Mis» Stricklaud, l. V, p. 262 , Pap. offi. MS
2. lettre do Marie au comte de Mar. llollon (eu Angleterre) 17 décembre 1568. — Dans Labanoff, t. III, p. 254-6.
;{ Miss Stricklaud, t. V, p. 263.
5 LabauolT. t. II, p. 20.
SON MARIAGE AVEC BOTHWELL
comptait rentrer directement et bientôt dans sa capitale, et qu’il est clair que Penlèvement ne tient pas de place parmi ses prévisions. Qu’on ne dise pas que cette annonce de son retour très-prochain à Edimbourg était une ruse pour dérouter d’avance l’opinion. Car c’est un billet secret, envoyé au loin , qu’elle n’invoquera jamais comme preuve de son ignorance des projets de Bothwell.
Ces trois lettres, dont nous venons de parler, complètent, sous les n"* v, vi et vn, les missives accusatrices que Morton déclara avoir saisies, le 20 juin 1567, entre les mains de Dalgleish'.
Première question à élucider : la date. On les donne pour écrites de Stirling en avril 1567. Elles ne portent pas de quantième; mais la date précise est aisée à fixer. En effet, dans la dernière , Marie Stuart fait allusion aux perplexités d’un de ses auxiliaires supposés, le comte de Huntly, sur ce qu’il doit faire « après-demain, » c’est-à-dire lors de l’enlèvement qui eut lieu le 24 avril. Il s’ensuit donc que cette troisième lettre est du mardi 22 avril , jour de l’arrivée de Marie à Stirling, assez tard dans la journée, puisque la reine était partie de Callander dans la matinée ; et, par conséquent, les trois lettres ont dû être écrites coup sur coup, le mardi 22 dans l’après-midi ou, pour mieux dire, dans la nuit du 22 au 23. Car la première est du soir : sans cela, elle ne se terminerait point par le souhait : « Dieu vous donne la bonne nuit. » Leur succession si rapide nous reporte à une singularité chronologique de même espèce , que nous avons déjà rencontrée dans les lettres de Glasgow ,*et, comme précédemment, inexplicable.
La première lettre (v*) commence par la passion amoureuse et le reproche.
Ce Bothwell, public complice des désordres de la reine, et
1. Il y a une lettre n" VIH, mais tellement vague et obscure, qu'elle n'u aucune signification. En Angleterre , le gouvernement l’écarta. — Voy., pour le texte, Teulet, p. 49-58.
qui, pour l’épouser, n’a pas reculé devant le meurtre du mari, depuis que, par le crime le plus audacieux, il s’est frayé la route du mariage, depuis qu’il a obtenu l’inestimable et toutefois précaire avantage de la garantie de la noblesse, est devenu subitement une sorte de réfractaire et d’amoureux transi. Il traîne en longueur, ne songe plus à rien, ne s’occupe plus de rien ; et, de cet homme auparavant si résolu, on ne peut plus tirer une. détermination. Que voulez-vous ? C’est qu’en avril comme en janvier, il aime sa femme, la * race perfide » des lettres de Glasgow. Il faut que la rivale, la Médée qui aspire à déposséder celle-ci, aiguillonne sans relâche le tiède objet de ses feux; et en quels termes! « Mylord, hélas! pourquoy est vostre fiance mise en personne si indigne pour soupçonner ce qui est entièrement vostre? J’enrage. » La fin sera digne de l’exorde : « Vous me promistes bien autre chose par vos premières promesses'; mais l’absence a pouvoir sur vous, qui avez deux cordes en vostre arc. » L'autre corde, c’est là-bas, lady Gordon, aux pieds de qui son époux s’est avisé de se rasseoir. Combien ce Bothwell céladon est différent de celui de l’histoire, celui qui enlèvera Marie Stuart moins de cinq jours après le bond, et qui ne souffrira pas que son procès de divorce avec l’autre « corde » dure plus d’une semaine? Combien aussi cette brutale Marie Stuart diffère-t-elle de la véritable, celle dont nous avons sept volumes de lettres authentiques t
En vérité, l’invraisemblance est trop forte. Les lettres de Glasgow, avec leurs protestations de tendresse, de fidélité de Marie Stuart pour désarmer la jalousie toujours éveillée du comte, de crainte qu’il ne se laisse retenir par sa femme, dépeignent chez tous deux une passion vive jusqu’aux orages.
