Voy. Chalmers, t. II!, p. 51, note q
SON MARIAGE AVEC BOTHWELL
la charge. ■ Cette reine, écrivait-il au môme personnage le 26 avril, n’en finira pas qu’elle n’ait ruiné tous les honnêtes gens de ce royaume. Son intention, en se faisant enlever par Bothwell, a été de presser le mariage qu’elle lui avait promis avant de le décider à assassiner son mari. Bien des gens vengeraient ce meurtre, mais ils craignent votre maîtresse. Pour moi, je suis tellement disposé à me charger de cette vengeance, qu’il me faut, ou la prendre en main, ou quitter le pays. .. Elle veut ensuite retirer le prince de la garde du comte de Mar et le livrer à celui qui a tué le père, comme je vous l’écrivais dans ma dernière. Je prie Votre Seigneurie de me faire savoir ce que votre maîtresse compte faire. » La France, ajoutait-il pour le stimuler, s’ils s’adressaient à elle, ne manquerait pas de les accueillir; mais ils préféraient l’appui de l’Angleterre1. Le complot contre Marie Stuart s’exécutait donc simultanément sur deux lignes parallèles, à Dunbar et hors de Dunbar.
Les scènes dont ce château fut alors témoin ne sont guère connues que par les ennemis de la prisonnière. Nos oreilles sont pleines du bruit qu’ils en ont fait. N'est-il pas juste de la laisser parler aussi, et d’écouter le récit qu’elle a tracé elle-même de ces funestes moments.
Tout à l’heure, nous traduisions la première partie de ses instructions à l’évêque de Dumblane, lorsqu’au mois de mai suivant, elle l’envoya en France. Elle racontait îomment Bothwell l'avait conduite de force à Dunbar. Là, continuaitelle, elle l’accabla de reproches sur son ingratitude, lui faisant « toutes les remontrances qu’elle croyait de nature à la délivrer de ses mains. Quant à lui, si sa manière d'agir était violente, ses paroles n’étaient que douceur; il voulait, disait-il, nous honorer et nous servir, sans jamais nous offenser. Il nous demandait pardon de la hardiesse qu’il avait eue de nous conduire à un de ses châteaux; c’était malgré lui qu’il en était venu là, contraint à la fois par l’amour, dont
t. Tyller, t. V, p. 405, édit. 1845.
l’impétuosité l’avait fait passer par dessus le respect qu’il nous devait comme notre sujet, et par la nécessité de garantir sa propre vie. Alors il se mit à nous raconter toute sa vie j quel avait été son malheur de trouver des ennemis chez des hommes qu’il n’avait jamais offensés; comment leur malice n’avait jamais cessé de s’attaquer à lui dans toutes les occasions, quoique injustement; quelles calomnies avaient été répandues sur lui au sujet de l’odieux attentat perpétré sur la personne du feu roi notre époux; qu’il lui était impossible de se sauver des complots de ses ennemis, parce qu’il ne pouvait pas les connaître, chacun faisant profession extérieurement d’étre son ami; qu’il était donc dans cette malheureuse position de ne se trouver en sûreté qu’autant qu’il serait certain de conserver notre faveur sans altération; qu’il ne croyait pas pouvoir y compter, à moins qu’il ne nous plût de lui faire l’honneur de le prendre pour époux, protestant toujours qu’il ne prétendrait pas à d’autre souveraineté que de nous servir et de nous obéir, comme par le passé, tous les jours de notre vie; avec tout cela, le langage le plus honnête que l’on puisse employer en pareil cas.
« Quand il vit que nous rejetions et ses demandes et ses offres, il finit par nous montrer ce qu'il avait obtenu de notre noblesse et des principaux de nos Ktats, et les promesses tju’ils lui avaient faites sous leur propre signature. Si nous eûmes sujet d’étre étonnée, c’est ce que nous laissons au jugement du roi (de France), de la reine (Catherine de Médicis), de notre oncle et de tous nos amis. Nous voyant en sa puissance, séquestrée de la présence de nos serviteurs et des autres à qui nous aurions pu demander conseil; que dis-je, voyant que ceux sur les conseils et la fidélité desquels nous nous étions toujours reposée, dont lu force était le soutien de notre autorité, sans lesquels, il est vrai de dire que nous ne sommes rien (car qu’est-ce qu’un prince sans son peuple?), voyant que ceux-là avaient cédé d’avance à son ambition, et qu’ainsi nous lui étions abandonnée
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seule pour être sa proie; nous avions beau réfléchir en nous-même, il ne nous était pas possible de trouver une issue. Et il ne nous laissait guère le temps de méditer, nous harcelant sans relâche de son incessante et fâcheuse recherche.
