Keith , Préf. p. ix
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liremière, que la reine doit dissiper par le châtiment des coupables les calomnies dont elle est chargée sur le continent; la seconde, qu’elle doit rester fidèle à Dieu, c’est-àdire au catholicisme. Lorsqu’il adressa ces nobles conseils à sa souveraine, le romte de Morefla et le P. Edmond, de la société de Jésus, étaient revenus d’Ecosse où ils avaient été témoins de la catastrophe du 10 février. Ils communiquèrent sans doute à l’archevêque les faits et les sentiments qui forment le fond de la lettre que le légat du pape à Paris envoya, quelques jours après (16 mars), au grand duc de Toscane. Le comte de Moretta et le P. Edmond parlaient de. Bolhwell sans la moindre insinuation fâcheuse pour Marie Stuart ; mais où ils blâmaient la pauvre princesse, c’était d’avoir, par son refus d’entrer dans la grande ligue catholique, laissé échapper l’occasion de se rendre maîtresse dans ses Etats et de rétablir le catholicisme ; et ils en auguraient la ruine de la reine et de son royaume*. Tel doit être le motif pour lequel l'archevêque appuie si fortement sur les exhortations religieuses et recommande à Marie la source unique où elle doit chercher espérance et force. Cela ne signifie pas du tout qu’il la soupçonne d’aucun crime. Il avait encore un autre motif d’inquiétude. Comme il remerciait, au nom de la reine, l’ambassadeur d’Espagne pour l’avis qu’il lui avait donné de la trahison qui se tramaiten janvier, avis parvenu malheureusement trop tard à la cour d’Ecosse, l’Espagnol répondit : « Soit, il est arrivé trop tard ; eh bien ! dites à Sa Majesté que je tiens des mêmes sources qu’auparavant, qu’il se trame contre elle quelque entreprise encore plus grave, dont je veux l’avertir à temps. » Mais il refusa toute explication *. Ce langage énigmatique à l’excès, une fois déjà trdp bien justifié par l’événement, ne pouvait avoir d’autre effet que d’abattre encore plus l’énergie de Marie Stuar}, et de la soumettre plus docile aux impul-
1. Voy. cet extrait déjà cité dans notre 3* partie. — Labanoff, t. VII, p. 107.
2. Ce paragraphe n’est pas dans l'extrait de Keith. Miss Strickland (t. V, p. 289) l’a emprunté aux Illustrations de Stevenson.
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sions du Conseil et de Bothwell, dont les anciens services devaient lui inspirer confiance*.
Et d’abord le procès de Bothwell suivit son cours (12 avril). D’après le messager anglais, dont nous avons rapporté tout à l’heure les mésaventures, Bothwell, la gaieté et l’insolence peintes sur les traits, se dirigea d'Holyrood au Tolbooth. Deux cents arquebusiers (les arquebusiers de la garde) l’escortaient; quatre mille gentilshommes, sans compter ceux qui remplissaient les rues, lui faisaient cortège, ainsi qu’à Lethington, son parrain en quelque sorte dans cette scandaleuse journée. La foule des nobles accourus à Edimbourg n’étaient pas tous, tant s’en fallait, les vassaux de l’accusé. Ils étaient venus à l'appel des grands seigneurs , ses complices. On ajoute que le comte montait le cheval favori du roi; que la reine, à l’une des fenêtres d’Holyrood, lui fit un aimable signe d’adieu, et qu’elle ne pût s’empêcher de lui envoyer un message pendant qu’il était devant ses juges’; tout cela sur la foi d’une lettre de Drury à Cécil. Il se peut que Bothwell se soit attribué dans la circonstance le cheval du roi ; cela ne prouve pas que la reine y ait consenti.
1. Ce procédé étrange, de la part de l’ambassadeur espagnol, n’indiquerait-il pas un fond de mauvaise humeur contre Marie, humeur causée par le refus de la reine d'entrer dans la ligue catholique ?
