Keith, Préf., p. vin
2. T. I, p. 283. « Dans cette lettre, écrite le surlendemain de la mort du roi à son amlassadeur auprès de Charles IX.... •
3. Miss Slrickiand, t V, p. 192, affirme que la lettre est signée et non pas écrite de la main de Marie, comme on l’avait supposé généralement. Etait-il équitable il M. Mignet de passer sous silence la rédaction de la dé-
F,E JUGEMENT DE BOTHWEIX.
Tels sont les fails qui marquent le jour et le lendemain du meurtre de Darnley, 10 et 11 février : ordre au Conseil privé de s’établir au Tolbooth et de commencer les recherches; audition des premiers témoins; première lettre de Marie au comte de Lennox ; deux, lettres à la cour de France. Quand M. Mignet inculpe l’inaction prétendue de Marie Stuart, il ne connaît probablement pas les premiers faits de l’instruction judiciaire; ensuite il ne tient pas compte de la lettre à Lennox ; il recule d’un jour (du 1 1 au 12) celle à l’archevêque de Glasgow. Le vide s’opère ainsi dans ces deux journées du 10 et du 1 1 , el l’altitude de la reine devient au moins singulière. Mais remettons les événements dans leur ordre véritable, alors on voit clairement que la veuve fit de son mieux , dans sa situation.
Dès le 11, si l’on devait en croire Paris', tout le monde à la cour aurait lu sur le front des coupables. « Mardy au matin, elle (la reine) se lève, et ledict Paris estant entré en
pêche du Conseil, pour rejeter sur Marie Stuart seule la responsabilité de certaine phrase un peu sèche de la lettre à l'archevêque, comme • l’événement horrible et étrange tel, qu’elle ne croit pas qu’il en soit jamais arrivé un pareil dans aucun pays. — The matter is horrible and so strange, as we beleive the like was never hard of in ony country. » — Le Conseil écrit à Catherine de Médicis : « ln a manner so strange that no one ever heard of the like. » — Nous pourrions étendre cette comparaison des termes d’un bout <t l’autre. Nous affirmons que ta lettre signée de la reine n'est qu’une variante de celle du Conseil. Ré même, la proclamation du Conseil (12 février) , dont nous partons plus bas, est conçue presque mol pour mot comme la lettre de la reine, quant à la mort du roi et la destruction de la maison : le tout est donc sorti de la plume du secrétaire d'Etat I.ethington.
t. Deuxième dèposit., Teulet, p. 102. Nous prenons congé ici des Con- />«*. de Paris.
Rappelfcs une dernière fois que la première n’incrimine en rien la reine, tandisque la seconde, faite le lendemain, accumule contre elle les accusations de toutes sortes que rien dans la première ne fait pressentir. Sauf cette pièce, dont nous avons exposé la frauduleuse origine, les contradictions et les impossibilités, sauf aussi la déposition de Nelson, que nousavons saisie en flagrant délit de mensonge, les déclarations des coupables suppliciés ne mettent pas Marie en cause; et sur l'échafaud, ils ont rendu hommage à son innocence. Par quelle distraction M. Mignet range-t-il parmi les preuves de la complicité de Marie « les déclarations que les auteurs subalternes d% ce drame tragique firent devant la justice ou sur l'échafaud? » (T. I. p. 281.)
LE JUGEMENT DE BOTHWELL
sa chambre, la royne lui demanda : Paris, qu’as tu? — Hélas! ce dit-il, Madame, je vois que chascun me regarde de costé ! — Ne te chaille, ce dit-elle, (tant que) je te feray bon visage, personne ne t’oseroyt dire mot. » Un document beaucoup plus respectable et plus sûr dépeint très-dilléremrnent ce qui se passait à Ilolyrood. C'est le récit' que lit à son passage par Berwick, le 12 février, un gentilhomme français nommé Clernault, qui avait quitté Edimbourg la veille, avec mission de porter en France les deux lettres du Conseil et de la reine. Après avoir parlé de l’explosion et de la découverte des restes de Darnley, le narrateur ajoute: « la chose estant rapportée ainsi à ceste pauvre princesse, chacun peult penser en quelle peine et agonie où elle s’est trouvée5, mesme que telle malaventure est advenue au temps que Sa Majesté et le roy 'estoient au meilleur mesnaige que l’on pouvoit désirer, de sorte que le dict sieur de Clernault, la laissée aflligee autant que le peult estre, une des plus mal fortunées royues de ce monde, on s’est bien apperçeu que telle malheureuze entreprise procédoit d’une mine soubz terre j toutesfois elle na point encores este trouvée, encores moins scait-on qui en est lautheure. » Voilà où l’on en était réellement le lendemain de l’assassinat.
Comme les opérations judiciaires du Tolbooth n’aboutissaient pas à de promptes découvertes, et pour cause, puisque ceux qui les dirigeaient avaient l’intérêt le plus pressant à étouffer la vérité, une proclamation fut lancée le 12 février par le Conseil au nom de la reine, portant promesse d'une somme de deux mille livres et d’une pension viagère à quiconque ferait connaître et livrerait à la justice les auteurs de ce forfait; plus, un plein pardon, si le dénonciateur était parmi les coupables3. A ce propos, on lit dans M. Mignet :
1. Récil selon Chalmers; lettre interceptée par tes autorités anglaises, d'après miss Strickland, t. V, p. 186. La déclaration entière est dans Clialmers, t. II, p. 444-5, d’après le Paper-Offic.
2. Quand un témoin oculaire s’exprime ainsi, peut-on parler, d'après Buchanan, de l’indifférence de Marie?
3. Anderson , 1. 1, p. 36. — Keith , p. 368. --Miss Strickland, t. V, p. 188.
LE JUGEMENT DE BOTHWELL
« Après avoir cherché à se concilier la favorable opinion de la cour de France, elle se décida enfin, le mercredi 12 février, à promettre par une proclamation' ...» Pourquoi enfin ? quel est donc ce temps perdu, quand le Conseil est déjà à entendre des témoins, le lendemain du crime, et à publier cette proclamation le surlendemain? S’il n’agit qu’en apparence, est-ce la faute de la reine?
Ainsi qu’après la mort de Riccio, elle abandonna le palais ouvert d'Holyrood, et avec son enfant se transporta au château d’Edimbourg. Elle voulait porter le deuil de son second mari d’après le même cérémonial que pour le premier, le cérémonial des reines de France; c’est-à-dire s’emprisonner six semaines dans une chambre entièrement tendue de noir, fermée à la lumière du soleil et seulement éclairée de quelques bougies1. Le môme soir, 15 février, eurent lieu les funérailles de Rarnley. On l'avait embaumé trois jours auparavant, précaution qu’on n'attendrait pas d'une femme qui aurqit assassiné son mari. » Uarnley fut enterré presque « mystérieusement dans la chapelle d’Holyrood, » tels sont les mots rapides décochés contre la veuve s. Buchanan a écrit que, brusquement, sans aucune pompe funèbre, elle le lit enlever de nuit par des portefaix dans une méchante bière, et inhumer côte à côte de Riccio*. Il est vrai qu’on déposa le corps sans bruit dans le caveau sépulcral de la chapelle d’Holyrood, à côté de Jacques V, et non pas de David Riccio, qui ne reposa jamais parmi les sépultures royales, mais