‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 163 sur 257 · Voy. Goodall, t. I, préfac., p. xvm-xxv · texte numérisé non relu

Voy. Goodall, t. I, préfac., p. xvm-xxv

2. Voy. Goodall, t'd., ib., en particulier l'histoire d'un Anglais nommé Roxby. C’était un agent de Oécil qui s’était présenté à la cour d’Rolyrood comme pour soutenir les droits de la reine d'Ecosse à la succession d’Angleterre. Elisabeth pensait par là connaître les noms des seigneurs anglais sur qui Mario croyait pouvoir compler, et avec lesquels elle était en correspondance. Melvil raconte faussement que ce furent l’évéque de Hoss et Bothwell, qui, pour nuire à lui et à Robert son frère, présentèrent ce Roxby à Marie. Or, on a les lettres de Roxby à Cécil, prouvant qu’il a été introduit par James Melvil.

3. Le jugement et l’acquittement de Bothwell sont racontés par Diuij à

SON MARIAGE AVEC BOTHWELL

d’écrire et de faire parvenir sa missive; l’autre, celui de la communiquer. D’autre part il est inexact que Bothwell exerçât dès lors, dans le palais, l’espèce de terrorisme que ce récit lui prête. Il n’était pas encore à ce point le maître de Marie, comme après l’enlèvement. Cette histoire si vive et si tranchée sous la plume de sir James, est donc aussi obscure que contestable. Eût-elle quelque fondement, et on ne peut pas déterminer ce que l’imagination du narrateur y aurait introduit, ce ne pourrait être qu’après que Bothwell eut ramené la reine en \ ainqueur de Dunbar à Edimbourg, immédiatement avant la célébration de leur mariage. ,

Un autre lapsus de Melvil, c’est de placer en dernier la réunion des nobles à Edimbourg pour leur faire approuver par écrit le mariage imminent. Miss Strickland hésite si cela ne se rapporterait pas à un bond distinct de celui d’Anslie, et postérieur, quoiqu’il n’ait été mentionné nulle part. Nous croyons plus naturel d’y voir simplement la scène du souper, transposée et déligurée comme tant d’autres, par l’auteur si peu sûr des mémoires.

L’annulation définitive du mariage entre Bothwell et lady Gordon, ayant été prononcée le 7 mai, le comte requit l'Église réformée de publier les bans de son nouveau mariage à la cathédrale de Saint-Gilles. Sur le refus du lecteur, John Cairnis, il envoya Thomas Hepburn, porter injonction au ministre John Craig, de faire lui-même les publications'. Celui-ci ayant demandé s’il avait un ordre écrit de la reine, et le messager répondant que non, il déclara qu’il ne ferait rien sans cela, d’autant plus que le bruit public accusait le comte d’avoir enlevé la reine et de la tenir prisonnière. 11 résulte de cette circonstance que jusqu’au 7 mai inclusivement,

Cécil dans une lettre du |S avril; et il fallut à cette lettre le temps d’arriver à Londres. — Voy. Chalmers, t. III, p. 69; Tytler, t V, p. 517. édit. 1845.

I. Voy. la curieuse et intéressante Déclaration de Craig devant la congrégation, le 30 décembre 1567, dans Anderson , t. H, p. 278-282; Keiih. p. 587. — Miss Strickland, t. V, p. 586 et suir.

la reine n'était pasencore entièrement vaincue. Maisle 9, arriva le clerc de Justice, sir John Bellenden, porteur d’un écrit signé de Marie, où il était dit qu’à la vérité elle avait été enlevée, mais qu’elle n’était pas prisonnière, et qu’il était ordonné au ministre de publier les bans. L’Église réformée d’Edimbourg, après une longue discussion, rendit une décision conforme. Le courageux ministre protesta néanmoins qu’il n’approuvait, ni ne célébrerait ce mariage et qu’il se bornerait à faire connaître aux fidèles la volonté de la reine. 11 demanda même à être admis devant le Conseil privé, et là en présence de Bothwell et contre lui', il déduisit ses motifs d’opposition: la loi sur l’adultère, la règle de l’Église, la loi sur le rapt, le soupçon de collusion entre lui et sa femme, la précipitation du divorce, les publications dans les quatre jours (après le divorce); enfin le soupçon sur le meurtre du roi, que ce mariage confirmerait.

Le dimanche suivant <11 mai), John Craig obéit à l’ordre de faire les publications ; mais en pleine église, la congrégation assemblée, il déclara ce qu’il avait fait. « Je prends le ciel et la terre à témoins, ajouta-t-il, que j’abhorre et déteste ce mariage, parce qu’il est odieux et scandaleux aux yeux du monde. Puisque la meilleure partie du royaume l'approuve, soit par les flatteries, soit par le silence, j’exhorte les fidèles à prier ardemment pour que Dieu tourne au bien du royaume ce projet, contraire également à la raison et à la conscience. * Suspendons un moment la narration, car nous sommes à l’un de ces endroits où l’on voit le mieux par un exemple clair et saisissable, avec quel parti pris d’impitoyable injus-

1. «Craig, dit M. Mignet , voulut Être confronté aux parties devant le Conseil privé. Là, avec une courageuse véhémence, il reprocha à Bothwell les crimes qui lui étaient imputés, l’accusa de meurtre, de rapt, d’adultère. » (T. I, p. 306). Ces mots confronté aux parties sembleraient indiquer la présence de Marie Stuart, dont Craig ne dit rien dans son récit. De plus, les motifs de Craig sont surtout canoniques (il était interdit à l'époux contre lequel le divorce avait été obtenu pour adultère, de se remarier). La présomption de meurtre ne tient qu'une place secondaire dans l'opposition de Craig.

