‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 170 sur 257 · Mignet, t. t · texte numérisé non relu

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CHUTE DE MARIE STUART

posée. Il n’est pas impossible de soutenir qu’elle aurait dû résister, et lutter jusqu’à la mort plutôt que de céder. Peutêtre une constance à toute épreuve eût-elle triomphé de ce mélange infâme de ruse et de violence. Mais l’infortunée reine, après tant de meurtres et de trahisons, et dans l’abandon où on la laissa, subit sa défaite. En se rendant, elle consulta peut-être moins sa gloire que sa faiblesse : soit. Être à bout de forces, après les épreuves les plus atroces, est un malheur ; ce ne saurait être un crime.

Ayant accepté sa destinée, elle s'efforça d’en tirer le meilleur parti possible (we maun must make the best of it). Il n’est pas besoin d’attribuer à aucune tendresse pour Bothwell, l’envoi de Chisholm évêque de Dumblane à la cour de France, et de sir Robert Melvil, frère de sir James, à celle d’Angleterre, avec mission l’un et l’autre d’obtenir que l’on reconnût Bothwell comme son mari. Bothwell écrivit à Charles IX et l’assura de l’affection et bonne envie qu’il avait et aurait toute sa vie de lui faire « humbles services '. » Sa lettre à Elisabeth ne manqua pas non plus d’adresse et de dignité.

D’autre part, il essaya d’adoucir autour de lui les cœurs presbytériens par une manifestation plus chaude de sa foi religieuse. L’évêque des Orcades qui l’avait marié, annonça en son nom à la congrégation, qu’il confessait avoir mal vécu, qu’il voulait maintenant se corriger et se conformer aux lois de l’Église*. Afin de joindre l’effet aux paroles, une proclamation royale rendue en Conseil privé (23 mai), rétablit dans toute sa rigueur la proclamation par laquelle Marie Stuart, lors de son arrivée en Écosse, avait dû interdire de rien changer à la forme religieuse en vigueur dans le royaume. On alla plus loin, et, signe frappant, à ce qu’il nous semble, de la prostration où la reine était tombée, le môme acte supprima les lettres que Marie avait accordées postérieurement

1. Lettre du 27 mai. — Teulet, Relations politiques de ta France avec l'Espagne et avec l' Écosse au xvi* siècle , t. II , p. 298.

2. Miss Slrickland , t. V, p. 294. d’après une ;Ieltre de Drury à Cécil, 20 mai 1567.

CHUTE UE MARIE STUART

aux catholiques, portant permission de suivre leur religion1. Une chose singulière aussi, et bien propre à révéler l’état violent des esprits sur cette question, c’est que la signature du catholique John Leslie, évéque de Ross, figure au bas d’une pièce si hostile au catholicisme.

Le Conseil privé reçut une nouvelle organisation, c’est-àdire qu’on le distribua en sections qui devaient siéger à tour de rôle. Cela n’était pas nouveau dans l’histoire d'Ecosse*. Bothwell, ajoute-t-on, aurait composé le Conseil de ses amis et de ses partisans; il y aurait introduit l’archevêque de Saint-André, les lords Oliphant, Boyd, Herries et Fleming, les évêques de Galloway et de Ross, pour prendre place à côté des comtes d’Huntly et de Crawford*. 11 serait plus exact de les appeler les amis de Marie Stuart. Mais l’éminent historien que nous combattons à regret, se trompe sur la plupart de ces noms. Sauf les lords Oliphant et Boyd, tous les autres personnages étaient dès longtemps membres du Conseil privé. Pour s’en convaincre , il suffit d’ouvrir Keith et de jeter les yeux sur les nombreux procèsverbaux des séances antérieures à celte époque, qu’il a publiés1.

Enfin Bothwell, affectant de prendre au sérieux sa fonction suprême de gardien du bon ordre dans le royaume, la reine convoqua, le 28 mai, ses vassaux des comtés du midi pour le 15 juin, à Melrose. De là, Bothwell devait les conduire contre les brigands qui désolaient toujours le Liddisd.ile. Comme tous ceux qui vont au-devant de leur mauvaise destinée, le nouveau duc des Orcades fournissait bénévolement aux nobles un prétexte plausible de se réunir publiquement en armes.

En effet, le complot de l’aristocratie contre Marie Stuart,

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