1. Il faudrait prévision; car l’écossais porte foirscing. — Voy üoodall, 1. 1, p. 91. Le sens n’y gagne pas. Souvenons-nous que ce français n’est pas de la plume de Marie Stuart. C’est toujours cette mauvaise traduction de troisième main, que Murray jugea convenable de substituer au français du texte original, qu'il prétendait avoir en sa possession.
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Depuis ce voyage, les choses déjà si avancées ont suivi un terrible progrès; et pour nous placer un instant au point de vue de l’accusation, le 9 février ils ont assassiné le mari incommode; le cadavre à peine refroidi, ils sont allés s’ébaltre deux mois à Seton, foulant aux pieds les plus simples convenances du deuil; le 12 avril, Marie a fait acquitter Bothwell ; le 19, ils ont extorqué à la noblesse prise au piège l'adhésion à leur mariage ; le 24, elle est enlevée par son complice : tout cela, en moins de trois mois. Certes, Bothwell a brûlé les délais. On devrait donc s’attendre que les lettres de Stirling, écrites à une époque où les événements décisifs se précipitent ainsi, trahiront chez l’un et l'autre le désir fongueux avec lequel ils courent ell'ectivement vers le but. Sinon l'amour, au moins la solidarité, la soif du plaisir ou l’ambition se manifesteront de toute l’énergie qui les a poussés à défier la conscience et la colère d’un peuple entier. Point du tout. Nous nous trouvons en présence du plus nonchalant, du plus inerte des hommes, et du plus négligent à recueillir les fruits de son forfait. Quoi de moins conforme au caractère, à la position et aux actions du personnage? Dans les douze derniers jours, les 12, 19 et 24 avril, il accumule les démarches les plus étonnantes par leur audact pour parvenir à ce mariage royal. Est-il possible que celle qui le voit à l’œuvre lui adresse les reproches de lenteur glacée, dont la correspondance de Stirling est surchargée? Selon nous, il est visible que les faussaires, en fabriquant la série de janvier et d’avril, se sont proposé, pour déshonorer Marie Sluart, un certain type de femme d’autant plus amoureuse, que. celui à qui elle fait plus cle sacrifices montre moins d’empressement. Se réduisant à une seule note, la fiévreuse et stérile impatience, ils n’ont pas senti que le langage de celle qu’ils mettaient en scène aurait dû se modifier avec les faits à J’approche du dénoûment; qu’elle n’avait nulle raison de tant se dépiter, et de si fort taxer d’irrésolution versatile celui qui marchait si vite ; que, bien loin de là, elle ne pouvait avoir pour une telle vigueur que des pa-
rôles d’admiration; et que si, à la veille de tenter le destin par un coup suprême, la main devait trembler à l’un des deux, c’était à la femme , et non pas à celui qui avait tant osé. Toutes les missives de Glasgow et de Stirling, il les ont maladroitement jetées dans le même moule, amplifications composées après coup, calquées sur des procédés identiques, et non pas lettres actuelles, palpitantes, inspirées de la progression des faits, comme il en jaillirait infailliblement d'une complicité serrée par de tels nœuds.
Pour en revenir à l’examen de détail, quand une femme parle des soupçons de l'amant jaloux, qui de son côté a mis sa confiance dans une rivale (alors comment peut-il être jaloux?), et du pouvoir de l'absence sur lui, c’est sans doute qu’ils sont séparés déjà depuis quelque temps. Mais on n’est qu’au mardi; et le lundi, Marie était encore à Seton, Bothwell avec elle. Il avait même dû, comme shériff, l’escorter la moitié du lundi jusqu’aux limites du comté d’Edimbourg. Voilà de quelle manière le style prêté .à Marie Stuart détonne à tout moment avec le véritable état des choses. On dira que dans sa frénésie elle comptait un jour pour un siècle.
