mariage et sous l'autorité de son époux, qui était chargé du fardeau et du soin de ses affaires, on avait peu d’occasion de savoir ce qu’il y avait en elle. Mais depuis la mort de son mari elle a montré, et elle montre tous les jours par sa sage manière de conduire elle et ses affaires, qu’elle est pleine de sagesse pour son âge, de modestie et de grand jugement. Ces qualités, croissant avec les années, ne pourront que tourner à son éloge, à sa réputation et à son honneur, ainsi qu’à son grand avantage et à celui de son pays. On le voit déjà, tels auparavant ne la comptaient guère, qui aujourd’hui, témoins de sa sagesse, l’honorent et sont émus de pitié pour elle *. » La dignité et l’affabilité de ses manières était célèbre. Ses ennemis rendent hommage à sa courtoisie qui ne se démentait jamais, fût-ce dans les discussions les plus animées. Elle donnait libéralement et avec grâce. Le cœur, sous ces aimables dehors, était foncièrement bon. Dans les années qu’elle passa en France , tous les yeux ouverts sur elle, on cite beaucoup de traits de générosité , de dévouement à ses devoirs et à ses affections , pas un de méchanceté. 11 en sera ainsi en Écosse, malgré tout ce qu’amasseront de calomnies sur elle, pour se justifier, les traîtres qui l’auront renversée du trône. Les mêmps oseront bien dire que dès son premier mariage l’enivrement des hommages et des passions précoces la poussèrent à des intrigues honteuses en France, prélude des égarements et des crimes qu’ils lui imputeront plus tard avec aussi peu de fondement. Throckmorton, le représentant, l’espion d’Élisaheth auprès de François II , centre de relations avec l’opposition protestante, ne parle de lajeune reine
t. Voir Tytler, 1. V, ch. m, passim, édit. 1845.
2. A cause de la douleur qu'elle ressentait de la mort de François II.
que sur le ton d’un profond respect. Nous venons d’en donner un exemple ; et l’on voit bien que ce n’est pas du respect de convention'. Elle quitta la France pure et sans tache. Si elle y avait respiré l'atmosphère empoisonnée de la cour, elle n’avait pas pris le germe de la contagion. Que Knox dise « qu’on la vendit à la France afin qu’elle bût de cette liqueur qu’elle devait garder le reste de sa vie, pour le malheur de son royaume et sa propre perte , * c’est la calomnie aveugle du fanatique. Il n’est pas plus digne d’estime qu’au moment où il triomphe de la mort de François II , en l’appelant « le mari de notre Jézabel, » et lorsqu'il remarque avec une joie sauvage que « le roi mourut d’un abcès dans cette oreille sourde qui ne voulut pas entendre à la vérité de Dieu. » M. Mignet, à propos de l’école d’élégance et de dépravation que tinrent les rois François I'r et Henri II, et où vécut Marie Stuart, ajoute : « Dans son enfance , elle n’en prit que le bien, sans qu’elle pût toutefois s’empêcher d’en apercevoir le mal et plus tard de l’imiter, car ce qu’on voit influe à la longue sur ce qu’on fait’. » Protestons contre cet axiome ; s’il est vulgaire que le mauvais exemple est dangereux, il est incontestablement vrai qu’on n’y succombe pas nécessairement ; et s’il est des natures sur lesquelles il influe à la longue, il en est aussi, pour l’honneur de la conscience humaine, qui le rejettent comme un venin qui n’a pas de prise sur elles. Combien n’en voit-on pas que l’ignominie des autres fortifie dans la vertu ? Nous prouverons, à mesure que nous avancerons dans ce récit, que Marie Stuart ne doit
1. Dans une lettre du 31 décembre 1560 au conseil privé d'Angleterre, il loue encore la manière d' litre , la sagesse , la modestie royale de Maiie, qui n’a pas la prétention d’être sage toute seule; elle recherche les bons conseils.... (Miss Strickland, t. III, p. 143 4.) Et encore : « la reine d'Ecosse se comporte si honorablement, avec tant de prudence et de jugement, que je ne puis m’empêcher de craindre qu’elle ne s’élève trop haut. Il me semble que les gens sages et les bons sujets de Sa Majesté (Elisabeth) devraient souhaiter qu’une des deux reines des Iles Britanniques (Ut changée en homme, pour taire l’heureux mariage qui établirait l’unité dans 111e et ses dépendances. » Lettre à Cecil, 3\ décembre 1560. (Miss Strickl., 1. III, p. I4R.)
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pas être rangée parmi les princesses aimables et désordonnées avec lesquelles M. Mignet la confond*. Dans sa dixneuvième année alors, il est certain qu’elle était exempte de reproche. Concevra-t-on qu’une femme, placée dans un milieu corrupteur, à la fois se conserve parfaitement vertueuse, et fasse provision de mauvaises leçons pour l’avenir; qu’ici par exemple, cinq ou six ans après 'que Marie serait sortie intacte de ce lieu de pestilence (car la passion supposée pour Bothwell est de 1566), les scandales qui n’auraient pas influé sur elle quand elle les voyait de près, dussent prendre, lorsqu’elle aurait cessé de les voir, et juste au rebours de la maxime , un empire irrésistible sur ses sens? Il faudrait quelque chose de plus sérieux pour flétrir si tôt Marie Stuart.
