‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 174 sur 257 · Mignet, t. I, p · texte numérisé non relu

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CHUTE DE MARIE STUART

fort à propos pour justifier la trahison de Melvil et la levée de boucliers de la noblesse; tandis qu’au vrai, dans le court espace de temps que Bothwell passa sur le trône d’Écosse, rien d’historique n’établit qu'il ait voulu effectivement s’emparer du jeune prince. 11 y avait une femme qui couvait des yeux le tendre rejeton, et qui pour avoir en s^ puissan e l’héritier des deux couronnes, épuisa pendant de longues années, les artifices de sa politique féline, c’est Élbabelh. Elle enjoignit immédiatement i Bedford d’entrer en négociations sur cette base avec les lords par l’intermédiaire de Kirkaldy de Grange; elle promettait de confier le prince à sa grand’ mère, la comtesse de Lennox'. Mais ils n’eurent garde de donner dans le piège. Le prince une fois à l’étranger, où auraient-ils pris leur mandat pour exercer la régence et pour piller la royauté? N’auraient-ils pas eu bientôt dans la reine d’Angleterre une maîtresse tyrannique? D’ailleurs que seraient-ils devenus en Écosse devant le sentiment national exaspéré ? Trop habiles cependant pour opposer un refus catégorique, dont le premier effet eût été de les priver du concours d’Élisabeth, ils amusèrent cette princesse et entretinrent ses bonnes dispositions avec une science sans pareille.

En attendant qu’elle se décidât à les seconder, ils se flattèrent de brusquer le dénoûment par un coup de surprise. Ils résolurent de devancer d’une semaine l'époque du 15 juin, pour laquelle la couronne avait convoqué ses vassaux, et d’enlever Bothwell et la reine dans la capitale. Ils devaient se trouver tous le 8 juin, près de Liberton, petite place à deux milles au sud d’Edimbourg. Mais Bothwell fut averti. Il quitta Holyrood dans la nuit du 6 juin , et emmena Marie Stuart huit milles plus loin au sud-est, au château fort de Borthwick. Ici ne méprisons pas un petit détail , quoique dans un autre sujet il ne méritât pas d’occuper la plume. Marie avant de partir, fit demander au maître de sa garde robe différents ustensiles d’argent, plus, deux ipjlle épin-

1. Miss Strirklnnd. I. V. p. ;iO(l . Isttre (te Pniiy à f v\ il , 5 juin 156".

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gles'. Qu’elle ait eu l’esprit assez présent pour demander ces menus objets et le temps de les recevoir, cela donne lieu de "penser que le départ ne fut pas très-précipiié; qu’à plus forte raison, Bothwell aurait eu grandement le temps de prendre avec lui le cofTret de vermeil contenant les lettres de Marie Stuart, ces lettres si précieuses qu’il se réservait pour river à jamais la chaîne d’une femme volage, ces lettres qu’il lui importait plus encore de ne pas exposer à la malignité de ses ennemis. Ceux-ci racontèrent que pressé de fuir, le 6 juin, il avait oublié la cassette au château d’Edimbourg’. Mais Bothwell n’avait habité le château que cinq jours, du 6 au II mai; ce dernier jour il était descendu avec la reine à llolyrood, qu’ils n’avaient plus quitté.

Il n’est pas aisé de croire qu'il eût abandonné dans un appartement vide un tel trésor, qu’un homme pouvait emporter sous son bras et, à ce qu’il semble, qu’il ne devait jamais perdre de vue L’y eût-il laissé alors, il ne l’aurait pas oublié le 6 juin, pas plus que le re£te de ses objets précieux qu’il eut tout loisir de faire partir en avant. Le mémoire justificatif qu’il adressa au roi de Danemark, Frédéric II, le 5 janvier 1568, mentionne deux fois incidemment le navire sur lequel le comte npporte avoir chargé en quittant l’Ecosse, sa vaisselle d'artjenl, ses accoutrements, ses meubles et ses joyaux, qu'il avait emportés du château d Éditnbourtj* . Puisque Bothwell put prendre avec lui tout ce qu’il p« ssédait, il est impossible que la cassette, si les lettres existaient, fût le seul objet auquel il ne songeât pas.

Après avoir mis la reine en sûreté derrière les puissantes murailles de Borthwick, il se rendit à Melrose avec l’espoir d'y trouver une partie des vassaux de lu couronne, dociles peutêtre à la convocation du 28 mai. Maison était encore loin du terme indiqué; il attendit deux ou ti oisjours dans la solitude et revint à Borthwick de très-mauvaise humeur. Car il an-

1. Miss Strickland, t. V, p. 30î, d’après les registres du trésorier.

1 Goodall, t. II, p. 53, Mémorandum de Buchanan.

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