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LE JUGEMENT DE BOTHWELL
sements indécents, et qu’elle ait blessé les justes susceptibilités de son beau-père.
Mais lui, Lennox, que fit-il ? Pendant dix- sept jours entiers, il resta sans répondre, non pas sans agir. 11 se jeta dans les intrigues souterraines et se lia aux assassins véritables de son fils. Quel était son mobile? On lé verra, en juillet suivant, travailler à faire passer sur la tête de son second fils le titre d’héritier présomptif de la couronne, en prenant le pas sur les Hamiltons. Probablement cette idée avait germé déjà dans son esprit. Elle le poussait de toute nécessité du côté des ennemis de sa bru, de même qu’essayée une première fois au profit de llarnley, elle l’avait rangé avec son fils parmi ceux qui voulaient, en assassinant Riccio, assaillir le trône et la vie de Marie. Les grands, de leurcôté, à la fois multipliant les affiches anonymes, et déroutant les recherches, reconnurent bientôt que la popularité de Marie Stuart décroissait, et ils prirent leurs dispositions en conséquence.
Murray, Morton, Lindsay de Byres, Caithness et d’autres, se réunirent secrètement à Dunkeld, chez le comte d’Athol, parent de Lennox1, et tous ces assassins de Darnley délibérèrent sur les moyens de le venger. Une lettre de l’évêque de Mondovi, nonce du pape en France, à Cosme 1", grand-duc de Toscane, analyse (Paris, 16 mars 1567) la situation de l’Ecosse, d’après les récits du comte de Moretta et du père Edmond revenant de ce royaume. Les comtes de Murray, d’Athol, de Morton et d’autres seigneurs, est-il dit, sont ligués avec le comte de Lennox, sous prétexte de venger la mort du roi. Les comtes de Bothwell, d’Huntly et beaucoup d’autres se tiehnenl aux côtés de la reine pour le même objet, et un parti est suspect à l'autre. Le comte de Murray, quoique appelé par la reine, n’a pas voulu venir auprès d’elle; d’où l’on juge que, visant à se rendre maître du royaume, il voudrait profiter de l’occasion pour tuer le comte de Bothwell. homme
1. Tytler, t. V, p. 391, édit. 1845. — Miss Slrickland, t. V, p. 212, d’après une lettre de Drury à Cecil, 28 février 1567.
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valeureux, de beaucoup de crédit et tout à fait dans la confiance de la reine'; par là, entreprendre plus aisément contre la vie de cette princesse: ensuite arracher à la lâcheté (dapocaggine) du comte de Lennox qu’il lui cédât le gouvernement de la personne du prince, et conséquemment du royaume *. — Ces données fort justes confirment les nouvelles que Drury adressait de son côté à Cecil sur l’état des choses à la fin de février’; elles démontrent clairement que le complot de l’aristocratie se pom suivait. Au conciliabule de Wittingham, ils avaient décidé la mort de Darnley ; à celui de Dunkeld, ils décidèrent la chute de Marie Stuart.
Marie Stuart revint de Seton à Edimbourg le 7 mars 1567, avec toute sa cour pour recevoir l’ambassadeur anglais Henri Killigrew (le journal de Murray le fait arriver entre le 12 et le 21 février, et de plus suppose que la reine passa gaiement son temps à Seton du 21 février au 10 mars, sans interruption). Il était porteur d’une lettre de condoléance d’Élisabeth. Dans cette missive en français, datée du 24 février, la reine d’Angleterre, après quelques regrets apprêtés pour Darnley, que pour la première fois elle appelait son cousin, faisait part à sa cousine des soupçons répandus sur elle. Son langage était dur et hautain, entremêlé de protestations hypocrites d'affection et d’incrédulité : on prétendait, disaitelle, qu’elle avait « regardé entre ses doigts » (laissé faire), et qu’elle n'aurait garde de toucher à ceux qui lui avaient fait le plaisir de cette revanche. Venait à la fin le conseil de ne
I Cet éloge du protestant Bothwell par le légat nous semble indiquer que le comte de Moretta ne soupçonnait pas Bothwell , et que l'on partageait son sentiment é Paris, au milieu de mars.