Goodall, Append., p
à qui elle ne jugera pas à propos de communiquer le texte original.
« Nous avons entretenu Sa Majesté la reine et son conseil des retards que M. Thomas Buchanan rencontre quant au double objet de son voyage, c’est-à-dire l’extradition de l’assassin Bothwell, afin que justice en soit faite, et la mise en liberté du capitaine John Clerk, qui subit une prison si longue et si rigoureuse. Sa Majesté est disposée à écrire, d’après le désir exprimé par Buchanan; nous l’obtiendrons, Dieu aidant, avant notre départ (pour l’Ecosse). »
Cette pièce est instructive. Elle montre ce que peuvent valoir les documents présentés par la faction comme authentiques. Pourquoi Élisabeth ne leur déféra-t-elle pas le serment? Avec quelle allègre assurance n’auraient-ils pas juré l'intégrité sans tache de leur copie, absolument comme celle des lettres à Bothwell ?
Morton et ses deux acolytes poursuivaient alors près d’Élisabeth une mission profondément cachée et redoutable. Lennox, dont les haines ne se contentaient pas à demi, réclamait simultanément la personne de Bothwell en Danemark et celle de .Marie Stuart en Angleterre. Officiellement il s’agissait de négocier sous l’aile d’Élisabeth un accommodement avec la reine captive ; en réalité, de reprendre après le comte de Murray le plan interrompu par la mort de celui-ci, et consistant à obtenir l’extradition de Marie Stuart pour l’exécuter à mort dès qu’elle aurait posé le pied en Écosse. C’est du moins ce qui résulte des instructions que Cécil donna l’année suivante (10 septembre 1572) à Henri Killigrew, dépêché près du troisième régent, le comte de Mar, en continuation de cette diabolique intrigue. Cécil lui recommandait de s’arranger dé façon que l’offre de faire mourir Marie vînt des Écossais, et non pas de la reine d'Angleterre. Cela sans doute ne serait pas difficile, attendu qu'à plusieurs reprises déjà, sous les régents précédents, ils avaient fait des propositions de cette nature. S’ils y revenaient, il était autorisé à s’y prêter, mais en exigeant l’assurance la plus solennelle qu’elle serait mise à
mort sans manquer, et que désormais l'Angleterre ni l’Écosse n’auraient plus rien à craindre d’elle1 2.... Les uns et les autres, toutefois, malgré leur soif de meurtre, n’osèrent - pas en venir à la consommation.
En Danemark, Frédéric II, après le froid accueil qui avait jeté l’alarme chez les anciens complices de Bothwell, répliqua le 9 mars 1571 1 que le comte s’était constamment déclaré innocent, qu’il avait été absous par les pouvoirs réguliers d’Écosse, qu’il avait offert le combat judiciaire, qu’il se disait prêt à soutenir de nouveau l’une et l’autre épreuve, pourvu qu’on lui garantit l’impartialité; qu'enlin, en dehors du capitaine John Clerk, justement suspect , personne n’était intervenu dans la poursuite contre lui. Le roi exprimait le regret que Thomas Buchanan n’eût pas été muni de pleins pouvoirs pour intenter l’action devant le tribunal danois. (Cette suggestion de Frédéric n’avait rien d’excessif, puisque le gouvernement d’Écosse l’avait le premier prié d'intervenir parle bras du bourreau ; mais les lords n’avaient nul désir d’affronter le grand jour devant une justice cherchant la vérité.)
Cependant le prince ne rejetait pas l’idée d’une extradition, mais il mettait comme conditions : 1° qu’il serait procédé contre l’accusé en toute équité; 2° que cet acte de condescendance ne serait interprété dans aucun cas contre l’indépendance de la couronne de Danemark; 3° que l’Angleterre userait de réciprocité envers lui, le cas échéant. En attendant, il promettait de garder le prisonnier de trèsprès; et si les deux gouvernements étaient disposés à donner les trois garanties, on s’entendrait aisément sur l’époque et la forme du procès que Botlnvell aurait à subir en Écosse. Frédéric demandait une réponse formelle pour le 24 août suivant. Quant à John Clerk, le roi se prononçait fermement ; accusé de concussion, il avait été condamné à la prison par les capitaines écossais et allemands ; et il ne serait pas mis