« Vous m’aviez promis, poursuit-elle, que vous vous résouldriez en toutes choses et que chacun jour vous m'envoiriez dire ce que j’auroye à faire. Vous n’en avez rien fait. » Chacun jour! On ne s’exprime ainsi qu’en cas d’absence et d’attente prolongées. — Après quoi, Marie avertit Bothwell que le comte d'Huntly, son beau-frère, le trahit : « il (Huntly) vint vers moy, says me faire apparoistre que c’estoit de vostre part, et me dit que vous l’aviez requis qu’il vous escrivît ce que je voudroye dire, et où, et quand je pourroye aller à vous, et ce que vous délibériez faire de lui. Et sur cela il me remonstra que c’estoit une folle entreprise, et que pour mon honneur je ne vous pouvoye prendre a mary, puisque vous estiez marié, ny aller avec vous, et que ses gens mesmes ne le soulfriroient pas; voire que les Seigneurs contredyroient à ce que en seroit proposé. » Respirons; et rétablissons le
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sens d’après l’écossais' : — Il vint à moi, et sans me rien montrer de votre part, il me dit que vous vouliez qu’il vous écrivît ce que je dirais, où et quand vous pourriez venir à ma rencontre, et le rôle que vous lui destiniez (and that that ze suld to tuiching him); et sur cela, il me prêcha que'c’ était une folle entreprise, et que, pour mon honneur, je ne pourrais jamais vous épouser, puisque vous étiez marié, qu’aîors vous seriez obligé de m’enlever (seing that being maryit ze did cary me away), que ses gens mêmes ne le souffriraient pas, que les seigneurs reviendraient sur leur parole et désavoueraient ce qu’ils ont dit ’ (allusion à l’engagement pris par eux dans le
bond du 20 avril ) « Je lui respondy, veu que j’en estoye
venue si avant, que, si vous ne vtjus rétractiez, nulle persuasion, non pas mesme la mort, me feroit manquer à ma promesse. » Bon gré, mal gré, Marie Stuart veut qu’on l’enlève. Bothwell, embarrassé et incapable de lui donner aucune des directions qu’elle réclame à grands cris, p’est pas suppléé avantageusement par son beau-frère, un Géronte de comédie. Le sens naturel du raisonnement de celui-ci, sur la nécessité où serait le comte de recourir à un enlèvement, c’est que le rapt n’est encore qu’une simple éventualité qui s’offre subitement à son esprit, et non pas un plan arrêté On nous apprend pourtant que Marie était convenue de tout avec Bnthwell à son départ pour Stirling. Quoi qu'il en soit, ici, Bothwell a simplement recommandé à son beau-frère de lui écrire ce qu’elle aura dit : de même, Huntly lui écrira le rôle
que lui, Bothwell, lui assigne (petit membre de phrase inex-
1. Voy. le texte dans Teulet, p. 50. M. Teulet a rectifié quelques-uns des contre-sens, mais pas tous. Nous ne reproduirons pas ici le texte écossais pour ne pas surcharger. Nou#nous servons surtout des observations de Goodall, L I, p. 91, 9.Ï, 98.
2- Nous ne nous expliquons pas pourquoi M. Mignêf, citant cet endroit, donne la traduction française tirée des Mémoires de l' Estât de France, avec, les contre-sens qui défigurent tout & Tait la pensée, et n'en avertit pas le lecteur. Si c’était le texte authentique de Marie Stuart, il faudrait bien l’admettre tel quel; mais puisque c'est une traduction , rouvre d’uo scribe quelconque, pourquoi l’accepter avec tant d’abnégation ?
