‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 175 sur 257 · Teu'et, I.cttrrs de Marie Stuart, IR3 et 1RS · texte numérisé non relu

Teu'et, I.cttrrs de Marie Stuart, IR3 et 1RS

CHUTE DE MARIE STUART

nonça qu’il allait congédier et disperser tous les domestiques français de la reine. Tandis qu’il perdait ainsi son temps et sa colère, ses ennemis agissaient. Ayant deux mille chevaux réunis, quoique le coinle d’Athol et d’autres confédérés du nord fussent en retard, Morton et lord Hume résolurent un coup de main sur Borthwick, le soir du 10 juin. Dépourvus d’artillerie, ils employèrent la ruse. Quelquesuns de leurs hommes détachés en avant, se présentèrent au château, se disant amis et poursuivis par les lords; ils demandaient un asile. Bothwell allait se mettre au lit. Devinant le piège et le danger, cet homme jusque-là si audacieux, prit tellement peur, qu’il ne songea qu’à sa propre sûreté et s’enfuit seul par une poterne avec le fils du laird de Crookston, seigneur du château. Il abandonna la reine, qui n'avait que sept ou huit personnes pour toute compagnie'. Marie Stuart possédait au plus haut degré le courage de l'instant présent. Comment douter, si elle avait aimé Bothwell, qu’elle n’eût partagé sa fuite et son péril? Comment croire aussi que Bothwell se serait exposé à la laisser tomber au pouvoir des confédérés, événement qui ne pouvait pas manquer de le perdre, comme la suite le prouva bientôt, s’il n'avait pas eu lieu de croire qu'elle ne confondait pas sa cause avec la sienne ? Les ennemis cependant aperçurent les deux hommes ; ils leur donnèrent la chasse et capturèrent le jeune Crookston ; Bothwell leur échappa dans les ténèbres. L’occasion était belle pour s’emparer de la personne de Marie, ou la délivrer, comme ils disaient. Mais ils connaissaient la force des murailles et ignoraient celle de la garnison. Après avoir crié contre Bothwell les noms de traître, d’assassin, de boucher, auxquels ils mêlèrent de grossières injures contre la reine elle-même, ils s’éloignèrent et se replièrent sur l)unkeld, manoir de Morton. Marie, dès qu’elle fut délivrée, envoya le jeune laird de Keres à sir James Balfour, dont elle

I. Miss Stridiland, t. V, p. 305 et suiv. d'après une lettie de Drury k Cécil, 12 juin 1567.

CHUTE DE MARIE STUART

ne savait pas la trahison, avec ordre de tenir le château et de lirer sur les lords s’ils essayaient d’entrer dans la ville1 2 3. Pendant ce temps, le comte d’Huntly, les lords Boyd et Galloway, l’archevêque de Saint-André, les évêques de Galloway et de Ross, et l'abbé de Kilwinning, que Marie Stuart avait laissés à Edimbourg avec la charge difficile d’y défendre ses intérêts, avaient sollicité du Croc de s’interposer dans la lutte qui éclatait. Il écrivit à la fois au comte de Morton, alors devant Borthwick, et à la reine. Son messager manqua le comte qui venait de s’éloigner de Borthwick ; mais

11 trouva la reine. Elle répondit « sagement et vertueusement », le priant de travailler au nom du roi (de France); « mais s’ils s’attaquaient à son mari, qu’elle ne voulait point d’appoinctement*. » 11 est possible que les invectives vomies contre elle quelques moments auparavant par la troupe de lord Hume, eussent changé, ses dispositions à l’égard de Bothwell, et lui eussent fait penser que dans le moment au moins leur cause était inséparable. Elle pria donc du Croc de s’aboucher avec les lords et de leur demander de sa part quelles étaient leurs intentions11. Celte conférence eut lieu le

12 à Edimbourg; elle resta sans effet, les seigneurs ayant ajourné leur réponse à trois jours, au bout desquels tout était consommé.

Marie, après avoir expédié ses messages à Edimbourg, ne voulut pas rester dans le château de Borthwick. A minuit, elle prit des habits d’homme. Bottée, éperonnée, elle se fit descendre par une fenêtre. Elle trouva un cheval préparé on ne sait par quelles mains, qui attendait tout sellé. Elle le poussa devant elle au hasard et erra longtemps sans s’éloigner beaucoup. Elle n’était pas à plus de deux milles de Borthwick, lorsqu’elle rencontra Bothwell, qui la cherchait avec

1. Miss Strickland, t. V, p. 306, d’après une lettre de Béton à son frère l’archevêque de Glasgow, Edimbourg, 1T juin 1567.

2. Du Croc, annexe à sa dépêche du 17 juin 1567, S Charles IX. Laban, t. VU, p. 125-7.

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