« À la fin, quand nous vîmes qu’il n’y avait pas d’espoir de sortir de ses mains, que pas un homme en Écosse ne remuait pour nous délivrer ; car il était clair, d’après le papier qu’ils avaient souscrit et leur silence, qu’il les avait tous gagnés, alors il nous fallut bien modérer notre déplaisir, et commencer de songer à ce qu’il nous proposait. Nous voulûmes bien nous rappeler les services qu’il nous avait rendus auparavant et qu’il offrait de continuer; l’éloignement de nos peuples pour un étranger qui ne connaîtrait pas nos lois et nos coutumes; leur disposition à ne pas souffrir longtemps que nous restassions sans époux; les factions qui tiennent ce royaume divisé; l’impossibilité de maintenir l’ordre, si notre autorité n’est pas soutenue et rehaussée par l'appui d’un homme qui se charge de faire respecter la justice et de réprimer l’insolence des rebelles, labeur auquel nous ne pouvons pas suffire davantage de notre propre personne, fatiguée et presque brisée que nous sommes par les désordres et les rébellions toujours renaissantes contre nous depuis notre retour en Ecosse ; tellement, que nous étions forcée de créer quatre ou cinq lieutenants à la fois dans les diverses parties de notre royaume; et la plupart d’entre eux, travaillant contre notre autorité, ont, sous couleur du pouvoir qu’ils tenaient de nous, employé leur charge à soulever nos sujets contre nous-même; considérant que nous serions forcée à la fin, pour la conservation de notre Etat, de songer au mariage; que l’humeur de notre peuple ne s’accommoderait pas d’un époux étranger ; que parmi nos sujets, il n’y avait personne qui, pour la réputation de sa maison, le mérite personnel, sagesse, vaillance et autres bonnes qualités, pût être préféré ou même comparé h celui que nous avons pris, nous consentîmes à ratifier le vœu de nos propres
États qui, comme je viens de le dire, avaient déjà déclaré ce qu'ils désiraient *. »
• Après qu’il nous eut amenée parce moyen et beaucoup d'autres à incliner vers ses projets, il nous extorqua en partie, et en partie obtint de nous la promesse de le prendre pour époux ; et cependanUpèu satisfait encore, craignant toujours quelque changement, il ne voulut pas se rendre aux très-justes raisons que nous lui alléguions pour retarder l’accomplissement du mariage, comme il eût été très-raisonnable, afin que nous pussions le communiquer au roi, à la reine, à notre oncle et à nos autres amis. Mais de même que par un coup d’audace en commençant, il avait gagné le premier point, de même il n’eut pas de repos que par persuasion et importunité, accompagnées de violence , il nous eût obligée d’achever l’œuvre, dans le temps et de la manière qu’il jugeait le plus utile à ses desseins. Sur tout cela, nous ne pouvons dissimuler qu’il ne nous a pas traitée comme nous l’aurions souhaité et comme nous l’eussions mérité de sa part. Il était plus préoccupé de satisfaire ceux au consentement préalable desquels il attribue le succès de ses plans, quoiqu’il ait trompé à la fois eux et nous, que de regarder à notre propre satisfaction et de peser ce qui nous convenait quant à la religion dans laquelle nous avons été nourrie, et que nous n'entendons pas quitter jamais ni pour lui, ni pour qui que ce soit au monde
Marie Stuart, après cet exposé, dont l’amertume contenue ne sent guère la femme amoureuse, ni la feinte, conclut cependant avec raison que la chose étant faite et ne pouvant pas se défaire, il faut en tirer le meilleur parti possible. Elle prie ses parents de France de ne pas séparer son mari de l’affection qu’ils lui portent. Elle les assure qu’il sera tou-
1. Lorsque Marie Sluart fait l’éloge de Bothwell , il faut se souvenir qu’elle est sa femme et en son pouvoir.
2. Keith, p. 390-1. LabanofT, t. VII, p. 38-41. Keith remarque qu’ici, sans doute, Marie Stuart s’etcuse d’avoir épousé un protestant, et par-devant l’Eglise protestante.
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jours prêt à leur faire l’honneur et le service qu’ils requerront.
Quand elle parle ainsi de violence morale et matérielle exercée sur sa personne, on pourrait douter encore et soupçonner un art consommé de mentir, si le parlement de décembre 1567 n’était là pour déposer en faveur de sa sincérité. « Le comte, y est-il dit, employant la force et la violence, la contraignit par la crainte qui peut avoir accès chez la femme même la plus courageuse, à consentir de l’épouser le plus tôt qu’il serait possible1; toutes choses qui furent complotées par ledit comte et les personnes nommées ci-dessus’, de longue date, et même avant la conspiration susdite et l’abominable parricide (la mort de Darnley), quoique le même James, comte de Bothwell, fût engagé dans les liens du mariage avec l’honorable dame Jane Gordon, et que bien loin d’avoir divorcé avec elle, il n’eût pas même commencé un procès en divorce » Et auparavant, les lords (Lethington et autres), répondant par écrit à l’ambassadeur anglais Throckmorton, le 11 juillet 1567, avaient dit : « Tout le monde sait*... avec quelle honteuse violence la reine, notre souveraine, fut emmenée prisonnière, comment par crainte, par force et (ainsi qu’il est permis de le soupçonner d’après de nombreuses conjectures) par quels autres moyens extraordinaires et encore plus illégaux, elle fut contrainte de partager le lit d’un homme marié, cet homme qui, moins de trois mois auparavant, avait assassiné cruellement son mari dans son lit,
1. « Eamque ri et violentia compellendo raetu qui etiam in conslantissimam mulierem cadere permittere matrimonium quam celerrime poterit cum eo contrahere. »