‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 19 sur 257 · I. Mi*s Strickland, t. IV, p. 92 el *uiv · texte numérisé non relu

I. Mi*s Strickland, t. IV, p. 92 el *uiv

COMMENCEMENTS DE BOTHWELL

Cependant, bien loin de se jeter en étourdie à la tête de son joli parent, elle en réprima d’abord l'empressement tin peu fat, et le tint à distance. Mais elle ne put, ni d’ailleurs ne voulut se défendre de l’aimer. Une indiscrétion domestique avertit de cet amour naissant le cardinal de Lorraine. L’avisé prélat se hâta d’écrire à sa nièce que si elle tenait à être heureuse, elle abandonnât ce projet d’alliance. C’était, lui fitil dire : « un gentil hulaudeau, » qui ne méritait pas d’être son mari*. Mais Darnley était si beau et si séduisant! que pouvait contre lui un conseil donné de loin?

L’imprudent toutefois n’était pas à la cour depuis qn mois, qu’il avait provoqué l’inimitié mortelle du comte de Murray. Un jour qu’il considérait une carte d’Ecosse, il se fit montrer les domaines du comte et se récria que c’était trop. Peu après, une maladie qu’il fit au commencement d’avril 1565, à Stirling, dévoila par la sollicitude dont il fut l’objet, les sentiments que la reine lui portait; car telle avait été la réserve observée par elle jusque-là, que Randolph lui-même n’en avait pas pénétré le mystère. Dès que Darnley fut rétabli, un mariage secret l’unit à la belle souveraine’. La cérémonie eut lieu au château de Stirling, par les soins du secrétaire David Riccio, qui avait favorisé de tout son crédit cette union, et disposé un autel catholique dans son propre appartement.

1. Miss Strickland, t. IV, p. 108, Lettre de Paul de Poix à Catherine de Médieis, Londres , 23 mai 1 5U5 ; dans Teulet, Relations politiques de la France et de l'Espagne arec l’ Écosse au seizième siècle, t. !, p. 199.

2. Miss Strickland, t. IV, p. H3- Voy. dans le recueil du prince LabanofT, un mémoire italien adressé au grand-duc de Toscane, C.éme 1", sur les événements d’Ecosse depuis l’entrée de David Riccio au service de Marie Stuart justju’a ii 8 octobre 1566. Marie étant allée à Stirling accompagnée de Darnley, « fece altugiare il Ke suo consorte in caslelio, ove il dello «ignore divenne ammalato et ordiné la Reina che si servisse benissimo et fosse ( rovisto d’ogni cosa che liisognasse. F.t in quel mentre conoscendo David di far piacere, ait’ una et ail’ altra parte, Iratté che insieme consumassero il matrimonio; il che tutlo fu fatto, et fossero da un capeliano catolicamenle sposati iu caméra di esso David, senza aspettare il ritorno dei due chefuron mandati in lughilterra et Francia. Del che sendo la reina d’Inghillerra avvisata, si dolse assai con quel ser Ledinlon.... »

On n’attendit pas l’arrivée des dispenses demandées à Rome , pour cause de parenté entre les futurs époux , ni le retour de Castelnau et de Lethington que la reine avait chargés de solliciter l’agrément, l’un de Catherine de Médicis , l’autre d’Élisabeth.

Cet événement si peu connu doit se placer entre le 7 avril, date de la convalescence de Darnley , et le 18 avril , jour où Castelnau rapporta de France le consentement de la reinemère1. Du reste, il ne demeura pas longtemps ignoré. Paul de Foix, ambassadeur de France en Angleterre , écrivait dès le 26 avril à Catherine de Médicis : « Madame, le 15 apvril estantarrivé monsieur de Lethington, pareillement arrivèrent lettres à la royne d’Angleterre, par lesquelles Randel (Randolph), son agent en Escosse, luy manda que la Royne d’Escosse s’est mariée avec milord Darnley , lils du comte de Lennos, ne restant pour la consommation que les cérémonies de l’église. Dont ladicte royne d'Angleterre réceut un très-grand mescontentement pour luy sembler estrange que une royne eut épousé son vassal , comme encore pour avoir octroyé à la royne d’Escosse le père et le lils en intention de les remettre en leurs biens seulement.... Et se résolut à l’empescher (le mariage), envoyant Throckmorton en Escosse pour là persuader à la royne qu’elle n’est obligée à ce mariage, et qu’il ne luy tournera ni à honneur ni prouffit*. *

Élisabeth manifesta en effet une grande colère. Elle parla d'envoyer la comtesse de Lennox à la Tour, et s’efforça de démontrer à sa cousine qu’elle pouvait et qu’elle devait se dégager des liens qu’elle venait de contracter. Cependant , quelle que fût la vivacité de ses instances apparentes, les contemporains bien instruits sont d’accord qu’au fond du

I. Lingard l’a placé le 9 juillet à Holyrood (ch. xvj d’après une lettre de Randolpli à Elisabeth du 10 juillet 1565 (Keith, Ajtp. p. 161). Nous allons voir pourtant que Randolpli en avait instruit sa maîtresse plusieurs mois auparavant.

2. Teulet, Relations politiques de la Vrance et de VEepegne avec Vticosse au seizième siècle, t. I, p. 1 93.

COMMENCEMENTS DE BOTHWEIX

cœur elle était bien aise d’un dénoûment qui la délivrait du fantôme d’un prince étranger, joignant à la royauté en Écosse des alliances sur le continent.

Vers la lin d’avril, Darnley fit une rechute. Marie Stuart soigna son mari avec la tendresse la plus dévouée. Elle passa toute une nuit à son chevet ; elle le servait et lui donnait à manger de ses propres mains. Paul de Foix en parle dans une autre lettre (2 mai 1565) à Catherine de Médicis : « J’ay entendu que par des lettres que la comtesse de Lenos receut vendredi dernier, l’on luy escript de rechef que ledict mariaige est l'aict et que ladicte royne use des mesmes offices envers ledict fils du comte de Lenos que s’il estoit son mary, aïant, durant sa malladye , veillé en sa chambre une nuict toute entière et se monstrant très-soigneuse et ennuyée de sa malladye, parce qu’il a eu quelques jours fiebvre assez fascheuse, de laquelle il est maintenant délivré1. » Nous prions qu’on remarque les mots qu’on a écrit de rechef à la comtesse de Lennox que le mariage est fait. La préférence de Marie Stuart pour Darnley a inspiré à M. Mignet* une page brillante, mais bien peu équitable et trop peu conforme, nous osons le dire , à l’exactitude historique. Il raconte qu’Élisabelh , ayant refusé de garantir immédiatement son héritage à Marie Stuart dans le cas où la reine d’Ecosse condescendrait à épouser le comte deLeicester, celle-ci porta « soudainement sur Darnley son choix, auquel le goût eut autant de part que la nécessité. Darnley lui plut extrêmement et ne tarda point à s’emparer de ce cœur aussi facile à émouvoir qu’à dégoûter. Marie Stuart ne fut bientôt plus maîtresse de la passion qu’jl lui inspira et qu’elle laissa éclater à tous les yeux. Darnley étant tombé oialade, elle ne le quitta ni le jour ni la nuit, et le veilla dans sa chambre comme s'il était déjà son mari. Les entraînements de l’amour s’unissaient donc aux convenances de la parenté et aux exigences de la

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