‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 157 sur 257 · Miss Strickland, t. V, p · texte numérisé non relu

Miss Strickland, t. V, p

SON MARIAGE AVEC BOTHWELL. 355

d’enlever Marie et de la conduire à Dunbar, comme il avait connu avant l’exécution , le projet de Murray d’enlever sa sœur en 1 565, et le complot qui embrassa dans ses replis la vie de Riccio, le trône et la vie de Marie en 1566. De qui venaient ces dernières confidences? Pas de llothwell qui n’était pas l’ami de Gécil, mais de ses complices, de Maitland de Lethington, l’éternel promoteur et le lien de toutes les conspirations avec l’Angleterre. Où retrouver sa main ? dans l’insinuation que Marie voudrait reprendre son fils; c’est aussi le venin de Rirkaldy de Grange, son acolyte. Autre observation : il est donc positif que Bothwell s’était mis en mesure de soutenir un siège à Dunbar. De tels préparatifs ne s’improvisent pas en une heure. Si la reine avait concerté avec lui son enlèvement, il est impossible qu’elle ne sût pas en quittant Seton, en quel endroit il devait la rencontrer, ni surtout dans quel refuge, puisqu’on y travaillait, ils iraient abriter leurs amours et préparer leur mariage. Alors ses trois lettres de Stirling, dont le fond est l’incertitude de l'un et de l’autre sur la manière de s’y prendre , sont d’autant plus inadmissibles. Innocente, elle ne peut pas les avoir écrites; complice de Bothwell, elle devait, d’après ce qui avait été commencé à Dunbar, être fixée sur ce qui restait à faire *.

Marie Stuart repartit de Stirling le mercredi matin, 23 avril 1567. A peine en route, elle fut prise d’une indisposition subite et violente, et obligée de s’arrêter dans une chaumière : effet de la rage concentrée qui avait bouleversé son âme, dit Buchanan, lorsqu’elle avait reconnu, à la vigilance rigoureuse du comte de Mar, qu’elle devait renoncer à s’emparer de son fils. Un peu remise, elle gagna Linlithgow où elle passa la nuit. C’est là qu’elle aurait donné à Ormiston l’audience en question, et prévenu Bothwell par l’intermédiaire de Paris d’avoir à la rencontrer au pont. Le jeudi 24avril 1567,

1. Voy. cet extrait de la lettre de Drury et ces observations de ai grande importance, dans misa Strickland, t. v, p. 205-6.

elle quitta Linlithgow, sa dernière étape avant Edimbourg. On lui fait recommander à Bothwell, dans sa troisième lettre de Stirling de se munir d’une force considérable, attendu que le 21 (jour de son voyage de Seton à Callander), elle n’avait pas moins de trois cents cavaliers autour d’elle, tant d’Huntly que de lord Livingston, et qu’on pouvait craindre un combat. Inquiétude superflue: où étaient-ils le 24? Marie, tout à l’heure si inquiète de son trop nombreux cortège et des dispositions de Sutherland, etc., n’était pas plus accompagnée au retour qu’à l’aller. Ce jour fatal, elle avait près d’elle douze personnes, parmi lesquelles Huntly, James Melvil et Maitland de Lethington qui la menait au piège. De son côté, Bothwell sortit d’Edimbourg par la porte de l’Ouest, avec un millier d’hommes à cheval, comme pour aller audevant de sa souveraine jusqu’aux limites du comté. D'après une lettre de Drury à Cécil, le comte avait eu ce jour-là, de très-grand matin , une conférence avec Huntly, et lui avait révélé son projet d’emmener la reine à Dunbar; mais il n’était pas parvenu à faire entrer son beau-frère dans ses vues '. Que dire de ce nouveau coup aux lettres de Stirling, à cette comédie où le comte d'Huntly remplit si bien le personnage de complice poltron? Miss Strickland soupçonne sans invraisemblance qu’instruit au dernier moment, il avertit indirectement Marie Stuart de quelque embuscade sur son chemin; car elle marcha si vite, que déjà elle touchait Edimbourg. Encore trois quarts de mille et dix minutes, elle était à Holyrood. Mais au pont de Foulbriggs, hapieau suburbain, elle rencontra Bothwell à la tète de ses mille

J. Correspondance du Border, citée par miss Strickland, t. V , p. 271. Voici comment le journal de Murray défigure cette entrevue : « 24 avril. Elle envoya le comte d’Huntly à Bothwell le matin. Il (Bothwell) la rencontra sur le chemin, fit semblant de l’enlever, retint Huntly et le secrétaire prisonniers, et les conduisit tous à Dunbar, où il resta jusqu’au 3 mai. » — 11 y a ici quelque difficulté; c’est comment Hyntly, qui accompagne la reine, a eu celte entrevue avec son beau-frère. Mais il se peut que Bothwell lui ait envoyé un émissaire , et qu'ils se soient rencontrés à michemin d’Edimbourg, pendant la nuit du 23 au 24.

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hommes armés en guerre. La petite escorte de Marie fut surmontée et désarmée en un instant; et, le comte saisissant la bride que tenait la reine, tourna la tôle du cheval et le lança sur la route de Dunbar. D’après le mémoire que Marie adressa l’année suivante aux princes chrétiens (Carlisle, juin 1568), et qu’on a retrouvé en italien dans les archives des Médicis, la chose se serait passée encore plus simplement, sans voie de fait. Bothwell aurait dit à la reine qu’un grand danger la menaçait et qu’il allait la conduire en sûreté dans l’un de ses châteaux '. Il lui Dt franchir sans désemparer la distance de vingt milles entre Edimbourg et Dunbar, où ils arrivèrent la nuit. Ce rapt n’avait pas pu se consommer à l’insu des bourgeois de la capitale. Ils sonnèrent le tocsin, coururent aux armes et se disposèrent à secourir leur reine. Mais le prévôt d’Edimbourg, Simon Preston de-Craigmillar, l’un des assassins de Riccio, et maintenant encore du complot des grands, lit fermer les portes, pendant que le château pointait ses canons sur la cité. En même temps on affirmait à la population que tout se faisait du consentement de Son Altesse, et qu’il existait entre elle et le comte de Bothwell plus d’intimité qu’il n’aurait été convenable pour son honneur ’. Les armes tombèrent des mains de ses défenseurs.

La version accréditée par Buchanan et son école place le théâtre du rapt de Marie Stuart, à Almond-Bridge, localité située sur la petite rivière de l’Avon, à un mille à l’ouest de LinlithgowL II s’en faut qu’entre Almond-Bridge et Foulbriggs, la différence soit insignifiante. Si près de Linlithgow et si loin d’Edimbourg, la collusion est plus soutenable. Car il serait difficile de penser que Bothwell se fût aventuré de lui-même et sans instructions de la reine, jusqu’à l’endroit

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