Keith, p
CHUTE DE MARIE STUART
missent davantage le royaume en péril , désordres tels , et si nombreux, qu’ils jugeaient impossible qu’elle conservât plus longtemps le gouvernement; ils la requéraient donc, et lui conseillaient de se conformer avec calme, de consentir au couronnement du prince son fils, et d’autoriser la formation d’un conseil qui gouvernerait le royaume au nom du roi. A ces conditions , ils feraient tous leurs efforts pour lui conserver la vie et l’honneur, fort compromis l’un et l’autre dans le cas contraire
Si elle refusait , dit Throckrnorton , leur plan était de la resserrer beaucoup plus étroitement et de la séquestrer de toute société ; ensuite, d’en venir par la violence au couronnement du fils et au renversement de la mère: enfin, de diriger contre elle trois chefs d’accusation : 1” tyrannie, pour infraction et violation des lois et décrets du royaume, tant les communes lois que les statuts; 2* incontinence, tant avec Bothwell qu’avec d’autres, duquel crime ils disaient avoir des preuves suffisantes; 3° assassinat de son mari, dont ils prétendaient avoir la preuve aussi certaine que possible, à la fois par des écrits de sa propre main tombés en leur possession, et par des témoignages certains*.
De ces trois griefs , ils n’entreprirent jamais d’établir le premier; jamais non plus l’incontinence avec d’autres, ignoble calomnie, qui, à défaut des preuves suffisantes que nous en avons déjà données, jetterait les doutes les plus légitimes sur l'accusation d’incontinence avec Bothwell. Le troisième point est très-remarquable, comme première allusion aux lettres supposées de Marie Stuart. Nous avons déjà demandé comment cette capture, qu’on date du 20 juin, avait été tenue sous le boisseau, lorsqu’à la mettre en lumière on édifiait les cours d’Angleterre et de France, l’Europe tout entière, et l’on écrasait d’un seul coup Marie Stuart dans son ignominie ? Comment n’en avait-il pas été dit un mot
1. Throckrnorton à Élisabeth, 25 juillet 1567, Keith, p. 424.
2. Throckrnorton à Élisabeth, 25 juillet 1567, Keith, p. 425-6.
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dans le mémoire historique que Lethington avait remis à Throckmorton, le 20 juillet? Pourquoi le secrétaire avait-il entassé dans ce factum contre Marie Stuart les impostures les plus palpables, lorsqu’il n’avait qu'à produire la vérité toute nue, les lettres, qui l’eussent dispensé de mentir si grossièrement? L’abus qu’il lit alors du mensonge n’est-il pas une preuve suffisante qu’il n'avait pas de preuves vraies à donner, et que cette fameuse correspondance, il ne la possédait pas? Pourquoi aussi cette façon modeste d’user de ces lettres, qu’on ne montre pas en juillet 1567, qui retomberont soudain dans leurs ténèbres , n’en ressortiront qu’un moment en décembre 1567, sans être publiées, qu’on ne se communiquera que sous le manteau de la cheminée, entre compères (qu’on nous pardonne la trivialité des expressions), en septembre et octobre 1568, qui ne paraîtront jamais en originaux, qu’on ne répandra par la presse, en compagnie de la Deteclio , que déformées par une triple traduction (1571-2) à l'époque où Marie Stuart, condamnée à une captivité déjà rude, ne pourra plus se défeudre ? Puisqu’on l’accusait de mauvaises mœurs et de meurtre, pourquoi donc ne pas lui signifier ses lettres, quand on la tenait si près d’Ëdimbourg? Elle avait demandé, le 16 juin, qu’un parlement national jugeât entre elle et les lords. Si elle était si téméraire et si effrontée que se sentant coupable, elle appelât le grand jour sur sa vie, pourquoi ne pas ouvrir et vider à la face de la nation la cassette accusatrice? Murray, Morton, Lindsay déclareront plus tard, en Angleterre, que c’était par dévouement pour elle; qu’ils respectaient la mère de leur souverain, celle dont ils avaient reçu les bienfaits; qu’afin de couvrir sa honte et de lui sauver l’honneur, ils avaient mieux aimé se charger d'une partie de son fardeau devant le monde en laissant l’opinion en doute sur la justice de leur querelle'. Est-ce donc ménager l’honneur d’une femme que
1. Goodall , Append. p. 703-206 , protestation (lu comte lie Murray, à Westminster, 26 novembre 1368. Nous regrettons de ne pas pouvoir donner
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de crier aux quatre vents qu’elle est coupable de vice et de crime, et de se dérober en même temps au débat public qu’elle réclame. Non, si en juin-juillet 1567, on ne démasqua pas Marie Stuart, en produisant les écrits authentiques de sa main, c’est qu’on ne les avait pas. Si l’on n’en parle qu’à mots couverts, seulement vers le 24 juillet, c’est qu’alors seulement on commençait à les fabriquer. L’invention de la lettre de Bothwell , dans la nuit du 15 au 16 juin, n’avait pas laissé que d'être utile au moment même ; n’était-ce pas un encouragement à renouveler la fraude, mais en grand?
