Chalmers. t. III, p. R6-GT, note l, et p. 576, note x
justice; y céder, ce serait trahison et blasphème. Lethington, essayant de répondre, flétrit l’incompréhensible versatilité de ceux qui -naguère étaient si pleins de sollicitude pour séparer la reine de Bothwell. A ces mots, le trésorier Richardson l’interrompt et prend l’assemblée à témoin que le secrétaire vient de parler contre l’autorité du roi ; il proteste que quiconque osera le soutenir, sera réputé traître et traité comme tel. Cette apostrophe finit la discussion et l’assemblée1. Lethington s’aperçut alors combien le mal est plus aisé à faire qu’à réparer. Avec toute sa finesse, il s’était pris à ses propres filets. Quinze jours à peine s’étaient écoulés que Murray le dénonçait dans les confessions de Paris comme l'un des assassins du roi, et quinze jours après le faisait arrêter. Des circonstances particulières, suivies de la mort inattendue de son ennemi , sauvèrent seules le secrétaire pour un temps.
Croit-on, si Marie Stuart avait été coupable , qu’elle eût demandé à ceux qui l’avaient renversée d’examiner la validité de son mariage? Car elle savait bien qu’elle provoquait des enquêtes, une procédure, qui, dans de telles mains, auraient fait jaillir la lumière contre elle. Paris, le prétendu messager de ses correspondances d’amour, était encore vivant à St-André, dans les prisons du régent. Si les gens de Murray l’avaient sue coupable, comme ils le disaient mensongèrement, n’auraient-ils pas dû saisir sur-le-champ l’occasion que l’imprudente leur offrait , et lui prouver à la face de l’univers que son enlèvement avait été concerté avec Bothwell ? Au contraire, quelle est leur attitude? Ils reculent devant un débat public, de même qu’ils ont constamment refusé de se présenter avec la reine à la barre des trois états. N’est-ce pas qu’un examen légal du mariage de Marie et de Bothwell aurait mis à découvert leurs calomnies, leur boni, leur complicité avec le comte? Us ajoutèrent l’insulte au déni de jus-
t. Lesleij's Négociations , dans Anderson, t. III, p. 49-7U. — Tjtler, t. VI, p. %-97, édition de 1845. — Miss Strickland, t. Vil , p. 10-lî.
kSS CAPTIVITÉ DE BOTHWELL EN DANEMARK.
tice : « Si la reine, mère de notre souverain, dirent-ils, désire être débarrassée de Bothwell, qu’elle écrive au roi de Danemark de le faire exécuter comme meurtrier du feu roi son mari. Ce sera le divorce le plus effectif; elle sera libre ensuite de se marier avec qui elle voudra1. »
Cependant un contre-temps fâcheux leur était survenu en Danemark. Le capitaine John Clerk, qu’ils avaient chargé d’aller demander et de rapporter la tète de Bothwell, était tombé lui-même dans un péril imprévu. Les Écossais, pauvres et avides, quittaient volontiers leurs montagnes pour vendre sur le continent leur bravoure et leur fidélité peu certaine. Les événements de juin 1567 avaient trouvé John Clerk au service du Danemark, mais présent en Écosse, où Frédéric If lui avait donné mission de lever un corps de troupes dont il avait besoin dans ses guerres contre la Suède. Il avait complété ses levées avec l’autorisation de Marie Stuart et du duc des Orcades, lorsque les lords, se révoltant, l’entraînèrent non-seulement à leur amener sa troupe, mais encore à disposer en leur faveur de l’argent qu’il avait reçu'du roi de Danemark*. Bothwell dénonça ce méfait nu roi, qui ordonna d’arrêter le coupable et d’instruire son procès. En même temps, mis sans doute en défiance vis-à-vis les lords par plus d’un indice, Frédéric se relâcha de sa sévérité envers Bothwell, et le laissa libre dans l’enceinte du château de Malmoe. Grande fut l’alarme en Écosse. Le comte de Lennox, qui venait de succéder dans la régence à Murray, assassiné en janvier 1570, supplia Élisabeth de protéger le capitaine, et cette princesse adressa les sollicitations les plus pressantes à la cour de Danemark avec un brillant éloge de John Clerk. Elle demandait aussi, ou bien qu’on resserrât Bothwell, ou bien qu’on le renvoyât en Écosse : « Car, disaitelle, il n’est pas à l’honneur d’un roi que l’assassin d’un roi aille et vienne librement et sans contrainte, et vive dans
t. Miss Strickland , t. Vit, p. 11.