Keith, p
4. Chalmers, t. 1 , p. 364. — Cela était si vrai que l'on ne fit sommation au lieutenant laissé par Bothwell à Dunbar que lo 26 août suivant (Anderson,
5. Miss Strickland , t. VI , p. 19, d’après la correspondance de Throckmorton avec Cécil.
son enfance avait été élevée, et mal élevée. Le prélat était un de ces hommes, en trop grand nombre à cette époque de relâchement de la discipline ecclésiastique, surtout chez les pays soustraits par leur éloignement à toute surveillance efficace, qui avaient recherché dans les dignités spirituelles les terres, l'argent et l’influence attachés au titre, les ressources en un mot des grandes existences seigneuriales, avec leur cortège de licence et de vices. Trois bâtards du nom de Hepburn florissaient autour de lui. Apparemment l’arrivée inattendue de leur cousin ne leur plut pas. Toujours est-il qu’au débotter il y eut une querelle, et Bothwell en tua un. Les deux autres complotèrent avec deux espions de Cécil, Christophe et Antoine Rokesby, de venger leur frère. Les Ilokesby, en envoyant cette proposition à Throckmorton, y joignirent l’offre de tuer aussi l’évéque, qui avait passé quatre-vingts ans. Mais Throckmorton n’y donna pas suite, parce qu’il lui répugnait de frapper un vieillard, et qu’il ne voyait pas, dit-il, quel avantage la capture ou l’assassinat de Bothwell pourrait rapporter à la reine d’Angleterre1 2. Sur ces entrefaites, Bothwell mit son oncle, ses cousins et leurs gens hors de la place, où il s’installa en maître; tandis que d'autre part, à Edimbourg, un acte du Conseil privé ordonnant la saisie des revenus et la mise en jugement du prélat, le punissait de l’hospitalité forcée qu’il avait donnée à son neveu, 21 juillet’. Bientôt cependant Bothwell abandonna Spynie-Caslle et prit le chemin de son duché des Orcades , avec cinq vaisseaux légers. Il écuma la mer. Mais la trahison l’attendait à Kirkwall, cheflieu des lies. Son lieutenant Gilbert Balfour, frère de sir James Balfour et complice également de l’assassinat de Durnley, chercha sa sûreté comme sir James en passant du côté du plus fort. Il pointa ses canons sur son ancien patron;
1. Sur tous ces faits , miss Slricltlaml, t. V, p. 20 , d’après la correspondance de Throckmorton avec Cécil.
2. Anderson, t. I, p. 142. Le conseil privé n'était composé alors que des comtes de Morton, d’Athol, de Hume, des lords Sauquhairet Ruthven.
celui-ci prit le parti de s’enfoncer vers le nord et de se réfugier aux îles Shetland. Il serait revenu à Dunbar, si son autre lieutenant, Patrick Whitlaw, n’eût déclaré tenir ce château pour la reine, à qui seule il le rendrait.
Deux mois environ s’étaient alors écoulés sans que les lords, maîtres du pouvoir, eussent fait le moindre mouvement pour le punir des crimes qui retentissaient dans toutes leurs proclamations. Ils avaient annoncé pourtant que s’ils resserraient Marie Stuart à Lochleven, c’était pour se donner le loisir d’en finir avec Bothwell1 2. Enfin au moment où le comte de Murray, revenant du continent, allait prendre la régence d’Ecosse, on voulut inaugurer son gouvernement par un acte populaire. Le Conseil équipa une escadre de cinq vaisseaux, sous le commandement de William Murray, laird de Tullibardine et de Kirkaldy de Grange. Leurs instructions étaient de poursuivre Bothwell et ses fauteurs , sur terre et sur mer, avec le fer et le feu, et de tenir des cours de justice là où ils le jugeraient à propos*.
Il n’est pas difficile de comprendre que s’ils appréhendaient le coupable, leur mission était de le pendre haut et court, après un simulacre de procès. On leur adjoignit Adam, l’évêque protestant des Orcades : le même l’avait marié avec la reine; le même eût recueilli ses derniers aveux, c’est-àdire eût rédigé une confession quelconque où l’on aurait soit écrasé Marie Stuart, soit innocenté indirectement les lords en mettant le seul Bothwell et ses hommes en scène, comme on fit de juin à décembre 1567, pour les confessions des coupables secondaires.
Les cinq vaisseaux cinglèrent vers les Orcades, le 19 août 1567. Ils portaient quatre cents soldats bien armés; il n’y avait pas jusqu’à l’évêque qui n’eût revêtu un corselet à l’épreuve. Sur les indications de Gilbert Balfour, ils pri-
1. Chalmers, t. I , p. 399 , note a ; Correspondance de Cécil dans la Cabala, 128. Mémoire des lords, 20 juillet 1567, ch. précéd.
