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Anderson, t. II, p

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pés. Ils n’avaient donc pas été lancés dans les airs, et on leur avait ôté la vie avant de détruire la maison. Nul n’a émis de doute à cet égard.

Selon James Melvil , un page raconta que le roi, surpris dans sa chambre, fut traîné dehors jusqu’à une écurie basse, où on l’étouffa en lui enfonçant une serviette dans la bouche. L'ambassadeur piémontais, comte de Moretta, qui n’avait pas encore quitté l'Ecosse, pensa qu'éveillé par le bruit des conjurés autour de la maison, et leurs efforts pour ouvrir les portes à l’aide des fausses clefs, il voulut fuir en chemise et sa pelisse à la main par une porte donnant sur le jardin, mais qu’il fut arrête, étouffé et transporté dans un verger du voisinage; qu’ensuite on fit sauter la maison pour se défaire de ceux qui étaient dedans1. Nous croyons qu’au moment où les assassins pénétrèrent près de lui, Iiarnley, par un mouvement instinctif, saisit sa pelisse et ses pantoufles, et se mit à fuir avec Taylor. Grâce à leur élan et à l’obscurité, ils s’échappèrent de la maison et du jardin par la porte qui avait servi à leurs ennemis pour entrer, et franchirent le mur du verger. Là on les atteignit et on les tua par suffocation sous l’arbre, à l’endroit môme où ils furent retrouvés. Sans cela, on ne s’expliquerait pas pourquoi les meurtriers, après les avoir assassinés dans ou près la maison, auraient pris la peine de les transporter assez loin, pardessus un mur. Ils devaient tenir au contraire à confondre les restes de leurs victimes avec les débris de la maison ; sinon, à quoi bon l’emploi de ia poudre? L’évasion de Darnley dérangea leurs combinaisons; ils le tuèrent là où ils s’emparèrent de sa personne. Puis, saisis du trouble qui suit de pareils attentats, ils le laissèrent sur la place, et revinrent faire sauter sa demeure. Il y avait là sans doute quelque abominable besogne pressante. Personne ne s’est occupé de nous donner des détails sur le sort des domestiques

|. Lellr. du nonce du pape à Cosmr /" , grand-duc de Toscane. Paris , 16 mars lî>67; collection Labanoff, t. VII, p. 108.

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duroi. Cinq pourtant furent englobés dans l’explosion et mis en pièces, excepté le seul Nelson qu’on retira vivant des ruines. Il est impossible qu’ils n’eussent rien entendu de l’atroce tragédie qui se passait si près d'eux, dans cette petite maison, et qu’ils dormissent tous duaommeil imperturbable de Nelson, réveillé seulement, a-t-il dit, à l’explosion1. 11 se peut donc que les assassins aient été rappelés tout de suite, pour les contenir et les empêcher de s'échapper du tombeau qu’ils leur destinaient.

Il nous parait impossible aussi d’adopter l’opinion de M. Mignet, lorsqu’il attribue à deux hommes seulement, Hepburn et Hay de Tallo, l’exécution d’un meurtre si compliqué (t. I, p. 27 7). Sur ce point on n’en est pas réduit à de simples conjectures. Des femmes qui habitaient tout près de là, déclarèrent avoir entendu le roi s’écrier : « Ah 1 mes parents ! ayez merci de moi, pour l’amour de celui qui a merci de nous tous*! » Ces parents, c'étaient les Douglas, qui le poursuivaient, implacables ; c’était Archibald Douglas, par qui agissait Morton. Archibald après avoir soupé, avait mis sous ses habits une cotte d’armes, coiffé un bonnet d’acier et chaussé des mules de velours, pour n’être pas entendu. Il était allé avec ses deux serviteurs, John Binning et Thomas Gairner. Ces deux derniers, convaincus quatorze ans plus tard, avouèrent entre autres détails que leur maître perdit l’une de ses mules dans cette occasion ; et en effet, on l’avait retrouvée dans les décombres et reconnue pour appartenir à ce Douglas. Binning ajouta qu’après le crime il rencontra dans une rue des hommes masqués parmi lesquels il crut reconnaître à la voix le frère de sir James Balfour, le prévôt de Kirkof-Field, celui qui avait fourni les fausses clefs. John Maitland, frère de Lethington et abbé de Coldinghara, lui mit les deux mains sur la bouche, en lui faisant signe de se tenir

1. Pour le dire en passant, le sommeil si prorond du seul survivant nous étonne. Cela ne servit-il pas à dispenser les inspirateurs de sa déposition d’être précis sur la mort du roi?

