‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 142 sur 257 · Üetectio, p · texte numérisé non relu

Üetectio, p

LE JUGEMENT DE BOTHWELL

marché secret par lequel il aurait consenti au divorce qui devait rompre bientôt le mariage de sa sœur lady Jane Gordon avec Bothwell; simple supposition*. Il y avait une autre raison; c’est qu’il avait signé le bond contre la vie du roi et qu'il était du complot de l’aristocratie contre le prince, sinon contre la reine : il eut sa part des profits. Enfin le parlement cassa l’arrêt de confiscation dont avaient été frappés le comte de Sutherland, ainsi que plusieurs gentilshommes des Gordons enveloppés en 1562-3, dans la ruine du comte d’Huntly; pour couronner l’œuvre, on releva David Balfour de Balbutheis de la condamnation qu’il avait encourue au parlement de 1546, comme assassin du cardinal Beaton*.

Ou nous nous trompons fort, ou il était bon de connaître cette liste en entier. Si l’on y choisit seulement quelques noms pour taire les autres, le lecteur peut croire que c’est l’œuvre de la petite faction de Bothwell. Mais à voir l’ensemble formidable avec lequel les grands dépècent la couronne, on jugera différemment, et une fois de plus qu’ayant assassiné Darnley en commun, l’aristocratie se partage les premiers fruits de sa victoire homicide, prélude d’une révolution définitive amenée de loin. Marie Stuart est victime; elle n’est pas plus complice qu'elle ne l’a été des complots tramés contre elle en 1561, 1565, 1566. Elle va succomber sous les mêmes ennemis que ses pères.

La session du parlement fut close le samedi 19 avril 1567, sur cette séance de ratification. Marie retourna le jour même à Seton. Les lords ne quittèrent pas encore Edimbourg ; les

1 Sur l'autorité du journal de Murray, 5 avril 1567. « La deuxième promesse de mariage, per verba de prxsenti, fut adressée et écrite par milord d'Hunllyqui, pour être relevé de sa forfaiture, avait obtenu une procuration signée de la main de sa soeur, alors femme de Bothwell. et là, on tint conseil pour faire absoudre Bothwell. » Nous établirons, au chapitre suivant, que cette prétendue promesse est une fraude grossière de l’ennemi de la reine.

î. Keith, p. 379-380. The acts of the pariiaments of Scotland , t. II, p. 349 et suiv.

LE JUGEMENT DE BOTHWELL

meneurs en effet voulaient presser l'exécution de leurs plans. Après avoir acquitté solennellement Bothwell, ils avaient à le conduire jusqu’à la couche royale, jusqu’au trône, ob ets de la convoitise de leur brutal et aveugle auxiliaire. Ni lui, ni eux ne perdirent de temps.

vin

SON MARIAGE AVEC BOTHWELL

Le soir du 19 avril 1567, Bothwell invita les nobles, ses collègues du parlement, à souper à la taverne d’un certain Anslie, d’où le nom historique de souper d’Anslie. Lorsque plusieurs heures de libations eurent disposé les convives favorablement, Bothwell prit la parole. Il annonça que la reine consentait à lui accorder sa main et quelle désirait l’approbation de sa noblesse. Ensuite il présenta un bond qu’il les pressa de souscrire. Aucune difficulté ne s’éleva. Cet acte comprenait deux parties. La première rappelait que le comte de Bothwell, accusé calomnieusement par placards et par lettres du comte de Lennox, de participation au détestable meurtre du roi, avait été déclaré innocent par les nobles ses pairs, et autres barons de bonne réputation; qu’il avait offert le combat à quiconque l’accuserait, et ainsi n’avait négligé, pour se purger entièrement de l’accusation, aucun des moyens que l’honneur et les lois mettaient a la disposition d’un noble homme, lie là, considérant l’ancienneté et l’illustration de sa maison, ses services dans l’État, la vieille amitié qui existait entre sa famille et toutes les autres, la condition générale de la noblesse dont la réputation, l’honneur et

