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3. Nous savons ce que valait cet attachement, et celui de Holiert Melvil.
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point. Marie, au lieu de plier devant cette sinistre perspective, opposa une résistance inattendue. Alors il tira du fourreau de son épée une lettre de Throckmorton qu’il dit y avoir cachée au risque de sa propre vie. L’ambassadeur anglais mandait que la reine d’Angleterre lui donnait l’avis fraternel de ne pas irriter ceux qui la tenaient en leur pouvoir, en leur refusant la seule concession capable de la sauver. D’ailleurs, tout ce qu'elle ferait en captivité serait de nul effet une fois qu’elle aurait recouvré sa liberté, et il rendrait témoignage devant la reine sa maîtresse et tous les princes de la contrainte exercée sur elle. Throckmorton croyait-il de bonne foi préserver la vie de Marie ? ou bien servait-il par un acte insidieux la politique secrète de son gouvernement? Toujours est-il que ni les instructions, ni les lettres qu’il avait reçues d’Élisabeth, et on peut en juger encore par celle en date du 27 juillet qu’il reçut bientôt, ne l’autorisaient à faire parler ainsi sa souveraine. La courageuse captive ne fléchit pas encore : « Plutôt la mort que l’abandon du trône, » réponditelle. Ce serait prendre part contre elle-même à la trahison de ses sujets, que d’accéder à la sommation illégale d’un petit nombre d’ambitieux, dont son peuple était loin de partager les désirs1.
L'art subtil n’ayant pas réussi, la force brutale prit son tour. Lindsay entra d’un air arrogant, jeta les papiers sur la table et somma la reine de signer sans délai : « Quoi I ditelle, mettrai-je la main à une fausseté manifeste? Irai-je, pour satisfaire l’ambition de mes nobles, abandonner l’uf- (ice que Dieu m’a donné, à mon fils, un enfant d’un an, incapable de gouverner, et cela pour que mon frère Murray soit roi sous son nom? » Lindsay, avec un rire insultant, lui signifia qu’il avait ordre de l’enfermer dans la tour, et qu’il lui conseillait de faire ce que l’on demandait d’elle; sinon,
t. Miss Strickland, t. V, p. 366-7. — Mémoires de James Melvil. Keith, p. 425, note b. — Goodall, Append. p. 166-7 , 344 , 362; Réponse des commissaires de Marie Stuart au comte de Murray, 16 octobre 1568. — Leslie’s Negotiations , dans Anderson, t. III, p. 19-21.
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il lui arriverait du pire et bientôt. Alors la femme fut vaincue : des torrents de larmes jaillirent de ses yeux, et d’une main tremblante elle apposa son nom au bas des trois actes sans vouloir les lire. Bientôt cependant , maltresse d’ellemème, elle protesta que si elle recouvrait jamais sa liberté, elle ne se croirait pas engagée, car elle avait agi contre son gré. Elle écrivit aussi à Throckmorton, sans doute secrètement, qu’elle avait suivi son conseil, qu’elle le priait de révéler à sa très-chère sœur la reine d’Angleterre comment ses sujets l’avaient traitée, et qu’elle avait signé son abdication malgré elle1.
Telle fut la scène de l’abdication extorquée à Marie Stuart. Elle eut lieu le 24 juillet 1667*. Le lendemain, Lindsay rap-
1. Miss Strickland, t. V, p. 361-8 , d'après l’Innooence de ta trés-iflnstre, très-cliaste et débonnaire princesse madame Marie, royue d'Ecosse, 1572; Collect. de Jebb. t. I. — Goodall et Leslie's Negotiations aux endroits déjà cités. Nous ne trouvons pas dans les sources du xvi* siècle différents traits du récit de M. Mignet (t. I, p. 354-5). Ainsi, à la Gn de l'entrevue avec Melvil seul, Marie [tasse par toutes les alternat ires d'un généreur courage il d'un abattement craintif. — Les récits s’accordent à dire qu elle avait nettement refusé à Melvil de céder. 11 n’y avait donc chez elie ai abattement craintif, ni hésitation. « Elle hésitait encore, continue M. Miguel, lorsque entra Lindsay avec les trois actes.... 11 les plaça en silence devant la reine.... Marie Stuart, comme terrifiée par sa présence, prit la plume, etc. » Lindsay ne garda pas le silence, car il p-oféra les menaces les plus redoutables. Il ne produisit pas non plus sur la victime cet effet terrifiant et foudroyant de son seul aspect. Le trait peut sembler dramatique; il n'est pas exact. L’illustre historien s'appuie 1* sur Tytler, dont il traduit le récit; mais Tytler ne dit rien du silence de Lindsay (t. V, p. 452, édit. 1 645) ; 2“ sur Spoltisw iod , auquel renvoie Tytler. Mais Spottiswood , cité par Keith (p. 425 , note b), rappoite seulement que la reine réfléchit un instant; et sans rieu lire des écrits qu’on lui présentait, elle y mit sa signatuie, pendant que des larmes abondantes coulaient de ses yeux ; et c'est seulement pour la circonstance qu’elle signa sans vouloir lire que Keith cite Spottiswood .
