‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 13 sur 257 · Brantôme, Marie Smart · texte numérisé non relu

Brantôme, Marie Smart

COMMENCEMENTS DE BOTHWELL

et toute impiété. » Marie elle-même fut affectée péniblement de l’apparence sauvage de la nature et des habitants. Elle accepta néanmoins avec courage les soins du gouvernement. D’abord elle réorganisa le conseil privé (6 septembre), et y réintégra Bothwell, quoique absent, dans la place que son père, le comte Patrick, avait occupée'.

Bothwell reprit le chemin de sa patrie peu après la reine. Mais en véritable Écossais du Border, et trop lidèle au portrait que Throckmorton avait tracé de lui l’année précédente, il n’eut pas plus tôt remis le pied à Edimbourg que son caractère turbulent et inconsidéré le jeta dans des différends et des intrigues fâcheuses. Avouons cependant que la cour d’Holyrood était pleine de ses ennemis, que leur inimitié provenait surtout de ce qu’il n’avait pas voulu pactiser comme eux avec l’Angleterre, et qu’il ne se montra pas le plus récalcitrant aux instances conciliatrices de Marie. Dans cette arène de rivalités implacables, il n’y eut qu’un jour, en 1562, où tous se trouvèrent d’accord : ce fut pour déchirer le cœur de leur souveraine. Au second anniversaire de la mort de François II, qu’elle regrettait fidèlement, Marie les pressa de revêtir des habits de deuil pendant quelques heures: elle ne put pas l’obtenir même d’un seul d’entre eux*. La pauvre reine, obligée de vivre avec ces furieux, s’épuisait à les pacifier ; et ce qui nous donne la mesure de l’autorité royale, elle dut se borner la plupart du temps à exiger, non pas le respect absolu de la loi et de la paix, mais de simples trêves, la promesse réciproque de ne pas s'attaquer pendant un ou plusieurs mois. Bothwell prit des engagements de cette nature avec lord Selon (11 novembre 1561), avec lord

1. Marie se composa un ministère tout protestant : lord James, son flrère, premier ministre; William Maitland de Letliington, secrétaire d'état; James Makgill, clerc du registre; Wishart de Pitarrow, gardien du sceau privé. Kirkaldy de Grange et Henri llalnaves curent des offices de confiance dans sa maison. Seul, je comte d’Huntly, chancelier, était catholique. Dans le conseil privé, il y avait sept protestants et cinq catholiques. Miss Strickl., t. III, p. 266.

2. Miss Strickl. t. 111, p. 277, d’après une leUrede Kandolpb.

James' et avec Gockburn d’Ormiston. Des efforts semblables de Marie échouèrent longtemps auprès du comte d’Arran. Celui-ci, dont la tête n'était pas saine, avait caressé le rêve d’être porté par Cecil au trône d’Écosse et d’obtenir ensuite la main d’Élisabeth. Le refus de la reine d’Angleterre avait donné un autre cours à son ambitiou ; et tout en boudant Marie Stuart, il projetait de l’épouser et faisait profession de l’aimer. Immobile avec son père, le duc de Chàtelleraut, dans leur petite cour de Kinneil, près Linlithgow, ils alîectaient tous deux une attitude de mécontents. Le duc avait résolu de ne pas se présenter devant Marie Stuart, à moins d’être mandé. Le comte d’Arran était encore plus absolu. « Il est décidé, dit Randolph devenu ambassadeur d’Angleterre près la reine d'Écosse, il est décidé1 2 3 à ne pas paraître à la cour aussi longtemps que la messe y sera conservée.... Je vois trois causes à son absence : d’abord la messe, ensuite la présence de son ennemi (liothwell), en troisième lieu le manque de ressources pour soutenir sa maison. Par la première, il maintient son crédit chez les protestants rigoureux; la seconde accuse de sa part beaucoup moins de courage qu’on ne croyait, alors que son ennemi est tout feu pour avoir la place dont il est indigne ; la troisième manifeste à tout le monde la stupidité de son père, qui ne connaît rien au-dessus de l’argent et n’a ni foi ni loi. » Le comte d'Arran ne s’était pas consolé des mille livres sterling que liothwell avait saisies deux ans auparavant. Cependant sur les représentations de ses amis, le duc se rendit près de la reine. Bien reçu de celle qu’il avait offensée, il ne put s’empêcher d’avouer qu’elle le traita de manière à ne lui donner aucun sujet de déplaisir1. Son tils, « qui ne sait où il en est, » dit Randolph, au lieu de l’accompagner, était allé vers le nord à Saint-André. Tout à

1. Le lord James, frire naturel de Marie, fut désigné sous les titres de prieur de Saint-André ou de coinmendataire de Saint-André et Piltenween, de comte de Mar, de comte de Murray.

Page 1