2. Mignet, t. I. p. 293. Tytler, t. V, p. 396 et 521, édition 1845. C’est un fragment d’une lettre de Drury, sans date, probablement avril : « Lethington et d'autres 'dirent au sous-maréchal (ou grand prévit de Berwick) que la reine dormait encore, et il l'aperçut regardant à une fenêtre. Un des domestiques français de Du Croc la lui montra; la femme de Lethington (Marie Fleming) était î côté d’elle. Bothwell, monté à cheval, leva les yeux; elle lui fit un signe de tête amical , en manière d’adieu. » Tytler parait supposer que Marie reçut en effet de Lethington et Bothwell la lettre d’Elisabeth, et qu’elle fut de moitié dans la comédie inconvenante qu’ils jouèrent à l’égard du messager. Nous n’en croyons rien; Marie Stuart possédait une courtoisie de manières dont elle ne se départait jamais; cela est connu. Elle se serait bien ganlée d’olfenser grossièrement Elisabeth dans la personne de l'envoyé. D’ailleurs qu’y avait-il u’embarrassant à recevoir celui ci, et à lui dire, au pis aller, que la lettre de sa maîtresse arrivait trop tard? Le faible de Tytler est d’accepter aveuglément tout ce qui sort du Siale papier office. Cela passe dans sa narration sous celte forme, on remarqua.... on observa que.... 11 devient ainsi plus sévère que le messager lui-même, qui, dans son rapporté Drury, ne s'en prend nullement à la reine d’Ecosse.
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Quant aux deux autres détails, les prétendus jeux de Setori et le dîner de Tranent nous mettent en défiance. Fussent-ils vrais, ils démontreraient la crédulité plutôt que la culpabilité de Marie Stuart. Convaincue de l’innocence du comte, qu’attestaient encore l’empressement de la noblesse, et sans doute les artifices de Lethington, elle aura cru peut-être, quoiqu’à tort, pouvoir lui donner une marque d’intérêt.
Les gardes s’établirent à la porte du Tolbooth et ne laissèrent entrer que ceux dont on était sûr*. Les juges étaient le comte d’Argyle, lord haut justicier héréditaire d’Écosse, et l’un des conjurés contre Darnley ; lord Lindsay de Byres, Henri Balnaves, James Makgill, Pitcairn commendataire de Dunfermline; les deux premiers, beaux-frères; les trois autres, créatures de Murray *. Le jury se composait de quinze personnages de haut rang, les pairs de l’accusé, parmi lesquels lord John Hamilton, second fils du duc de Châtelleraut. Le comte de Morton, qui n’avait pas encore reparu en public depuis que Marie Stuart l’avait gracié, fit sa rentrée ce jourlà, et figura parmi les brillants cavaliers dont la présence aux côtés de Bothwell, disait assez haut qu’il était l’homme de l’aristocratie. Morton, à la vérité, refusa de prendre place parmi le jury, et préféra payer l’amende légale de cent livres d’tfcosse, par ce motif que le roi était son parent, « quoiqu’il eût bien oublié envers lui les égards que l’on doit aux liens du sang » *. On donna lecture de l’accusation contre Bothwell, et l’on appela successivement les témoins et le comte de Lennox. Personne ne répondit. Lennox s’était mis en route pour Édimbourg à la tête de ses amis ; mais, le 11 avril, il aurait trouvé, dit-on, à Stirling l’ordre de n’amener que six
1. Lettre de Drury à Cécil, citée plus haut, Chalmers, t. III, p. 72.
2. Keith remarque (p. 375, note 6) que les quatre assesseurs du comte d'Argyle, qui prononcèrent l’acquittement de Bothwell, allèrent dans la suite en Angleterre accuser Marie Stuart d’avoir fait assassiner Darnley par Bothwell.
3. Drury à Cécil. 15 avril 1567, dans Chalmers, t. III, p. 72.
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personnes avec lui A la rigueur, ce n’eût pas été une innovation : car les nobles ayant pris la très-dangereuse habitude de se faire assister dans leurs procès par la foule de leurs clients, une loi de 1555 avait interdit au poursuivant de se présenter avec plus de quatre amis, et au défendeur avec plus de six s. Mais elle n’avait pas été observée5; et il ne nous paraît pas probable qu’on s’en soit préoccupé davantage dans cette circonstance. En effet, Lennox, en écrivant de Stirling à la reine, la veille du jugement, qu’il rompait son voyage commencé, n’allégua que deux motifs, la maladie et le défaut de temps pour rassembler ses amis4; ce qui implique qu'on ne lui avait pas interdit de les réunir. En rebroussant chemin (sa conduite depuis deux mois montrait du reste qu’il n’avait jamais eu l’intention de se transporter à Holyrood), il chargea deux de ses serviteurs, Robert Cunningham et Crawford, de le représenter, de déclarer en son lieu et place qu’il était absent à cause de la brièveté du délai5, et, lui fait- on dire dans les pièces publiées par Buchanan avec la Dcteclio , à cause de la défense qui lui avait été signifiée d’amener ses amis5; et de protester contre tout
1. ld. ib. p. 73. C’est un des hommes de Lennox qui aurait dit cela.