2. Lettre dn Conseil, des 10, 11 et 12 août, dans Anderson, t. 1 , p. 245 et suivantes; Keith, p. 442.
rent la route des Shetland, et bientôt ils aperçurent leur ennemi croisant avec deux vaisseaux à l’est de l’archipel. 11 se retira aussitôt dans le détroit de Bressa, parmi les courants, les roches et les tourbillons, familiers à ses équipages. Kirkaldy, monté sur la Licorne, le plus beau navire de l’Écosse, le suivit impétueusement malgré les remontrances des matelots. Tout à coup le navire toucha sur les récifs et commença d’enfoncer. A peine Kirkaldy eut-il le temps de se jeter dans une chaloupe qui fut sur-le-champ remplie de monde. L’évêque des Orcades, embarrassé par son corselet, s’était cramponné à une pointe de rocher, ün l’abandonnait sans plus d’égards, malgré ses cris suppliants, quand, d’un élan désespéré, il bondit et retomba au milieu de l'embarcation, qui faillit chavirer. Le saut de l’évéque passa en proverbe. Bothwdl gagna sans accident le port d’Unst, au nord de l’ile, où l’avaient précédé le reste de ses vaisseaux. Par malheur, ils avaient été surpris, la plupart des équipages à terre; et dégèle laird de Tullibardine, qui, plus avisé que son collègue, avait pris un chemin différent, paraissait avec quatre navires. Bothwell prit chasse vers le Danemark. Rejoint par son adversaire, il eut à soutenir un combat de trois heures, où son grand mât fut coupé; et il allait être pris, lorsqu’une rafale les sépara. Il se réfugia dans le port de Karmsund en Norwége1.
Alors commencèrent pour lui de nouvelles disgrâces. Christian Olborg, capitaine du vaisseau de guerre danois l'Ours, stationné à Karmsund, se défiant de ces étrangers qu’il trouva dépourvus de tous papiers, et de leur réponse qu’ils étaient des gentilshommes écossais allant se mettre au service du roi de Danemark ; plus étonné encore, lorsque l’un d’eux, affublé des habits usés et rapiécetés d’un maître d’équipage, déclara être le mari de la reine d’Écosse et le gouverneur
1. Miss Strickland, t. VI, p. 21-24, d'après Mark Napier, éditeur de V Histoire ecclésiastique de Spottiswood. — Mémoire de Bothtcell au roi de Danemark Frédéric II, b janvier 1568; dans Teulet , lettres de Marie Stuart, p. (80 et suivantes.
suprême de ce royaume, prit le parti de les détenir provisoirement et de les conduire à Bergen'.
Là, renvoyé par Éric Rosencrantz, commandant de la ville, devant une commission de vingt-quatre officiers et magistrats, Bothwell renouvela sa déclaration d’un ton hautain. Mais il en rabattit, quand on produisit en sa présence une noble dame de Norvège, Anna Thrundosenn, proche parente de Rosencrantz, qu’il avait épousée, pillée et abandonnée quelques années auparavant. Il la dédommagea par la cession de l’un des deux vaisseaux qu’il avait amenés d’Écosse et la promesse d’une rente viagère : après quoi, Rosencrantz le reçut au château de Bergen et le traita honorablement’.
Alors le fugitif, qui avait nié d’abord avoir aucun papier en sa possession, rédama un portefeuille fermant à plusieurs clefs et caché par lui sous le lest de l’un de ses vaisseaux. Les Norvégiens ouvrirent le portefeuille : ils en tirèrent un grand nombre de lettres en latin et en écossais, l’acte par lequel Marie Stuart l’avait créé duc héréditaire des Orcades et des Shetland, plusieurs proclamations dans lesquelles les nobles d’Écosse le dénonçaient comme traître, voleur et assassin de Darnley ; enfin une lettre de la main de la reine. — Or, qu’y avait-il dans cette lettre? — Elle s’y plaignait, dit la commission norvégienne, de son propre sort aussi bien que de celui de ses amis*. — Si Marie Stuart avait écrit à Bothwell des lettres d’amour, ces lettres dont on prétend qu’il les gardait avec un soin prudent et jaloux pour dompter l’inconstance que l’on prête à l’infortunée, n’est-il pas probable que ce portefeuille caché artistement en aurait recélé quelques-unes au moins?
Les commissaires conclurent « par les documents mêmes
1. Sur tous ces faits, voir dans Teuiet les deux mémoires de Bothwell il Frédéric II, 5 et 13 janvier 15G8; et le procès-verbal de l’inlerrogatoire subi par Bothwell à Bergen, le 23 septembre 15G7, d’après les archives de Danemark.
2. Miss Strickland, t. VI, p. 24-25, d’après le Recueil de Suhme sur l’histoire de Xortcdge.