Tytler, t. V, p. 438, édit
CHUTE DE MARIE STUART
• et achever l'affaire dont ils sont convenus antérieurement ne nous dénonce-t-elle pas une vieille machination? La lettre de Randolph à Kirkaidy de Grange et à Lethington en 1570, ne vient-elle pas encore éclairer cette question et détruire la valeur du motif qu’on allégua contre Marie pour lui arracher sa couronne?
Les loids jugèrent le moment arrivé de trancher le dénoûment. L’heure était favorable. Ils n’avaient rien à craindre ni du côté des lords de la reine, ni du côté de l’Angleterre ou de la France. A la vérité les amis de Marie Stuart, l’archevêque de Saint-André, Argyle, Huntly, Arbroath, Galloway, Ross, Fleming, Herries, Skirling, Killwinning, et William Hamilton de Sanchir, avaient signé à Dunbarton, le 29 juin, un bond pour la mise en liberté de la reine*. Mais les effets n’avaient pas suivi les paroles, soit parce que, mal vus de l’Angleterre et abandonnés de la cour de France, toute pleine de bons procédés à l'endroit des confédérés qui se moquaient d’elle, ils s’intimidèrent; soit parce que des calculs égoïstes égarèrent leurs chefs. Throckmorton dépeint leurs tendances et même leurs intrigues. C’est le comte d’Argyle qui rêverait de marier son frère à Marie Stuart, après le divorce de cette princesse avec Bothwell ; ce sont les Hainiltons qui auraient la même visée pour le lord d’Arbroath, l'un d'entre eux; les mêmes ne seraient pas fâchés de la perte entière de la reine, parce qu’alors ils ne seraient plus séparés du trône que par un enfant en bas âge, ou encore ils redoutent, en poussant les lords à l’exlrémité, que ceux-ci ne transportent le droit de succession au second fils du comte de Lennox*. On dit plus: ils auraient proposé aux lords de
1. Tytler, id. p. 440 « He (Lethington) does well like ofyour advice in divers licads ; always tliere is raatter enough probable lo proceed upon lhat malter we firsl agreed upon, and larther is thought expédient. »
2. Keith a donné ce bond, p. 436; il le place à la fin de juillet. Mais Tytler (t. V, p. 459, note 3. édit. 1845) dit que la véritable date, qu’on lil.sur l’acte original, est le 29 juin.
3. Lettre de Throckmorton à Élisabeth, 14 et 18 juillet 1567, Robertson, t. II, p. 352 , 356 , 357. - 19 juillet 1567, Keith, p. 423.
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faire mourir la prisonnière, avec cette suggestion atroce que c’était la « seule manière certaine de réconcilier tous les partis; 1 et l’on ajoute qu’ils cachaient ainsi la hideuse pensée de se débarrasser d’une femme qui, jeune encore, pouvait avoir d’autres enfants*.
Quels étaient ici les auteurs de Throckmorton ? Lethington et le laird de Tullibardine. Ils lui affirmèrent avoir vu les envoyés de l’archevêque de Saint-André, de l’abbé de Kilwinning et du comte d’Huntly; mais ils n’en fournirent aucune autre preuve que leur parole. Ce n’est pas assez. Cependant, quoi qu’il en soit, et même en les déchargeant de cette accusation, les lords de la reine méritent le reproche de n’avoir pas agi’. Tout ce qu’ils firent fut de refuser de paraître à l’assemblée ecclésiastique, qui s’ouvrit le 21 juillet à Edimbourg.
Là, Knox et les ministres presbytériens resserrèrent les nœuds qui les unissaient aux confédérés; ceux-ci promirent de procurer l’établissement de la religion du Christ, l'entière abolition du papisme, l’application du tiers du revenu des bénéfices au salaire des ministres, la restauration du patrimoine de l’Église, etc. Ils s’engagèrent aussi à punir sévèrement les crimes, vices et offenses contre la loi de Dieu ; à poursuivre tous ensemble et de toutes leurs forces la punition du meurtre du roi sur tous les coupables, quels qu’ils fussent; « car les plaies de Dieu ne disparaîtraient pas du pays ou de la ville où le sang innocent avait été répandu, tant qu’ils n’auraient pas été purifiés par le sang des coupables. * A la tête des signataires figurèrent Morton, Glencairn, Mar, Hume, Ruthven, Lindsay, James Balfour, James Makgill, Tullibardine, Maitland de Lethington, pleins d’ardeur pour s'engager et engager l’Église presbytérienne par l’appàt des biens ecclésiastiques. Celle-ci en effet présenta
1. Throckmorton à Èlùabeth, 9 août 1567, dans Tytler , t. V, p. 456-9, édit. 1845.
2. Nous verrons plus bas qu’ils dirent ensuite que leurs ennemis les avaient menacés de faire mourir la reine s’ils bougeaient, et qu'ils les savaient capables de tenir parole.
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une requête solennelle pour la punition sévère du meurtre du feu roi, conformément aux lois de Dieu, aux coutumes du royaume, au droit des gens, sans acception de personnes. Les nobles alors, satisfaits, se pressèrent moins de contenter les ministres sur la question du salaire : ce qui a fait dire à Knox : « Gomment ils tinrent leurs promesses, Dieu lésait* ». Ils furent sans foi envers leur propre parti, comme envers leur souveraine.
Ainsi, les confédérés opposaient l’unité de vues et le zèle presbytérien à l’attitude timide et incertaine des Hamiltons. La France, n’étant pas représentée en Ecosse, avait quitté la place et la perdait. On contenait et l’on stimulait Élisabeth par le fantôme de l’influence française ; on lui laissait espérer qu’un jour le fils de Marie Stuart serait déposé entre ses mains. Mais un vice caché minait cette position si forte et pouvait tout compromettre : le manque d’argent commençait à se faire sentir. Élisabeth tenait toujours fermée la main qu’elle ne voulait ouvrir qu’à bon escient ; et le moment approchait où ils seraient hors d'état de solder plus longtemps leurs arquebusiers. Dès lors le fruit de tant de génie dans le crime leur échappait. En conséquence, ils résolurent de brusquer la solution et le renversement définitif de Marie Stuart.
Fies comtes de Glencairn et de Mar, les lords Sempill et Ochiltree, et le maître de Graham, personnages dont l’absence prolongée avait servi de prétexte à Lethington , près l’envoyé anglais, pour ajourner toute négociation, arrivèrent à Edimbourg, le 23 juillet, en même temps que lord Lindsay, mandé exprès de Lochleven. Le même jour, il fut décidé en conseil que Lindsay et Robert Melvil se rendraient en présence de la reine , et qu’ils lui déclareraient que les lords, attendu sa mauvaise conduite, et dans le gouvernement du royaume et dans sa vie privée (dont ils s’abstiendraient de toucher les particularités , par respect pour son honneur) , ne pouvaient plus permettre que ses désordres