Chalmers, u 11 , p. 4ï2, note f
trie de la messe, même dans son palais, et appela les bourgeois aux armes. Mais ceux-ci, pleins d’attachement pour leur jeune reine, furent sourds aux semonces de Knox ; et la noblesse assemblée par Marie à Stirling (15 mai) approuva unanimement le mariage qu’on ne présentait encore que comme un projet. Immédiatement après, Marie arma sou fiancé chevalier de l’ordre national du Chardon ; elle le créa baron et pair du parlement, lord d’Ardmanach, comte de Ross Dès ce moment, Damley, à peine remis de sa maladie, montra son caractère orgueilleux et ingrat, violent et insensé. Toute contrariété le mettait hors de lui, à ce point que le clerc de justice, un des principaux dignitaires du royaume, étant venu lui annoncer que son élévation au titre de duc d’Albany était retardée de quelque temps, il tira son poignard contre lui2. Trop tôt et trop bien il justifiait l’augure du cardinal de Lorraine.'
On se tromperait néanmoins si l’on faisait dater de ce moment-là seulement la haine d’une grande partie de la noblesse contre lui. Lorsque, dès le 15 mars, Murray, Argyleet le duc de Chàtelleraut n’exceptaient de leurs machinations que Dieu et la reine, il est évident que Damley était déjà la victime désignée; il l’était par cela seul qu’il traversait l’ambition de Murray. Les hypocrites qui alléguèrent dans la suite pour renverser Marie Stuart le soin de son honneur, se couvrirent ici du ciel et de ses intérêts pour prescrire des bornes étroites à la vie de Damley. « Quand ils ont tout dit, écrivait Randolph leur ami, mais plus encore le serviteur de son gouvernement et à ce titre n’ayant d’indulgence pour personne en Écosse, quand ils ont tout dit et qu’ils ont épuisé les imaginations, ils ne trouvent plus rien, si ce n’est que Dieu lui enverra en bref sa lin (a slwrt end), ou qu’eux-mêmes seron t réduits à une misérable vie dans la situation et sous le gouvernement auquel on doit s’attendre. » Randolph demande à
t. Miss Strickland, t. IV, p. 138-130.
2. Keith, Appenil. , p. 100. — Chalmers, t. II, p. 482,— Miss Strickland, t. IV, p. 131. — Lettre de Randolph tlCeeil, 21 mai 1365.
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Cécil sur quelle aide on peut compter de la part d’Élisabeth, si l’on en vient à entreprendre quelque chose ; car la plupart sont persuadés que c’est à cette lin ( for ihis end) que Darnley a été envoyé en Écosse. Je me dispense de répéter ici tout ce que j’ai entendu ; ignorant tout à fait les intentions de la reine, je ne sais quoi leur conseiller. » Plus loin : « C’est grand pitié que tant d’hommes se voient en hasard de la vie et des biens. Il n’y a qu’un remède à ce malheur, c’est de l’ôler (Darnley) de là, à moins que ceux qui sont les objets de sa haine ne trouvent assez d’appui pour que les plans qu’il méditera contre les autres retombent sur sa tête. Une faible dépense au commencement des choses rapporte double fruit. Que serait-ce pour Sa Majesté la reine (Élisabeth), en supposant qu’elle ne compte pas en venir à la force, que la dépense de trois ou quatre mille livres avec lesquelles elle ferait de ce pays tout ce qu’elle voudrait *. » 11 serait difficile, ce semble, de constater d’une façon plus positive les premières trames d'un complot contre le jeune prince. Les assassins manqueront leur coup la première fois; ils seront plus adroits deux ans après. En même temps, ils auront l’art de l’imputer à la femme de leur victime, et de prendre en main contre elle la mission du châtiment.
Les effets ne se firent pas attendre. D’abord Murray refusa d’assister à une convention de nobles que la reine avait convoquée à Perth pour le 22 juin. Il prétexta que Lennox et son fils avaient comploté de l’assassiner dans le logement de la reine. Sommé par sa sœur de s’expliquer et de soutenir son accusation, il n'en fit rien, malgré toutes les sûretés qui lui furent offertes ; et il se retira dans le pays d'Argyle, chez le comte son beau-frère, qui répétait le même dire sans administrer aucune preuve. On les a toujours regardés en ceci comme des calomniateurs. Probablement le bruit qu’ils faisaient contre Lennox avait pour but de couvrir leurs propres desseins, et de leur préparer, après l’exécution, l’excuse
