‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 122 sur 257 · Sauf-conduit donné à Stirling. Laban., t. I, p · texte numérisé non relu

Sauf-conduit donné à Stirling. Laban., t. I, p

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fini, je pense, avec l’argent qu’il m’a emporté. » Aussitôt la reine lit écrire par Lethinglon à Drury, le prévôt de Berwick, pour le prier de faire arrêter l'Italien partout où il serait et de le renvoyer immédialement à Edimbourg La chose était facile; Lutini était resté malade à Berwick. Hiccio consterné d’une enquête qui allait le couvrir de honte et le perdre, écrivit, le 19 janvier, une lettre suppliante à son compatriote, le conjurant pour l’amour de Dieu et au nom de leur ancienne amitié, de nepas le démentir, d’avouer qu’il se proposait d’aller chercher de l'argent sur le continent, qu’il avait en effet emporté celui de Riccio pour son voyage, mais avec intention de le rendre au retour: «de cette façon, disait-il, vous sen z excusé, et moi aussi. » Drury savait trop bien son métier d'espion pour ne pas intercepter cette missive; et comme, outre les détails que nous venons d’en tirer, elle portait qu’on avait articulé aussi contre Lutini l’accusation d’avoir fouillé dans lés papiers de la reine, le prévôt alïriandé s’empara de l’Italien et le garda prisonnier, espérant lui arracher quelques indiscrétions au désavantage de la reine d’Ecosse. Il n’en fut rien toutefois, comme il l’avoue lui-même à Cécil. Pendant le voyage de Marie à Glasgow, l’affaire resta en suspens. Mais ensuite, sur de nouvelles instances de Lethington, quelques jours avant la mort de Darnley, Drury résolut d’obtempérer, à la grande terreur de Lutini, qui, n'ayant pas reçu la lettre de Joseph Riccio, ne savait qu’imaginer et voyait déjà les poignards aiguisés contre lui. 11 faut convenir que l'explosion de K.irkof-Field, survenue en ce moment, n’était pas de nature à dissiper ses terreurs. Un officier anglais le reconduisit à Edimbourg, après que Drury eut obtenu la promesse qu’il ne serait rien fait contre la personne ni contre la liberté de Lutini, sa dette acquittée. La reine, incapable de s’occuper d'affaires, ne vit pas son ancien serviteur. Elle délégua Bothwell pour l’interroger. Il se justifia, paya son tailleur. Afin de le

1 . lettre de Varie Stuart ^ Prurit. Edimbourg. 1* janvier t.=>67. Laban ,

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dédommager de ses angoisses, Marie lui lit remettre trente couronnes et lui proposa de rentrer dans la maison royale. 11 déclina l’offre prudemment et quitta le pays sans délai, par Berwick et Londres. Quant à Riccio, un bref congé fut le prix mérité desa friponnerie; il ne fut pas moins que l’autre empressé de quitter l'Écosse'.

Voilà comment ces deux hommes s'éloignèrent précipitamment du royaume après la mort de Uarnley, sans que leur dépari se lie à celle catastrophe, autrement que par l’épouvante très -concevable dont elle les frappa. Tytler a cru apercevoir ici de noirs mystères. Il a supposé que Joseph Riccio était du complot contre Darnley, qu’il en avait parlé à Lutini, et que la reine ayant soupçonné cette indiscrétion, avait voulu, afin d’en prévenir les suites, s’assurer de la personne de Lutini, et alors en avait demandé l'extradition à Ifrury. L’historien avoue toutefois que ce n’est qu’une simple hypothèse de sa part, et qu'il y a peut-être une autre explication*. Mais comment n’a-t-il pas vu que le dénuûment de cette affaire, racontée dans les quatre lettres qu il repioduitou analyse de lirury à Cécil, ruine sa conjecture, puisque .Marie Stuart renvoie Lutini avec indemnité, sans l’avoir interrogé en personne, et qu'elle le laisse reprendre tranquillement le chemin de l’Angleterre. Bothwell non plus n’y met aucun obstacle, lui qui aurait eu le plus gr.ind intérêt à empêcher Lutini de se livrer entre les mains des Anglais.

