‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 118 sur 257 · Mignet, t. 1, p · texte numérisé non relu

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Id., ib.t p. 440.

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Field. Elle savait à qui se prendre; et la part même que Darnley y avait eue devant ses yeux, était de nature à donner à sa douleur le caractère de l’indignation. D’ailleurs on exagère beaucoup la virilité d’allure qu'aurait déployée en cette circonslance, celle qui, après tout et autant qu’il fut en elle, ne punit personne. On s’est habitué à la voir enivrée de colère et de vengeance, sous les fausses couleurs de la narration de Ruthven et de Morton, revue et corrigée, qu’on s’en souvienne, par lord Cécil. Qu’ensuite, l’attentatde février 1567, avec sa mise en scène si différente des meurtres ordinaires, tombant comme la foudre dont il avait le fracas, sur une jeune femme, m tlade depuis le voyage de Jedburgh, dévorée de chagrins cuisants, à qui son mari est arraché au moment où leur réconciliation semblait l’annonce de jours meilleurs, est-ce monstrueux qu’elle plie jusqu’à terre, et que le torrent de ses larmes s'échappe en silence? La fille d’Henri VIII, peut-être (car qui répondra de ce qu’auraient fait dans urte situation donnée ceux qui ne s’y sont pas trouvés) se serait relevée aussitôt, et brandissant la hache, aurait fauché les têtes. Tel n’était pas le caractère de Marie Stuart. Elle fut irréparablement brisée, quoiqu’elle ait parfois dans les mois suivants retrouvé des éclairs d’énergie.

Est-ce à dire pourtant qu’elle resta inactive à la mort de Darnley? Nous ne disons pas indifférente? car ce mot est hors de sens; ou bien pourquoi ne pas rapporter tout de sui(e avec Buchanan, qu’après avoir appris la catastrophe, elle remit la tète sur l’oreiller et dormit la grasse matinée? Non: elle se ranima pour ordonner sur-le-champ à son Conseil privé de se constituer en cour de justice. Qu’il fût « presque tout composé de complices du meurtre, » qu’il eût pour secrétaire et pour guide, Lethington « l'un des principaux instigateurs', » quel motif, quel prétexte d’incrimination cela

1. < Atterrée comme elle paraissait l'être, Marie Stuart laisse au Conseil privé, presque tout composé de complices du meurtre et ayant pour secré taire et pour guide Lethington, qui en avait été l'un des principau* insti-

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fournit-il conlre .Marie Stuart? Peut-elle être responsable de la scélératesse innée de l’aristocratie écossaise ? Elle ignorait cette complicité, comme celle de Bothwell. Devait-elle se passer de son Conseil? Mais ne l’accuserait-on pas aussitôt d’avoir voulu se rendre plus libre de faire avorter les recherches? Dès le mardi 11 février, lendemain de l’assassinat, le Conseil siégea au Tolbooth, prison de la ville, sous la présidence du comte d'Argyle, chef héréditaire de la justice (Justice générale), et avec l’assistance de sir John Bellenden, clerc dejustice. Immédiatement, il entama les informations; et les traces en subsistent dans les archives, à la date du 1 1 lévrier, où on lit la déposition de deux femmes domiciliées dans le voisinage de Kirk-of-Field1. Sans doute M. Mignet n’a pas connu ce fait si important; assurément il l'aurait mentionné. Le môme jour, la reine écrivit au comte de Lennox pour l’appeler près d’elle, comme son second dans la recherche des coupables. Nous exposerons plus bas la correspondance qu’échangèrent le beau-père et la bru ; qu’il nous suffise de poser ici ce jalon de l’initiative de Marie. M. Mignet n’en a pas parlé davantage; il fait commencer leur correspondance par Lennox, et le 20 février seulement’. Le même jour encore, c'est-à-dire 1 1 février, Marie Stuart écrivit, ou plutôt lit écrire deux lettres en France à Catherine de Médicis et à l'archevêque de Glasgow.

Par la première, le Conseil privé selon sa coutume de correspond! e avec la reine mère dans les circonstances graves, lui annonçait la terrible nouvelle. Lethington rapportait d’abord que le roi venait de périr d’une manière si étrange, que l’on n’avait jamais rien vu de pareil. Il décrivait lesetlets

pâleurs, le soin d'instruire ,a cour de France de celle catastrophe. » Miguel, t. I, p. 282).

1. Miss Strickland, t. V, p. 188. — Nous avons parlé dans le chapitre précédent de celle double déposition (d'après miss Strickland. t. V, p. 177- 8). Nous ne la rappelons ici que pour la date. Si dès le 11 , le Conseil procède à l’audition des témoins, il est probable qu'il y a été invité parla reine le 10, le jour même du crime.

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prodigieux de la poudre, la maison dispersée en poussière; non-seulement le toit et les étages détruits, mais les murailles, les fondations mêmes, de sorte qu’il ne restait pas pierre sur pierre. Le Conseil concluait que les auteurs du crime se proposaient certainement de faire périr aussi la reine et les nombreux seigneurs qui l’avaient accompagnée chez le roi jusqu’à près de minuit; et que c’était un heureux hasard que Sa Majesté n’eût point passé cette nuit-là dans la maison. Mais Dieu l’avait préservée pour tirer vengeance de cette action barbare; et assurément il ne permettrait point que de tels scélérats échappassent aux recherches que le Conseil avait déjà commencées'.

Lethington qui appelait si vertueusement les châtiments célestes sur les assassins, comptait bien les détourner de sa propre tète et de leur tête, Bothwell excepté. Il y parvint pour quelques années. Les grands coupables effvoyèrent les petits à la potence; mais eux-mêmes, à la tin, payèrent leur dette. Leurs fureurs et la hache du bourreau s’abattirent sur ceux que le temps avait épargnés d’abord.

Le lü février môme, Marie Stuart reçut une lettre de Beaton, archevêque de Glasgow, son ambassadeur en France. Elle était datée de Paris 27 janvier 1567. L’archevêque venaitd’être averti par l’ambassadeur d’Espagne qu’un attentat se tramait contre elle. Ii n'en avait pas pu tirer plus de lumières. Catherine de Médicis à laquelle il avait porté ses inquiétudes, ou ne savait rien, ou n’avait pas voulu parler; elle l’avait félicité du bon état des affaires d’Ecosse et du pardon de Morton, Ruthven et Lindsay. L’archevêque terminait par des recommandations de vigilance*. Marie lui répondit le 11 février : elle le remerciait de son zèle et déplorait que l’avis fût arrivé trop tard. Le reste de sa lettre répète celle du Conseil à Catherine : que Dieu l’a préservée pour tirer une vengeance

1. Voy. la lettre dans miss Strickland , t. V, p. 187-8. « We are after the inqucst (nous sommes après l'cnquète), » disent les lords. Donc ce document à lui seul prouverait que Marie n'était pas restée inerte.

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