Anderson, t. Il, p
CHUTE I)E MARIE STUART
succès, et à décider en leur faveur l’opinion publique hésitante ou indignée contre eux. Remarquons aussi avec Tytler* combien il est extraordinaire que Drury dont les lettres informaient Cécil jour par jour, et avec les plus minutieux détails, de tout ce qui se passait, ne dise nulle part un seul mot d’une découverte qui les aurait mis au comble de la joie.
Le 23 juin, on vit arriver un envoyé français, Nicolas de Neuville, sieur de Villeroy. Sa mission était antérieure à la révolution du 15. Ses instructions émanées de Catherine de Médicis respiraient une haine sourde contre Marie Stuart, qu’elles sacrifiaient à peu près sans ambages. Il y était dit que l’entreprise des seigneurs était sous main assistée des Anglais: « Qu’il pourroit estre, comme Dieu est juste, que leurdicte entreprise viendroit à quelque eflect dont le fondement ne seroyt pas blasmé ne improuvé de tout le monde, puisqu’elle est couverte de la cause du filz; » qu’ils auraient alors leur principal recours aux Anglais, dont « la charité » serait la ruine de l’Ècosse, et l’on continuait : « le roy veult que ledict sieur du Croc saiche que le désir et intention principale de Sa Majesté est de conserver le royaume d’Escosse à sa dévotion, sans permettre que soubz prétexte de tant de folies qui se présentent, il se retire et aliène en autre dévotion que la sienne, comme il est certain qu'il seroyt pour faire envers lesdicts Anglois, que lesdicts seigneurs chercheroient comme protecteurs en l’affaire qui se présente, s’il/ voyoient n’avoir aucune assurance du costé du Roy. » Mais il aurait fallu que Villeroy apportât en Écosse autre chose que des paroles. Espérer qu’avec les caresses d’un langage équivoque, on détacherait les nobles de la clientèle anglaise où ils puisaient leur sève et leur audace, était une illusion puérile. Villeroy l’éprouva sur-le-champ ; les lords du Conseil ne lui permirent pas de visiter la reine dans sa prison; et, dès le 26, sans avoir remis ses dépêches, il repartait piteusement pour la France, où il fut assez mal