Ces détails ne sont pas oiseux. Ils tiennent au fond même du sujet. Car ils font voir de quelle façon et avec quelle opiniâtreté les choses ont été détournées de leur vrai sens, jusque dans leurs moindres circonstauces, pour être travesties en témoignages accusateurs.

t» 'autres officiers de la maison de la reine sortirent égale -

1. Voy. sur celle afiaire, tuiss Strickland, t. V, p. 107-110. p. 194-5. Dans Tytler, ». V (édit. 1 845) , p. 374-5, et à la fin du volume, u" xvu, p. 509-513, la correspondance de Drury arec Oéeil et la lettre de J. Hiccio à Lutini.

}. Tytler, t..V, p. 37fi, édit. 1815.

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ment du pays, le plus grand nombre par l’Angleterre, où Marie savait pourtant que Drury et Cécil étaient à l'affût de tout ce qui pouvait lui nuire. Parmi eux, Bastien était muni de lettres de recommandation de la reine pour Elisabeth Si elle avait eu sujet de craindre les propos des émigrants, qui l’empêchait de les renvoyer directement par mer, au lieu, qu’on nous passe la trivialité de l’expression, de les mettre ainsi à la gueule du loup? 11 faudrait cependant juger ces affaires d’Ecosse d’après les données ordinaires de la vie. Qu’y a-t-il d’extraordinaire que le roi étant mort, la reine fort pauvre d'ailleurs, licencie une partie de sa maison? D’un autre côté, quand ces étrangers presque tous catholiques, liais du peuple et des grands, virent après le meurtre de Riccio resté impuni, l’audace des assassins igimoler le roi lui-même, ne durent-ils pas craindre aussi pour leur propre vie? Et faut-il chercher absolument des raisons si profondes et si criminelles de leur empressement à se mettre en sûreté?

Cependant les informations auxquelles le Conseil privé était censé se livrer, ne jetaient aucune lueur sur l’horrible drame. La proclamation du 12 février d’abord h’eut pas d’écho. Le 16 seulement, une affiche fut placardée à la poi te du Tolbooth. L’auteur, disant avoir été guidé dans ses investigations par ceux-mêmes qui avaient commis le crime, dénonçait le comte de Bothwell, sir James Balfour, David Charniers *, comme exécuteurs, et Black John Spence, comme

1. lettre de Prury d Cécil, 19 février 1 .">67 , dans miss Strickland, t. V, p 204. « Cette après-midi (19 février) arrivèrent ici (à Berwick) avec des lettres de recommandation de la reine pour leur passage en poste, M. Dolu, trésorier de ses revenus en France, des domestiques de la reine, huit autres encore, tous en costume de Highlanders, h l’exception d’un Écossais. Bastien a des lettres de la reine de ce pays pour Sa Majesté ma souveraine. » Cette dernière phrase fixe très-utilement le sens de ces départs. Tytler ne l’a pas donnée; par suite, M. Mignet l’a omise également (t. I, p. 287).

2. M Mignet traite Chambers d’affidé de Bothwell (t. I, p. 284). Il serait plus juste de dire ami dévoué de Marie Stuart. C'était un savant jurisconsulte qui, le premier, mit les lois d'Écosse en ordre en 1568, à la demande de Marie. Après la chute de cette princesse, il se retira en France, où il continua de la défendre et de lui dédier ses travaux, entre autres sa réfu-

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conseiller principal du meurtre ; la reine étant consentante, à la persuasion du comte de Bothwell et par les sortilèges de lady Buccleuch*. — Marie Stuart pouvait àbon droit trouver ridicule qu’on la soumit aux maléfices d’une des dames de sa cour. Sans doute elle se souvenait, que lors de son second mariage, on avait imprimé que lady Lennox l’avait ensorcelée (du fond de la tour de Londres). Néanmoins, dès le même jour, une proclamation royale invita l’auteur du placard à se faire connaître, avec garantie de la somme promise, pourvu qu’il établît son dire devant la reine et le Conseil. Trois jours après, le 19 février, le dénonciateur anonyme répliqua qu’il désirait que l’argent fût consigné entre les mains d’un homme impartial, qu’il se présenterait le dimanche suivant, qu’on devait arrêter le seigneur Francis, Bastien et Joseph *, et qu’alors il déclarerait ce que chacun avait fait avec ses complices. Buchanan remarque gravement qu’il ne fut pas fait de réponse à cet écrit. Mais que pouvait répondre de plus Marie Stuart? Par quel nouvel argument persuader cet homme, que les promesses les plus formelles n’avaient pas tiré de l’ombre où il se cachait? Comment d'ailleurs prendre au sérieux ce fait d’ensorcellement et l’accusation contre Bastien Pages, Pages dont les noces avaient au vu et au su de tout le monde, rempli la journée et la nuit du fatal dimanche? Ni lui, ni le sei-