Mais alors, si elle possédait le rare assemblage de la beauté du visage et des dons du cœur et de l’esprit, d’où vinrent les malheurs qui déchirèrent la vie d’une reine si accomplie? C’est qu’elle n’avait pas été créée pour maîtriser la tempête. Elle avait le courage fier et spontané qui se redresse devant l’offense ou le danger du moment. Dans ses veines courait l’ardeur militaire des Guises et des Stuarts, ces Valois de l’Ecosse; mais cette ardeur n’avait pas pour aliment l’énergie soutenue du caractère. Marie était une femme d’élan, qui n’allait pas au delà d’une première explosion de mécontentement ou d’une première menace de résolution. Que ne reçut-elle en partage la fermeté invincible d’une Isabelle la Catholique ou d’Élisabeth? Dn autre défaut encore plus funeste, c’est l’imperturbable bonne opinion qu’elle avait des autres. Avec son intelligence brillante et ouverte, elle manquait de la sagacité particulière qui distingue le visage à travers le masque et va saisir la réalité sous l’apparence. L’avait-on offensée ou
1. D'ailleurs Marie Stuart fut élevée avec dcui des filles d’Henri II : Elisabeth, née en 1645, plus tard femme de Philippe 11, roi d'Espagne; Claude, née en 1541, qui épousa Charles II, duc de Lorraine, l'une et l'autre aimables, mais nullement désordonnées. Il n’y eut de désordonnée que Marguerite, autre fille d’Henri II et femme d’Henri IV. Mais comme elle naquit en 15512, on ne peut pas dire qu’elle exerça une inlluence quelconque sur la reine d’Ecosse.
trahie , c’était assez, pour regagner ses bonnes grâces et sa confiance , de simuler le repentir. Des promesses de fidélité la désarmaient. Au reste rappelons-nous sa grande jeunesse. Elle avait les illusions de son âge et de ses vertus. En voici bien la preuve : vers la fin de 1560 , l’erreur étourdie ou calculée d’un messager lui avait remis un paquet de lettres , écrites par ses ennemis d'Ecosse à ceux de leurs compatriotes qui la trahissaient en France au profit de l’Angleterre'. N’importe : elle ne sait pas croire au mal. Elle se figure naïvement que sa droiture et sa bonne volonté guériront les haines et les ambitions. Telle nous la représente Throckmorton dans sa dépêche du 31 décembre 1560, annonçant à son gouvernement qu’elle a le projet de retourner en Écosse et qu’elle prépare les voies et moyens. Elle compte , dit-il en premier lieu, sur ses amis de la faction française. « Outre ceux-là, elle ne doute pas de ramener un grand nombre de ceux qui ont été dernièrement contre elle. Entre autres, elle se croit sûre de l’entier dévouement de lord James et de tous les Stuarts. Elle n’a de défiance qu’à l’égard du duc de Châtelleraut et de son parti. Passé cela , elle ne met pas en doute de se rattacher aisément par la persuasion la totalité ou la plupart de ceux qui sont restés neutres dans ces derniers temps , et dont on dit que le nombre est grand. Enfin, elle croit que la masse du peuple , pour ravoir sa reine, penchera et se portera de son côté*. L’Anglais n’en doute pas non plus : « Elle ralliera tout le monde autour d’elle*. » De son côté , Marie Stuart, en faisant part aux Écossais de ses projets de retour, leur disait qu’elle était dans l’assurance que le temps et les choses passées n’avaient altéré en rien la loyauté et l’affection qu’eux et leurs pères avaient toujours portées à elle-même et à ses ancêtres; et si
1. Throckm. il Cecil, Orléans, 31 décembre 15(10. Miss Strickl. t. III, p. 145-6.
2. Throckm. au conteil <£ Angleterre , 31 décembre. 1560. Miss. Strickl., t. III, p. 144-5.
3. Someze A Cecil, Orléans, 23 janvier 1561. Misa Strickland donne celte parole comme de Throckmorton , t. 111, p. 158.
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depuis il était survenu quelques troubles par oublianct du devoir de sujet, la mémoire des bienfaits passés ( le concours qu’ils avaient apporté au mariage de Marie avec le Dauphin) et l’espérance de leur bonne et entière obéissance à l’avenir lui feraient mettre le tout en oubli. Elle leur offrait comme garantie toutes les lettres qu’ils voudraient1 d’elle-méme; elle écrivit individuellement aux principaux, promettant d’oublier toutes les offenses qu’on avait pu lui faire, et de continuer dans leurs offices de confiance ceux qui voudraient seulement la servir avec fidélité2. Et comme elle le promettait, elle le fit. Mais eux acceptèrent ses bienfaits et lui en témoignèrent leur ingratitude par les actions les plus atroces. Elle ne se lassa pas d’étre leur dupe, dès qu’ils firent semblant de revenir à résipiscence : tant l’hypocrisie était éloignée de son cœur.
Castelnau a dit qu’elle avait un « esprit grand et inquiété, comme celui du feu cardinal de Lorraine son oncle, auxquels ont succédé la plupart des choses contraires à leurs délibérations*. » Enfant des Guises, de cette famille toujours en travail d’ambition, imbue par eux dès l’enfance de leurs aspirations et de leurs principes, et par eux destinée à un rôle principal dans le vaste échiquier de leur politique, son imagination de jeune fille put s’enflammer. Mais c’est ici que se montre le jugement que Throckmorton vante chez elle : lorsqu’elle fut en Ecosse, elle sut reconnaître que ces rêves étaient chimériques ; et quoique très-fidèle au catholicisme, elle ne voulut ni entreprendre contre la religion de ses sujets, ni entrer dans les ligues du continent contre les princes et les peuples protestants. Ambitieuse sur un seul point, elle insista trop comme reine et comme mère auprès d’Élisabeth, pour obtenir de celle-ci la sanction de son droit éventuel de succession au trône d’Angleterre. Elle ne sentit pas assez tôt qu’elle
1. Mires patentes aux états d' Écris se, instructions données par la reine à ses commissaires, Orléans, 12 janvier 1561. Labanoff, t. I, p. 80-88.