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tice, quel mépris de l’intégrité des textes et de leur sens, on a procédé, contre Marie Stuart. Tytler, au lieu de remonter franchement aux sources et au récit même de John Craig, en a donné une fausse analyse que M. Mignet a suivie. Voici comment les deux historiens font parler le ministre : « Je prends le ciel et la terre à témoin que j’abhorre, que je déteste ce mariage comme odieux et horrible aux yeux du monde, et j’exhorte les fidèles à adresser leurs prières fer-, ventes à Dieu, afin qu’une union contraire à toute raison et à toute conscience soit empêchée, à la satisfaction de ce malheul reitx royaume'. » Donc, John Craig exprimerait : 1° le vœu que le mariage fût empêché; 2“ l'idée que le malheureux royaume (malheureux, ajouté pour le plaisir de l’oreille) serait satisfait qu’on empêchât une telle union : deux choses dont chacun peut s’assurer ci-contre, qu’il n’y a pas un mot dans les paroles que prononça le ministre. A la fois l’on y intercale des idées qu’il ne renfermait pas, et l’on pratique des éliminations sur celles qu’il renfermait. On l’a expurgé de la phrase si nette et si positive, que la meilleure partie du royaume approuve le mariage : l’on en tire ainsi juste l’opposé de ce qu’il contient. Conçoit-on que la prévention ait pu égarer jusque-là l’honnêteté de Tytler? Oui, certes, Marie Stuart

1. Pour que le lecteur soit à même de juger en toute connaissance de cause, voici le texte authentique de John Craig (Anderson, t. Il, p. 280-1) et le texte infidèle de Tytler (t. V, p. 412, édition 1845). Tytler renvoie comme nous, à la collection d’Anderson, même endroit.

Texte authentique de Craig.

I tuik Heaven and eirth to witnes, thatl abhorredand deteastit that mariage , because it wes odious and sclandrous to the warld ; and seing the best part nf the liealme did approre it , ather be /laiterie , or be thair silence , 1 desyrit the faithfuli to pray earnestlie, thaï Cod i raid turn it to the comforl of this Reaime. that thing quhilk tbey intendit agains reasone and guid conscience.

Texte de Tytler.

1 take Heaven and earth to witness , that I abhor and detest this marriage , as odious and slanderous to the world; and I would exhort the faithful to pray earnestly , that a union against ail reason and good conscience may y et be orerruled by God, to the com fort of this unhappy Realm.

est une des grandes victimes de l'histoire. Gomme d’autres sont mis hors la loi dans les luttes de partis, voilà dix générations qu’on Ta mise hors la vérité.

On respire à rencontrer dans cette honteuse histoire un homme de probité. N’est-il pas curieux d’apprendre de lui précisément que la majorité de l’Écosse penchait pour le mariage de Marie Stuart avec Bothwell ! Et le digne ministre ne le dira pas une fois; il le redira la veille du mariage : « Le mercredi (14 mai) je répétai d’abord et je continuai toutes mes paroles antérieures; ensuite j’exhortai les frères à ne pas s’en prendre à moi si ce mariage s’accomplissait, mais à eux-mêmes , puisque la crainte les empêchait de s’y opposer, et qu'ils aiguisaient plutôt leurs langues contre moi , alors que je les avertissais de leur devoir et que je venais réveiller de leur assoupissement les consciences gangrenées des hypocrites. Je protestai enfin devant eux que ce n’étaient pas les publications laites par moi, c’était leur silence qui légitimait en quelque sor te ce mariage1. » Est-ce après un tableau si frappant de l’état de l’opinion publique, les uns approuvant tout haut (par flatterie, peu importe), les autres se taisant, que l’on est autorisé à dire : « L’aveugle Marie ne fut point éclairée par l'effrayante lumière dé la réprobation universelle!’ » Cela sans doute vient bien à la suite du texte altéré dans Tytler, lorsqu’on fait demander par le ministre que cette union soit empichèe , à la satisfaction de ce malheureux royaume. Mais dans la vérité des événements et des témoignages, où est-elle celle effrayante lumière de la réprobation universelle? Nulle part Le témoin lui-même, le seul qui ose parler librement, nous atteste qu’elle se cache. Nous ne voulons pourtant pas forcer les faits à notre tour, et soutenir qu’au fond l’Écosse voyait avec plaisir Marie donner sa main à Bothwell. Nous pensons plutôt que le sentiment public y répugnait. Toutefois l’absence de tout signe d’opposition de

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