1. Randolph d Cecil, 3 juin 1565; miss Strickland, t. IV, p. 132-3; Tytler, t. V, p. 302, édit. 1845.
de la légitime' défense. Bientôt Élisabeth leur fit savoir, à deux reprises (8, 13 juin), qu’elle les soutiendrait dans leur opposition contre Darnley1. Son prétexte était le refus du père et du fils de déférer à la sommation qu’elle leur avait envoyée de rentrer en Angleterre. Dans les derniers jours de juin, les conspirateurs vinrent trouver Randolph, l’ambassadeur anglais, et lui demandèrent si dans le cas où ils voudraient remettre Lennox et Darnley aux autorités anglaises de Berwick, celles-ci les recevraient. « Nous ne pourrions ni ne voudrions refuser notre bien, répondit Randolph, de quelque façon qu'il nous arrivât*. » D’après cette assurance, Murray, Argyle, Rothes et le duc de Cbâtelleraut, sans plus tarder, dressèrent leur embuscade à Kirk of Beith, sur la route que la cour devait suivre, en quittant le séjour de Perth pour se rendre à Callander, endroit où Marie avait promis de tenir sur les fonts de baptême le fils de lord Livingston. Leur plan était de tuer Darnley et d’enfermer la reine le reste de sa vie au chAteau de Lochleven, que Murray avait fourni récemment d’artillerie et de munitions. Marie Stuart, avertie du complot le soir du 30 juin, le déjoua par son courage et sa prompte décision. Elle partit de Perth le 1" juillet, à cinq heures du matin, et franchit les endroits dangereux avant que ses ennemis fussent à leur poste’.
Ce mauvais succès n’empêcha pas Randolph de persister dans son horoscope sur Darnley. Se plaignant derechef à Cecil des défauts de ce jeune homme, il ajouta : « Qu’arrivera-t-il de lui ? Je ne sais; mais il y a grandement à craindre qu'il ne fasse pas longue vie chez un tel peuple *. »
Ainsi les faits se posent d’eux-mêmes clairement et sim-
1. Chaînera, t. I, p. 216, d'après les correspondances authentiques.
2. Lettre de Randolph à Cecil, Edimbourg, 2 juillet 1565; Keith, p. 290.
3. Nous n'arons pas à donner ici des détails qui trouveront leur place dans une étude spéciale sur le comte de Murray. D'ailleurs ce complot n'est contesté par personne. Voy. Keith, Lettres de Randolph d Cecil, 1 et 4 juilet 1565; Chalmers, t. I, p. 216 et suiv. — Miss Strickland, t. IV, p. 146 et suiv. — Tytler, t. V, p. 307-8, édit. 1845. — Mignet, t. 1, p. 167.
4. Randolph d Cecil, Edimbourg, 2 juillet 1565, dans Keith, p. 287.
COMMENCEMENTS DE BOTIIWELL
plement. Les chefs de l’aristocratie protestante en Écosse et le gouvernement anglais s’irritent du mariage imminent de Marie Stuart et du naturel superbe du futur époux. Us ne trouvent pas d’autre remède que d’assassiner celui-ci. Dès le 15 mars 1565 leur résolution est arrêtée ; bientôt leurs vues s’agrandissent; et le nouveau complot se doublant d’un complot ancien déjà, embrasse à la fois celle qui occupe le trône et celui qu’elle va y élever : la mort à l’un, la captivité perpétuelle à l’autre. Qu’est-ce autre chose que la conspiration qui s’exécutera deux ans après ?
Sauvée si heureusement de ses ennemis, la reine n’attendit plus que l’arrivée des dispenses du pape pour célébrer solennellement son mariage. Le 20 juillet, elle créa Darnley duc d’Albany ; le 28, elle lui donna par proclamation le titre et le rang de roi'. Le lendemain, elle l’épousait en public dans la chapelle d’IIolyrood, à six heures du matin. Alors seulement elle déposa les habits de veuve, qu’elle portait depuis la mort de François II. Certes elle se félicita de cette union, et l’on s’en réjouit autour d’elle, comme d’un bienfait signalé de la Providence; chacun put se flatter de reconnaître le doigt de Dieu dans l’événement qui confondait les desseins des ennemis de la reine. Malheureux succès! Heure fatale! Marie Stuart se perdait. L’anneau nuptial qui joignit leurs destinées, l’enchaîna aux passions d’un insensé, qui devait lui être également funeste et par sa vie et par sa mort.
Cependant les conspirateurs, après leur déconvenue du l" juillet, s’étaient réunis à Lochleven et avaient tendu leurs mains suppliantes vers Élisabeth, au nom de la religion, qui en réalité ne courait aucun risque. Ensuite ils se mirent en campagne; mais à l’appel de Marie une foule bien plus considérable de barons et de gentilhommes rallièrent le drapeau royal.
1. Elle eût préféré attendre quelques moia, jusqu’à ce que le parlement lui- même conférât ces prérogatives à son mari, mais Lennox et Darnley lui forcèrent la main. Miss Strickland, t. IV, p. 166-7 et 172.