tricable). Voilà, d’ailleurs, qu’Huntly, qui est du complot quoiqu’à regret, détourne Marie Stuart de l’entreprise, étant venu à découvrir qu elle ne peut pas épouser Bothwell, attendu qu’il est marié. Alors il oublie, ou plutôt ceux qui le font mouvoir oublient qu’on lui a rendu ses biens, trois jours auparavant, à ce qu’ils disent, sous la condition expresse de consentir la dissolution du lien conjugal entre sa sœur et Bothwell. Et ce qui n’est pas moins étrange, n’oublie-t-il pas que c’est lui qui, de sa propre main, a dressé à Selon, le b avril, cette incroyable promesse de la reine et de Bothwell de s’épouser, aussitôt le jugement du procès de divorce avec lady Gordon, procès dont on parle comme très-avancé, bien qu'il n’ait été commencé que le 27 avril ? Que d’inconséquence et de contradictions 1
Ce qui suit n'est pas moins épineux : « touchant la place, pardonnez-moi, si je vous dy que vous estes trop négligent de vous remettre à moy. Choisissez-la donc vous-même, et m’en advertissez. Cependant je ne suis à mon aise, car il est jà trop tard', et n’a pas tenu à moy que vous n’y ayez pensé de bonne heure. Et, si vous n’eussiez changé d’opinion depuis mon absence non plus que moy, vous ne demanderiez maintenant d’en estre résolu. Tant y a qu’il n’y a point faute de ma part; et en cas que vostre négligence ne nous mette tous deux au danger d’un desloyal beau-frère, si les choses ne succèdent, jamais ne puisse-je bouger de cette place. » Sans nous engager dans un travail de rectification et d’interprétation, fastidieux ou peut-être impossible, bornons-nous au sens général que Bothwell a changé d’opinion depuis l'absence de la reine, c’est-à-dire depuis la veille ; qu’il veut s’en remettre à elle du soin de fixer le lieu de la rencontre et du rapt, et qu’il demande positivement qu’elle lui trace sa conduite. — C’est donc qu’il lui a envoyé quefqu’aftidé, puis-
I. Comment peut-elle se plaindre qu'il soit déjà trop tard, lorsqu’il n’y a que deux jours que les grands ont recommandé le mariage par le bond d’Ansli ?
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qu’elle a su immédiatement les rapides fluctuations du capricieux personnage? — Mais non, puisque, quelques lignes plus haut, elle enraye que le comte lui ayant promis de lui mander chaque jour ce qu’elle aurait à l'aire, n'en a rien fait. Est-ce là le langage, esf-ce l’altitude de deux criminels endurcis, mettant la dernière main aux arrangements définitifs d’un plan de campagne, dont ils poursuivraient l’imperturbable exécution depuis un an ?
Lorsque Marie écrit à Bothwell, le 22 au soir, elle compte sans doute que la lettre va lui parvenir en temps utile et que la réponse tranchera cette question des voies et moyens. Mais en ce moment-là, il est à Edimbourg; or elle doit repartir de Stirling, le lendemain matin 23 avril. Le temps manquera donc matériellement. « Je vous envoyé ce porteur, d’autant que je n’ose commettre ces lettres à vostre beau-frère, qui n’usera aussi de diligence. Il vous dira de
mon estât Je voudroye être morte, car je voy que tout va
mal... Dépêchez-vous de me faire réponse, afin que je ne faille, ne me voulant fier en vostre beau-frère, car il en a babillé, et y est du tout contraire. Dieu vous donne la bonne nuict. » Voilà encore ce porteur de la première lettre de Glasgow, pour lequel il n’y a rien de secret : « il vous dira de mon estât. » Il fera le chemin de Stirling à Edimbourg, reviendra d’Edimbourg à Stirling avec les instructions de Bothwell, tant désirées de la reine, « afin qu’elle ne faille. » Ces instances de Marie n’ont pas de sens; ou bien elles signifient qu’elle craint de risquer quelque fausse démarche, si elle agit par elle-même; et qu’en attendant la réponse, elle ne quittera pas Stirling. Elle l’aura quitté néanmoins dès la matinée du 23; absolument comme dans le voyage de Glasgow, lorsqu’après avoir dit à Paris, porteur de sa première lettre pour Bothwell, qu’elle ne bougera pas qu’il ne lui ait rapporté la réponse sur ce qu’elle doit faire, elle n’a rien de plus pressé que de s’en aller de Glasgow.
En résumé, l’esprit de la première lettre de Stirling, c’est qu’il faut simuler un enlèvement. Mais quant à l’exécution,
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quelle des deux lettres croire? La contradiction est criante : l'une exclut l’autre.
