‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 152 sur 257 · Labanoff, t. II, p · texte numérisé non relu

Labanoff, t. II, p

vait servir son dessein, nous cachant ses intentions et le plan qu’il roulait dans sa tête, se contentait d’entretenir notre faveur par sa bonne conduite extérieure et par tous les moyens possibles. En même temps il se mit à pratiquer les nobles secrètement, pour en faire ses amis et obtenir leur adhésion à ses vues ; il y réussit tellement, sans que nous en eussions aucune connaissance, que, lors de l'assemblée de nos états en parlement, il obtint un écrit revêtu de leurs signatures, dans lequel non-seulement ils accordaient leur consentement à notre mariage, mais s’obligeaient à s’y employer aux dépens de leur vie et de leurs biens, à se déclarer ennemis de quiconque essayerait de le troubler ou de l’empêcher. Cette lettre, il l’obtint en leur donnant à entendre que tel était notre désir.

* Ce point gagné, il commença de nous manifester ses intentions sur nous, et il essaya s’il pourrait par une humble demande obtenir notre consentement. .Mais trouvant notre réponse contraire à ses désirs, se mettant devant les yeux les sujets d’inquiétudes que les hommes ont coutume de rouler en eux-mêmes dans de telles entreprises, la résistance qu'il trouvait de notre part, les obstacles que les conseils de nos amis ou de ses ennemis pouvaient lui susciter, les changements possibles dans les dispositions de ceux qui lui avaient donné leur consentement, et beaucoup d’autres incidents capables de le frustrer de ses espérances, il se résolut en lui-même de suivre jusqu’au bout sa bonne fortune; et, tous respects laissés de côté, ou bien de tout perdre en une heure, ou bien d’achever l’affaire qu’il avait prise en main. Et ainsi, décidé à poursuivre promptement son dessein, il ne voulut pas laisser dormir la chose; mais dans les quatre jours, trouvant l’occasion favorable lors du voyage que nous fîmes sans appareil pour aller visiter à Stirling le Prince, notre très-cher lils, il nous attendit à notre retour sur le chemin, accompagné d’une force considérable, et nous conduisit en toute hôte à Dunbar. Comment prîmes-nous cette action, mais surtout combien la trouvâmes-nous étrange

SON MARIAGE AVEC BOTHWELL. 337

chez lui, qui était le dernier de nos sujets dont nous l’aurions redoutée, c’est ce qu’on imagine facilement. * Marie raconte ensuite ses reproches et sa résistance à Bothwell, dont nous n’avons pas encore à nous occuper. Quoi qu’on en dise, là est l’accent de la vérité. Cette narration simple, claire, naturelle, si bien d’accord avec tout ce que nous avons établi jusqu’ici, porte le cachet de l’honnêteté, autant que les déclamations, les assertions tortueuses, les innombrables inexactitudes dénoncent chez la partie adverse les machinations et l’acharnement de la calomnie.

11 est très-vraisemblable que Bothwell , muni du bond signé dans la nuit du 19 au 20, se présenta le jour même devant Marie Stuart comme prétendant à sa main, ainsi qu’elle l'affirme. Elle partit de Seton le lendemain, lundi 21 avril, pour Stirling. Un mois s’était passé depuis qu’elle avait confié son fils à la fidélité du comte de Mar et aux solides murailles de la forteresse. Elle passa la nuit à Callander, chez lord et lady Livingston, et arriva le lendemain, marJi 22, à Stirling. Il y a des gens qui croiraient qu’une jeune mère, séparée de son enfant, et en butte aux chagrins les plus cuisants, aurait faim et soif de le voir et de puiser dans son berceau quelques douces consolations. Buchanan les détrompera : Marie Stuart ne ressemble à aucune autre mère. C’est la mort qu’elle vient apporter au fruit de ses entrailles : car, dit-il , Bothwell voulant avoir le Prince en son pouvoir, la reine s’en chargea ; elle se rendit à Stirling pour tirer l’enfant des mains du comte de Mar. Mais le comte, devinant sa pensée, lui montra seulement le Prince et ne souffrit pas qu’elle le vît hors de sa présence, ni qu’elle entrât dans la chambre où il était, accompagnée de plus de deux dames1. Ce qui rend cette conduite insultante, très-peu croyable, c’est que longtemps encore , même captive en Angleterre, Marie Stuart entretint une correspondance amicale avec le comte de Mar, qu’elle lui rappela plus d’une fois sa

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