Tome V, p. 430-1, édition I84f
CHUTE DE MARIE STUART
reçu. Du Croc le suivit de près; il rentra le 12 juillet à Paris, « si boutonné, dit l’ambassadeur espagnol, qu’on n’en pouvait pas tirer une parole, preuve certaine que les affaires d’Êcosse n'allaient pas au gré des Français*. »
Abandonner ainsi le terrain c'était le livrer à l’influence que l’on redoutait, celle de l’Angleterre. Itiant sans doute en eux-mêmes de la naïve confiance de du Croc dans leur serment qu'ils n’avaient aucune intelligence avec la reine d’Angleterre, ils écrivirent à celle-ci le 20 juin que leur prise d’armes n’avait pas eu d’autre motif que de punir les assassins du roi ; qu’aussitôt la vengeance accomplie, ils remettraient leur souveraine en liberté. Quant à couronner le jeune prince, ils n’en avaient jamais eu l’idée (nous voyons qu’ils mentaient avec la même aisance aux Anglais qu’aux Français). Ils finissaient par une demande d’argent, avec protestation qu’ils étaient prêts à rejeter les offres de la France et à se laisser guider en tout par l’Angleterre*. Leur lettre trouva Élisabeth dans sa perplexité habituelle , la joie pour l’humiliation de Marie Stuart, la colère contre l’attentat commis par des sujets sur les droits des couronnes. Ballottée d’une passion à l’autre, mais tout Del envers sa cousine et menée par son ministre, qui ne connaissait pas plus les hésitations de conscience, que celles d’orthodoxie politique, elle allait comme précédemment faire la leçon aux deux partis , et finalement céder à l’impulsion de sa haine et de son ambition.
Son premier mouvement fut mauvais Elle expédia en Écosse Robert Melvil , l’ambassadeur qui représentait en apparence Marie Stuart auprès d’elle, en réalité les traîtres parmi lesquels il s’était rangé secrètement, lorsqu’il avait secondé les appels réitérés de Kirkaldy de Grange au gouvernement anglais. Devenu depuis lors leur intermédiaire à *
1. Teulet, Lettres de Marie Stuart, p. 130 cl suivantes. — Chalmers, u 1, p. 311. — Teulet, Helat. de la France et de l'Espagne arec l’Écossc, t. V, p. 28; Lettre de don Fronces de A lara à Philippe II , Paris 13 juillet 1561.