Marie continue par une théorie justificative de son enlèvement, afin de fournir Bothwell d’arguments auprès des seigneurs. Sans doute il va s’avancer « aucunement par dessus le devoir d’un subjet. » Cependant ce n’est pas pour la « forcer et tenir captive; » c'est pour se « rendre asseuré » près d’elle, de peur que les remontrances des autres ne viennent à la détourner de ce mariage auquel il espère parvenir * un jour » par ses services. « Bref, c’est pour vous asseurer des seigneurs, et vous mettre en liberté de vous marier, comme y estant contraint pour votre seureté, à ce que puis après, me servant loyaument, vous me puissiez présenter une humble requeste, conjointe toutefois avec importunité. » Ni la pensée, ni la traduction tant prisée par Murray, ne brillent en clarté. Du reste , qu’est-il besoin de s’assurer des seigneurs? Cela n’a-t-il pas été fait deux ou trois jours auparavant, au souper d’Anslie? A quoi donc a servi ce bond, si ce n’est à s’assurer de la noblesse? Et, du moment que les seigneurs ont pris les engagements solennels que nous connaissons, pourquoi recourir à l’expédient bizarre d’un rapt sur la personne de la reine? Cette violence n’est concevable que dans un seul cas, celui où la reine refuse d’épouser le candidat de l’aristocratie. 'Alors le comte en vient à conjoindre son humble requête avec importunité, pour employer le style de notre auteur.
Le dernier paragraphe de la lettre est ainsi conçu : * Excusez-vous donc, et les persuadez (les seigneurs) le plus que pourrez, que vous estes forcé par nécessité de faire ainsi votre poursuite à l’encontre de vos ennemis’. Vous aurez de quoy dire assez, si l’argument et le subjet vous plaist; et donnez beaucoup de belles paroles à Ledington. Que si cela
1. Cela signifie sans doute que Bothwell, ayant besoin de rassembler une troupe en armes, donnera pour prétexte une expédition contre les habitants turbulents du Border.
ne vous semble bon, advertissez-m’en, et n’en mettez pas du tout la faute sur moy. » — Persuadez les nobles. — Nous sommes désolés de tant redire la même chose : Mais que restait-il à faire pour les persuader, après le dernier bond ? Il y a d’ailleurs un obstacle matériel à ces conférences que Marie Stuart recommande. Bothwell, à Édimbourg, ne pourra recevoir cette lettre que le soir du 23 avril. Or les principaux de ces mêmes seigneurs ont déclaré aux conférences d’York, en 1568', qu’après avoir été forcés (à ce qu’ils disaient faussement) de signer le bond dans la nuit du 19 au 20 avril, ils quittèrent en masse la ville dès quatre heures du matin, sans prendre congé. — Congé de qui ï Marie Stuart était à Seton. Marie, ayant quitté Selon et traversé Edimbourg, le lundi 21, ne pouvait pas ignorer leur disparition. Avec qui donc Bothwell aurait-il à soutenir sa thèse? Avec Lethington? Mais les faits antérieurs, et mieux encore la lettre de Randolph citée plus haut, nous ont démontré qu’il avait la direction du complot contre la reine, après avoir eu celle du complot contre le roi. Il sera témoin de l’enlèvement qu’il aura préparé avec Bothwell, atin de rendre le mariage inévitable. La phrase qui le nomme a pour but découvrir officiellement sa responsabilité; elle est toutefois transparente et laisse apercevoir la griffe du faussaire. Concluons sur cette seconde lettre : elle est en plein désaccord à la fois avec la première et avec la situation, telle que le fameux souper l’a faite, et cela sans qu’il soit rien survenu de nouveau entre les deux lettres.
La troisième de Stirling (septième de la série. — Teulet, p. 56) toujours écrite la môme nuit, quand l’encre des deux autres n’est pas sèche, nous rejette dans les tourments du comte d’IIuntly. La première phrase est fort importante, non pas pour cela, mais pour la chronologie : « Mylord, depuis ma lettre esrrite, vostre beau-frère, qui fust, est venu à moy fort triste, et m’a demandé mon conseil de ce qu’il ferait