7. Labanoiï, t. VU, p. 108-9 (Letii . du nonce, citée plus haut).

tranquille l. — Buchanan parle aussi de trois bandes d’assassins. Citons enfin un document légal, retrouvé dans ces dernières années : c’est la déposition que deux des femmes dont nous venons de parler, firent dès le 1 1 février, par-devant le Conseil privé. L’une a*ût vu passer d'abord huit hommes; ensuite après l’explosion, onze hommes s’éloigner vers la ville. Elle cria contre eux et les appela traîtres, en disant qu’ils revenaient de quelque mauvais coup. L’autre, réveillée par le fracas, courut pour s’enfuir de sa maison; elle vit passer onze hommes. Elle leur demanda ce qui venait d’arriver, et en saisit un par son vêtement, qui était de soie. Mais ils ne lui firent pas de réponse et s’éloignèrent rapidement.

Un fait caractéristique, c’est que les Anglais connurent sur lesderniers moments de l’infortuné des détails qu’ils ne purent savoir que des assassins. Drury écrivit le 24 avril à Cecil 1567 : « Ce fut le capitaine Cullen qui conseilla pour plus de sûreté d’étrangler le roi et de ne pas s'en rapporter seulement à la poudre, affirmant qu’il eu avait vu beaucoup en réchapper. Sir Andrew Carr, avec d’autres, était à cheval près de l’endroit, pour aider à la cruelle expédition, en cas de besoin.... Le roi fut long à mourir et défendit sa vie de toutes ses forces ’. » Quand Drury mandait ces détails à Cecil, il y avait peu de temps qu’il avait reçu à Berwick le comte de Murray en route pour le continent. N’était-ce pas Murray qui savait tant de choses sur cette mort? Cet Andrew Karr qui ligure à la tète de la réserve, pendant que les deux autres troupes exécutent le crime, c’est le bandit qui lors de l’assassinat de Riccio avait appuyé le pistolet sur le sein de la reine. Elle l'avait exclu de l’amnistie accordée au reste des coupables et lui avait interdit rigoureusement le sol de l’Ecosse. Apparemment ce sont d’autres que Marie qui l’ont rappelé pour la nuit de février.

1. Miss Strickland, t. V, p. 175, d’après Arnofl'* criminal Triait. Goodall, I. I, p. 328 et suiv.

2. Miss Strickland, t. V, p. 179. — Tytler, t. V, p. 520, édit. 18k5.

La poudre produisit des effets de destruction bien extraordinaires dans le système des dépositions minutées par Morton et les siens. Répandue sur le parquet, elle aurait dû simplement enlever l’étage supérieur et non pas bouleverser la maison, au-dessous comme au-dessus. Or le conseil privé d’Kcosse, rendant compte de l’événement à Catherine de Médicis, rapporte que la maison fut arrachée du sol jusque dans ses fondements, sans qu’il restât pierre sur pierre. Cela suppose nécessairement que les fondations avaient été minées : circonstance constatée en effet par les procès d’Archibald Douglas, de ses deux domestiques et de Morton1 2. Ces mines furent l’œuvre des deux Balfour, d’Archibald, qui les creusèrent avant que le roi et la reine fussent revenus de Glasgow ; et c’est à les charger qu’on employa la poudre fournie par eux, alors que Bothwell en était encore à méditer une attaque et un meurtre en rase campagne.

A peine avons-nous parlé de Bothwell et de son rôle au dernier moment. Bien plus, si nous voulions croire Buchanan une fois, il n’y aurait pas à en parler du tout. L’assassin ne serait pas Bothwell ; ce serait John Hamilton, archevêque de Saint-André. En 1567-8, Buchanan accusait le seul Bothwell avec ses domesliques, parce que l’objectif, pour nous exprimer ainsi, était de servir Murray en perdant Marie Stuart. En 1570-1, comme il fallait servir contre les Hamiltons la haine et l’ambition du nouveau régent le comte de Lennox, la culpabilité se déplaça; et un pamphlet sorti de la même plume que la üetectio mit l’archevêque de Saint-André de moitié avec Bothwell dans l’assassinat ’. Il fut représenté s’établissant dans son palais de Kirk-of-Field où il n’avait presque jamais résidé, pour savourer par tous ses sens la mort de

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