le crédit sont exposés constamment aux vains discours du peuple, et aux accusations calomnieuses des envieux, les signataires déclaraient sur leur foi et leur honneur, sur leur vie, aussi vrai qu’ils étaient nobles, et qu’ils en répondraient devant Dieu, que si quelqu’un venait à incriminer calomnieusement le comte de Bothwell d’avoir eu part dans ce meurtre détestable, tous et chacun d’eux en particulier soutiendraient sa querelle de leur corps, de leur héritage, de leurs biens, contre les calomniateurs cachés ou publics, passés ou à venir. — Ainsi, protection énergique quant au passé. Maintenant, aide efficace quant à l’avenir. C’était l’objet de la seconde partie. « Attendu , si l’on considérait le temps actuel, que la reine était privée d’époux, que le bien du royaume n’admettait pas la viduité et qu’un temps viendrait où Sa Majesté se laisserait incliner au mariage ; alors, dans le cas où le service dévoué et cordial que le comte lui avait fait de tout temps, ainsi que ses autres bonnes qualités et sa conduite, porteraient Sa Majesté à condescendre à préférer l’un de ses sujets aux princes étrangers, eux les soussignés, et chacun d’eux sur leur honneur et loyauté, s’obligeaient, non-seulement d’aider à la célébration d’un tel mariage de leurs vœux, conseils, appui et assistance en paroles et en action ; mais encore si quelques-uns osaient, directement ou indirectement, ouvertement ou sous quelque prétexte que ce lût , empêcher, arrêter ou troubler ledit mariage , ils les regarderaient et tiendraient pour leurs ennemis communs; ils aideraient le comte à parvenir à ce mariage, autant du moins qu’il plairait à leur souveraine de s’y prêter; ils y dépenseraient et emploieraient leur vie, leurs biens, contre tout ce qui vit ou meurt, aussi vrai qu’ils en répondraient devant Dieu, sur leur loyauté et leur conscience; et s’ils agissaient contre leur promesse, ils voulaient n’avoir plus jamais ni réputation, ni crédit, et consentaient à passer pour d’indignes et infâmes traîtres. »

Cette pièce extraordinaire, datée du 20 avril, reçut la signature de l’archevêque de Saint-André, des évêques d’Aber-

SOS MARIAGE AVEC BOTHWELL

deen, de Galloway, de Dumblane, de Brechin, de Ross', des Iles, d’Adam, évéque des Orcades ; des comtes d'Huntly, d’Argyle, de Morton, de Cassilis, de Sutherland, d’Errol, de Crawford, de Caithness.de Rothes; des lords Boyd, Glammis, Ruthven, Sempill, Herries, Ogilvy, Fleming : tout cela certifié dans la suite par sir James Balfour, clerc du registre et du Conseil privé, parconséquent gardien de l’acte original1. Afin d'obtenir cette unanimité étonnante, Bothwell, à ce qu'assurèrent des témoins, présenta une procuration (warrant) écrite par la reine, où il était invité à proposer cette affaire à la noblesse’. Qui sont ces témoins, en quel endroit parlèrent-ils de ce warrant? Ce furent Murray (il n'était pas au souper), Morton, Adam, évêque protestant des Orcades, Pitcairn, commendataire de Dunfermling, et lord Lindsay de Byres. Lors des conférences d’York (octobre 1568), où ils accusèrent Marie Stuart devant les commissaires anglais, ils chargèrent Lethington, Makgill, Buchanan et John Wood, de

1. L’évêque île Ross parle de ce bond dans sa défense de l’honneur de la reine Marie, en termes qui donneraient lieu de croire qu'il ne le signa pas. Voy. Anderson, II, p. 42.

2. Il y a une autre copie du bond, faite pour Cécil par John Read , secrétaire de Uuchanan. Un papier y annexé, de la main de Cécil, porte que les signataires, autant que Read s'en souvenait, furent : les comtes de Murray, Argyle , Huntly, Cassilis, Morton, Sutherland, Rothes, Glencairn, Caithness; les lords Boyd, Seton, Sinclair, Sempill, Oliphant, Ogilvy, Rosse-Hacat, Carleile, Herries, Hume, Innermeilb. Eglinton ne signa pas et s’évada. — Read , digne acolyte de Buchanan , ne s’est pas donné la peine de vérifier les noms, puisqu’il inscrit faussement, en tête de la liste, Murray, qui, depuis le 9 avril, était parti pour la France. Cette erreur est caractéristique; si elle est sortie de la plume d'un étourdi, c’est que l’étourdi savait parfaitement que le moteur de toute cette machine était le comte de Murray. — Chose curieuse , Cécil n’y prend pas garde. — La copie de Read est datée du 19 avril. Comme c’est la date adoptée par Murray et ses amis, aux conférences d'York , en 1568 (Goodall, Append. p. 140), il est clair que l’acte qu’ils présentèrent était celui de Read, accompagné des signatures inexactes : remarquable effronterie. — Pour le bond et les signatures, voir Keith, p. 380-3. — On peut douter si les évêques mentionnés par Balfour signèrent en effet le bond. Comment le secrétaire de Buchanan aurait-il oublié cette particularité, au point de ne pas se rappeler un seul d’entre eux?

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