A l aide de la menace de mort, si elle refuse d’abdiquer
CHUTE DE MARIE STUART
n’en doutons pas, le plus satisfaisant pour la reine, votre maîtresse.' »
Pendant ces pourparlers oiseux de Throckmorton avec les lords, les pieux porteurs de bons conseils étaient à Lochleven et ils extorquaient à la prisonnière sa renonciation au trône. Le conseil en désignant le 23 juillet le doucereux Robert Melvii et le farouche Lindsay pour cette mission, avait dressé trois actes que Marie Stuart devait signer. Dans le premier, la reine déclarait que depuis son retour en Écosse, les soucis intolérables du gouvernement, les commotions et les troubles avaient consumé tellement ses forces de corps et d’esprit, qu’elle n’en pouvait plus soutenir le poids. D’autre part, Dieu lui avait fait la grâce de lui accorder un fils, son héritier légitime ; mais si elle venait à être retirée de ce monde pendant la minorité de cet enfant, il serait fort à craindre que son avènement au trône ne rencontrât de grandes résistances; alors, « considérant que rien sur la terre ne serait plus agréable et plus heureux pour nous, que de voir notre très-cher lils, de notre vivant, établi paisiblement dans la place et au rang dont il doit hériter selon ses droits, nous, portée d’affection maternelle envers notre fils unique, nous avons abdiqué et déposé, et par les présentes, librement et de notre propre mouvement (frelie, of our awin motive will), abdiquons et déposons le gouvernement, etc.... en faveur de notre très-cher fils.... * Suivait l’ordre de publier cette déclaration dans tout le royaume, les comtes de Morton, d’Athol, de Mar, de Glencairn, de Menteith, le maître de Graham, lord Hume, Adam, évêque des Orcades, les prévôts de Dundee et de Montrose étant chargés de pourvoir à la proclamation et au couronnement du jeune roi.
La deuxième pièce répétait les mêmes motifs en affirmant aussi le libre vouloir de Marie ; elle s’étendait sur l’affection de nature et tendre amitié que le comte de Murray avait toujours
I. Voilà le langage qu’on lient aux complices dont on est assuré. Voy. la pièce dans Keith, p. 427.
CHUTE DE MARIE STUART
témoignés à la reine, ainsi que sur ses mérites, et l’instituait régent jusqu’à ce que le jeune roi eût achevé sa dix-septième année.
La troisième, pendant l’absence ou dans la prévision du refus ou du décès du comte, lui substituait un conseil composé du duc de Châtelleraut, des comtes de Lennox, d’Argyle, d’Athol, de Morton, de Glencairn et de Mar; bien entendu que le comte de Murray en ferait partie, lors même qu’il refuserait la régence*.
Nous n’avons pas besoin d’appeler l’attention du lecteur sur la phraséologie câline et menteuse de ces productions de la plume de Lethington.
Dès le matin du 24 juillet, Robert Melvil et Lindsay se rendirent d’Edimbourg à Lochleven. On avait cherché d’avance à terrifier Marie Stuart ; tantôt on la menaçait de la tour des Pietés (le donjon du château), où elle mourrait dans une solitude absolue ; tantôt on devait l’étouffer entre deux matelas et la suspendre à l’une des colonnes de son lit pour simuler un suicide*.
Robert Melvil fut d’abord introduit seul auprès d’elle, le renard avant le tigre. Il lui conseilla de signer certains actes que Lindsay allait lui présenter; c'était, dit-il, le seul moyen de sauver sa vie, sans cela dans le péril le plus imminent. Les comtes de Mar, d’Athol, le secrétaire Lethington et le laird de Grange, qui avaient de l’attachement pour elle5, et comme preuve il lui présenta de leur part un anneau orné d’une turquoise, se joignaient à lui pour l’exhorter à détourner de sa tête le danger qui la menaçait ; car, si elle osait rejeter la requête des membres du Conseil privé, ceux-ci avaient résolu, on le savait, de prendre sa vie soit en secret, soit par un procès dérisoire, dans lequel ils seraient ses juges. Après tout, de tels engagements imposés par la force ne la lieraient