Le lendemain du jour où ils avaient concerté leurs mesures irrévocables contre Marie Stuart, c’est-à-dire le 24 juillet, les lords accordèrent entin à Throckmorton l'audience tant sollicitée par lui. Ils ne pouvaient pas montrer plus netlement le peu de cas qu’ils faisaient de sa mission officielle. Ils le reçurent au Tolbooth , écoutèrent son exposé ; quand il eut parlé , Lethington lui dit que les lords avaient déjà répondu, en partie, trois jours auparavant, et que pour le reste, ils le priaient de prendre patience jusqu’à ce qu'ils se fussent consultés ensemble. Le même soir, Lethington lui apporta une réponse écrite , mélange singulier de décision, d'astuce ironique et de cruauté mielleuse.
« Nous avons entendu . disaient-ils, par la brève communication qu’il vous a plu de nous faire, au nom de Sa Majesté la reine, votre maîtresse, des matières sur lesquelles vous avez charge d’entretenir Son Altesse la reine , notre souveraine, qu’elles consistent en deux points principaux : le premier de lui mettre pleinement sous les yeux le blâme de son mariage et de ses autres actions , qui ont mécontenté votre maîtresse. Mais comme ceci doit nécessairement la chagriner, vous lui apportez, d’autre part, de la pitié pour sa détresse, une sollicitude particulière à l’en tirer, c’est-à-dire dans l'état actuel, une consolation. Nous n’avons pas l’inhumanité
ici, in extenso, celle pièce, nte plus ultra île l’hypocrisie- Ce sera pour ta vie du comte de Murray.
CHUTE DE MARIE STUART
de vouloir que Sa Majesté manque de consolations. Cependant la situation présente exige que l’on considère bien, comment, de quelle manière et par qui, on la consolera : sans cela, le bon ofliee, qu’on aurait voulu lui rendre, pourrait porter préjudice à elle et à nous tous. Nous nous disposons à donner un bon avis à Sa .Majesté1; et quelques-uns s'en occupent en ce moment. Si elle veut y prêter l’oreille , ce sera pour le plus grand bien d’elle-même, du prince son tils, et de tout le royaume. Uuoique nous soyons pleinement convaincus que vous, le ministre de votre reine, une fois en présence de la nôtre, vous ne ferez rien que d’honorable pour votre maîtresse, et de conforme à votre mission pour notre sûreté; cependant, nous avons de bons motifs, appuyés sur des considérations raisonnables dont nous devons nous préoccuper, pour supposer que, si elle recevait tout à coup des consolations de votre part , ou si elle concevait par voire laugage quelque idée de ce genre en interprétant à son avantage la moindre de vos paroles, cela serait capable de l’empêcher de se décider à suivre nos conseils, tandis qu’autrenient nous avons bon espoir quelle les adoptera dans leur plénitude. De la sorte, contrairement au désir de la reine, votre maîtresse, vous causeriez du mal à Son Altesse’, du préjudice à notre cause, et vous n’obtiendriez aucune des choses qui, à notre connaissance, font l’objet de votre mission. Ainsi, nous vous prions non-seulement de prendre patience, mais nous désirons que votre maîtresse nous accorde le délai d’un peu de temps, qui sera employé à traiter avec Sa Majesté, à voir si par de bons avis nous pourrons l’amener à quelque condescendance’, persuadés que Dieu y inclinera son cœur. Si nos etlorts ont un heureux succès, comme nous l’espérons, ce sera le plus sûr pour Son Altesse et nous tous, et, nous