‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 138 sur 257 · Anderson, t. III, p. 109-114. — Keith, p · texte numérisé non relu

Anderson, t. III, p. 109-114. — Keith, p

LE JUGEMENT DE BOTHWELL

dont la plupart sont des assassins ou des ennemis de la victime : ils ont pris la précaution de remplir Édimbourg de leurs clients; ils acquittent l’accusé, leur homme. Cela se passe en dehors et au-dessus de Marie Stuart.

N’oublions pas que ces véritables assassins de Damley ont déjà combiné entre eux, à Dunkeld, un nouveau plan pour le venger. Voilà le péril renaissant, plus redoutable encore à Marie Stuart que le complot contre le roi, péril dont l’ambassadeur espagnol entr'ouvre trop discrètement, en ennemi plutôt qu’en ami, les sombres perspectives à l’archevêque de Glasgow. Les grands, une fois délivrés de Darnley, détournent calomnieusement par de secrètes manœuvres l’odieux du meurtre sur la reine innocente, afin de la dépopulariser. Us absolvent le vulgaire ambitieux, leur dupe, que depuis deux mois ils accusent en dessous. Maintenant ils vont pousser dans ses bras, par un mariage déshonorant, la femme infortunée, dont tant d’atroces malheurs ont consumé l’énergie. Alors un dernier coup : et , Marie Stuart détrônée, ils atteindront leur but final, l’anéantissement de la royauté sous le règne d’un enfant en bas âge.

Ainsi, les circonstances du procès de Bothwell s’expliquent naturellement. Elles se lient étroitement au passé. Sans remonter au plan de 1561 pour détenir Marie Stuart en Angleterre, les grands n’ont-ils pas déjà comploté en 1565 , à l’époque de son mariage avec Darnley, de la diffamer, de tuer l’époux et son père, de jeter l’épouse en prison? N’est-ce pas également le trône et la vie de la reine, que leurs épées cherchaient à travers Riccio en 1566? Leurs calomnies n’attaquaient-elles pas déjà son honneur? L’insensé Darnley, le misérable Lennox s’étaient joints à eux. La défection du premier ayant déjoué leurs vues, ils les reprirent, jetèrent leur ancien complice hors de leur chemin par le crime de Kirkof-Field, et accomplirent, avec des moyens qui varièrent plus encore à la surface qu’au fond, leur complot immuable. Là est la logique des faits; là est la vérité.

Lennox quitta l'Ecosse le 17 avril, et chercha un refüge en

LE JUGEMENT DE BOTHWELL

Angleterre. Le parlement s’était ouvert au Tolbooth dès le 14. Le 16, eut lieu la séance royale : « la reine s’y rendit précédée de Bothwell, à qui elle avait déféré l’honneur de porter devant elle la couronne et l’épée C’est beaucoup de choses. C’est aussi la continuation de cette fable à deux, découpée arbitrairement dans l’histoire générale du pays. En réalité, le duc de Châtelleraut et le comte de Lennox étant absents, le comte d’Argyle porta la couronne, Bothwell le sceptre, le comte de Crawford l’épée. Au retour, le comte de Huntly tenait la couronne, Argyle le sceptre et Bothwell l’épée*. Par quel motif légal aurait-on exclu Bothwell du rôle auquel l’appelaient ses dignités , dès que ses pairs l’avaient absous unanimement? Et puis, la reine n’était pour rien dans ces dispositions de préséance, qui ressortissaient au roi d’armes. Que, si Bothwell n’avait pas figuré dans le cortège, probablement on en tirerait la conclusion que, malgré le verdict du noble jury, Marie Stuart n’avait pas osé le produire en public avec elle, tant sa conscience l’écrasait.

La session du parlement dura en tout cinq jours; le dernier jour, 19 avril, des actes en grand nombre furent votés. D’abord sur la religion : déclaration que la reine, depuis son retour en Écosse, n’avait rien entrepris contre la religion, telle qu’elle l’avait trouvée établie publiquement et universellement; abolition de toute loi canonique, civile ou municipale, punissant l’exercice de la religion réformée ; suppression de toute juridiction étrangère (quant aux protestants); ordre à tous les sujets de vivre ensemble en parfaite amitié, sous peine de châtiments sévères pour les contrevenants’.

Page 1