‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 20 sur 257 · T. I, p. 1GU · texte numérisé non relu

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position pour rendre ce mariage inévitable. * Nous n’insistons pas sur la soudaineté de ce choix , qui , comme nous l’avons montré plus haut, n'avait rien que d’attendu; ni sur la nécessité que rien ne démontre, puisque les prétendants ne manquaient pas; ni sur cette flétrissure gratuite de cœur aussi facile à émouvoir qu’à dégoûter 1 : nous nous attacherons seulement à cette phrase, qu’elle le veilla dans sa chambre comme s'il était déjà son mari. L’illustre historien cite en note à l’appui une lettre de Paul de Foix à Catherine de Médicis, du 31 mars 1565: « Elle nse de mêmes offices envers le tils du comte de Lenos que s’il estoit son mary, ayant, durant sa malladye, veillé en sa chambre une nuict tout entière, et se montrant soigneuse et ennuyée de sa malladye, parce qu’il a eu quelques jours fiebvre assez fascheuse de laquelle il est maintenant délivré. » Mais quoi! c’est là le texte de la lettre que nous avons citée aussi, lettre du 2 mai et non du 31 mars. Pourquoi M. Mignet a-t-il commencé son extrait seulement à ces mots, elle use de mêmes offices?.,. Pourquoi décapiter ce texte et reléguer dans l'ombre ce fait si important, que la comtesse de Lennox a reçu confirmation que le mariage est fait entre son fils et la reine? N’est-ce pas jeter un jour, un doute fâcheux sur Marie Stuart, que de lui ôter sans bon motif devant le lecteur le bénéfice d’une position légitime, quoique secrète encore? Est-ce la justice de l’histoire? Nous demanderons aussi par quel motif M. Mignet a observé un silence absolu sur ce mariage secret. Est-ce un événement sans intérêt dans un récit de la vie et du règne de Marie Stuart, ou bien une supposition téméraire dénuée de fondement ? Ni l’un ni l’autre. Alors a-t-on le droit de trancher souverainement dans les faits, sans avertir au moins qu’il y a une question sur tel point, môme quand on serait disposé à la né-

1. Du reste, pour se convafncre que ce mariage fut préparé de loin et accepté en principe par Marie Stuart avant le voyage de Darnley en Ecosse, il suffit de lire dans la collection du prince Labaooff, t. I, p. Î96-299, le fragment d’un mémoire aulographe de Marie elle-même sur cette question. On y trouve les motifs de convenance politique qui la décidèrent bien avant l’amour. Ce document concorde avec ce qu’on sait d’autre part.

COMMENCEMENTS DE BOTHWELL

gliger? De bonne foi, est-il indifférent pour l'honneur de la reine qu’on sache ou non qu’elle était dès ce moment la femme de Darnley ?

Ce n’est pas pourtant que nous voulions tout défendre quand même. Si la situation de Marie Stuart était régulière devant la morale et l’Église, et si elle l’est devant l’histoire impartiale, nous avouons que cette union romanesque était une imprudence, parce que précisément celle qui la contractait s’exposait à être méconnue et calomniée. Des contemporains la crurent ensorcelée , ceci serait le moindre inconvénient. Sans doute , on doit rapporter à cette époque le passage où Castelnau renonce à s’expliquer sa passion autrement que « par des enchantements artiliciels ou naturels1, » explication qui elle-même en aurait demandé une autre.

Cependant le comte de Murray, qui maintenant haïssait Darnley et voyait de plus baisser son crédit, avait quitté brusquement sa sœur à Stirling sur la fin de mars, ne pouvant pas, disait-il, endurer davantage les pratiques superstitieuses de la chapelle royale*. Inutile d’informer le lecteur que ce beau zèle n’était qu’un prétexte. Un pacte mystérieux venait d’être signé entre Murray, Argyle et le duc de Chàtelleraut, envers et contre tous, Dieu et la reine exceptés (I5mars 1565). Le duc de Chêlelleraut elles Hamiltons, rangés parmi les héritiers de la couronne d’après les lois, ne pouvaient pas souffrir l’élévation des Lennox, qui tenaient comme eux au sang des Stuarts et allaient les devancer sur les degrés du trône. A leur instigation et sur l’exhortation écrite d'Élisabeth qu’ils eussent tous à veiller au maintien de la religion et de l'amitié des deux royaumes, l'Église presbytérienne, assemblée alors à Édimbourg, somma la reine d’abolir entièrement l’idolâ-

1. Mém. , 1. V, cli. xii. Uandolph en écrit autant à Cecil, le 3 juin. La sorcière était , disait-on , la comtesse de Ltïlinox ; son compère , Patrick Lindsay, ami des Lennox, et le pouvoir magique résidait dans un bracelet que la comtesse avait envoyé par son fils à Marie. — Miss Strickland, t. IV, p. 134.

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