tation du pamphlet de Knox contre le Monstrueux gouvernement des femmes. (Miss Strickland, t. V, p. 196 et note.)

1. La sœur de lady Reres , dont nous avons déjà parlé , toules deux nièces du cardinal Beaton. — L’affiche a été conservée par Buchanan à la suite de la Delcclio , Anderson, t. II , p. 56. M. Mignet ne rapporte (t. I, p. 283-4) que les trois premiers noms et néglige le reste, particulièrement la fin du placard, qui diminue tant l'autorité du commencement. Cette fin eût été utile à ses lecteurs, qui auraient mieux compris pourquoi la reine n’ordonna pas d’arrestations immédiates. Sérieusement , comment l’historien qui connaît le bon d de Craigmillar, signé des plus grands seigneurs d’Ecosse, peut-il faire fond sur une pièce qui désigne pour principal conseiller du meurtre, le très-obscur John Spence?

2. F-ancisco Busso, maître d’hôtel; Bastien Pages ou Paiges, valet de chambre; Joseph Riccio. Tytler ajoute un quatrième nom, Jean de Bourdeaux (t. VU, p. 87), qui n’est pas mentionné dans le texte de Buchanan.

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gneur Francis, ni Joseph lliceio, non plus que David Chambers, ne sont compromis, que dis-je ? nommés dans les dépositions des complices secondaires qui constituent le dossier du procès. Ün ne disait vrai qu’à l’endroit de Bothwell et de sir James Balfour. Mais la reine devait-elle croire que les affiches méritassent plus de crédit pour eux que pour ellemême et ses domestiques? Voilà ce que M. Mignet appelle la voix publique qui éclate. Ce n’est pas ainsi que parle la voix publique; c’est avec plus d’âme et d’indignation, et plus à découvert. Ces affiches seraient plutôt l’œuvre des conjurés principaux. Débarrassés de Darnley, ils avaient à faire un nouveau pas : c’était de concentrer sur Bothwell la responsabilité qu’ils avaient encourue tous, et de l’étendre jusque sur la reine, afin de la déshonorer devant l'opinion. Ils savaient combien les procédés vagues et mystérieux prennent d’empire sur l’imagination des masses, et ce qu’il y a de puissance dans les cris accusateurs qui troublent le silence des nuits. Pendant les ténèbres, des voix tirent retentir les mêmes noms à travers les rues. Un troisième placard fut ainsi rédigé: « Attendu qu’il a été publié le 12 du présent mois, que celui qui dénoncerait les assassins du roi, recevrait une somme de deux mille livres et une pension, moi, avec lord Bothwell, M. James Balfour, M. David Chambers, et Black John Spence, nous fûmes les acteurs du meurtre. Demandez plutôt à M. Gilbert Balfour1. » Est-ce sur des pièces de ce genre, que Marie Stuart pouvait ordonner l’arrestation d'un des premiers officiers de la couronne? Y a-t-il de quoi se récrier que la reine ne prescrivit aucune recherche contre les complices subalternes et qu’elle garda le principal coupable à ses côtés’? On oublie trop qu’elle avait investi le Conseil privé du soin des recherches, et que c’est à lui que la stérilité de celles-ci est imputable. Après tout, un souverain quel qu'il soit, surtout quand le souverain est une pau-

1. Gilbert Balfour, frère (le sir James et <le Robert Batluur, et alors au service de Bothwell.

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