2. M. Mignet place l'abdication au 25 juillet (t. i) p. 354), d’après un ex trait de la lettre de Throckmorton à Elisabeth, du 25 juillet, dans Keiih, p. 425 : « The lord Lindsay departed this morning from this town to Lochleveu. » Mais il n'a pas remarqué que celte lettre a été commencée le 24, et que Throckmorton dit , dans les premières lignes, que les lords étant arrivés à Edimbourg le 23, décidèrent le jour même que Lindsay et Melvil partiraient aujourd’hui , 24 (stiould this day, heiug tho 24.... repair to the queen....) Le this morning qui survient un peu plus bas est donc le malin
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porta triomphalement les trophées de sa victoire. Mais une formalité manquait; les instruments ne pouvaient être valables que revêtus du sceau privé de la reine. Or le gardien du sceau était Thomas Sinclair, un honnête homme. Le Conseil privé lui adressa un ordre au nom de la reine « d’avoir à apposer le sceau privé de Sa Majesté à trois actes portant abdication delà reine, nomination du comte de Murray au titre de régent, et celle d’un conseil provisoire pour gouverner pendant l’intérim. » Au bas de cet ordre figurait la signature de Marie. Comme il n'est question absolument que de trois pièces, bien connues, que la captive signa sous l’étreinte de Lindsay, il s’ensuit que cette quatrième signature sur l’ordre à Thomas Sinclair était contretaite. Lindsay se chargea encore de l’expédition; il se rendit ila tête d’une troupe armée chez Sinclair. Celui-ci déclara qu’aussi longtemps que la reine serait en prison, il ne scellerait aucune lettre extraordinaire. Alors Lindsay s’empara du sceau, et par la violence le força de l'apposer, pendant que Sinclair protestait qu'il ' agissait contre son gré et sous l’empire d’une force irrésistible’. Cet acte de brigandage, digne complément de celui de la veille, étant consommé, le Conseil privé, réuni au Tolbooth, en constata la réception, le 20 juillet. Ses registres portent qu’il fut donné lecture de l’acte d’abdication en présence des lords du Conseil, du reste de la noblesse, prélats, barons et commissaires des villes, qui l'accueillirent avec plaisir (glaidlie) et l’approuvèrent; « en preuve et témoignage de quoi, ils signèrent l’engagement suivant... » Celte pièce, appelée le second bond, partait de l’aftirmation que la reine n’avait pas de plus ardent désir que de voir de son vivant le prince son lils établi sur le Irène et couronné à sa
de ce même jour, 24 juillet. — Quelques pages plus loin (p. 440), Keith reproduit une proclamation du Conseil en date du 30 juillet annonçant que l’abdication a eu liou le 24. — Enfin parmi les historiens, pas un n’adopte le 25 juillet.
1. Miss Strickland , l. V, p. 300-370. Tyüer, t. V, p. 452-3, édit. 1845. fia protestation écrite de Th. Sinclair a été retrouvée eu 1817.
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place. Les signataires promettaient de se réunir à Stirling pour le couronnement, de soutenir et de défendre le roi contre tout opposant1.
On est confondu quand on regarde au bas du procès-verbal de cette séance du Conseil qui se targue de tant de signataires de tout rang, d’y lire seulement cinq noms, les deux comtes de Morton et d’Athol, les trois lords Hume, Sanquhair et Ruthven. Voilà ceux qui brisèrent le trône de Marie Stuart. A la vérité, Anderson publie la liste formidable de deux cent seize signataires ; mais il avertit que le protocole resta ouvert du 25 juillet au mois de décembre suivant, où le parlement se réunit. Cela signifie que dans le principe il n’y eut que les cinq membres du Conseil privé, qu’ils dressèrent le Bond avec l’intention de se procurer ensuite des adhérents par tous les moyens à leur disposition*, et qu’ils mentirent dans la rédaction de leur procès-verbal en se vantant de l’affluence, de la satisfaction , de la signature des prélats, des barons et des nobles devant lesquels aurait été lu le jour même l’acte d’abdication.
Lethington fut chargé de porter officiellement les événements de Lochleven à la connaissance de Throckmorton. Naturellement, il débuta par l’imposture. Il lui dit sans rire : « Les lords m’ont donné mission de vous informer de la résolution qu’il a plu à la reine ma souveraine de prendre, île sa propre volonté. C’est-à-dire, que se trouvant à la fois dans un état de santé qui la rend incapable de prendre soin du gouvernement de ce royaume, et très-malheureuse dans la gestion des affaires, étant de plus très-désireuse de voir de son vivant son tils, le jeune prince, établi à sa place, elle a commandé par un écrit de sa main de procéder au couron-