‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 229 sur 257 · I. Lingaril · texte numérisé non relu

I. Lingaril

maison de Lorraine; troisièmement, parce qu’avec toute sa finesse, la reine-mère donna dans les panneaux de la reine d’Angleterre qui , par un faux semblant de vouloir épouser le duc d'Anjou, fils chéri de la veuve d’Henri II, prolongea tout le temps nécessaire les décevants pourparlers; quatrièmement, parce qu’après la paix de Saint- Germainen-Laye (1570), qui termina la troisième guerre de religion en France , le roi entra momentanément dans la politique protestante, et, sous l’inspiration de l’amiral de Coligny, médita d’enlever les Pays-Bas au roi d’Espagne. Cette politique le conduisit à un traité d’alliance avec Élisabeth.

Marie Stuart fut donc obligée de s’adresser aux chefs ardents du parti catholique, le pape et Philippe II. Tel fut le motif de la mission dont, vers la fin de mars 1571, elle chargea, près d’eux, Ridolfi, riche banquier florentin. Elle demandait le débarquement de troupes espagnoles en Angleterre. Norfolk les réunirait à ses vassaux, la délivrerait de sa prison et, après l’avoir rétablie sur son trône, lui permettrait de restaurer à son tour la religion catholique. Il entrait aussi dans les institutions de Ilidolfi de solliciter en cour de Rome la dissolution del’union de Marie avec Bothwell : « Vous déclarerez à Sa Sainteté notre grande douleur quand nous fûmes arrêtée prisonnière par l’un de nos sujets le comte de Bothwell, emmenée prisonnière avec le comte d’Huntly, notre chancelier, et lord Lethington, notre secrétaire, tous ensemble au chûteau de Dunbar, ensuite au château d’Edimbourg, où nous fûmes retenue, contre notre volonté, entre les mains dudit comte jusqu'à ce qu’il eût procuré un prétendu divorce entre lui et la sœur d’Huntly, sa femme, notre proche parente, et nous fûmes contrainte de lui donner notre consentement contre notre gré. C’est pourquoi nous supplions Sa Sainteté de prendre là-dessus telle mesure propre à nous délivrer de celte indignité, soit par la voie d’un procès à Rome, soit par commission expédiée en Écosse aux évêques et autres juges catholiques, selon que Sa Sainteté trouvera bon, d’après le mémoire détaillé qu’elle recevra de l’évêque de

Ross.' » M. Mignet remarque ici que la passion de Marie pour Bothwell était calmée*. Il oublie qu’au moment même de ce funeste mariage, dans ses instructions à l’évêque de Dumblane, elleavait parlé du mêmestylecontrelaviolenceexercéesurelle, et que l’on n’a pas découvert en faveur de sa passion pour Bothwell, d’autres preuves que celles que ses ennemis ont forgées.

Mais ces vastes combinaisons n’élaient guère que des rêves de captifs. L’arrestation d’un agent de l’évêque de Ross, et les aveux que la torture lui arracha (I,r mai 1571), mirent le gouvernement anglais en éveil . Sur ces entrefaites, les gens du comte de Lennox, surprirent en Écosse le château de Dunbarton (2 avril); et maîtres des papiers comme de la personne de l’archevêque de Saint-André qu’ils mirent à mort, ils s’emparèrent de documents précieux sur la correspondance do Marie avec l’Espagne. Quelques mois après (fin d’août) l’infidélité d’un agent livra le secret tout entier à Gécil. Le duc de Norfolk fut enfermé à la Tour le 7 septembre et l’on commença le procès qui le conduisit à l’échafaud l’année suivante. L’évêque de Ross, mis en garde chez l’évêque d’Ély, dès le mois de mai, fut transféré à la Tour (24 octobre 1571). Bientôt (14 novembre) le Conseil privé d’Élisabeth déclara à l’ambassadeur de France, que la reine d’Angleterre avait acquis la conviction qu’elle ne pourrait pas vivre une seule heure tranquille, si Marie Stuart était rétablie sur le trône d'Écosse, et qu’en conséquence elle avait pris la résolution de ne jamais lui rendre la liberté*. C’était l’époque où la captive emprisonnée plus étroitement que jamais,la mortdevantles yeux, demanda un prêtre pours’approcher des sacrements; on ne rougit pas de lui envoyer en guise d’unique consolation, un exemplaire de l’abominable pamphlet de la IhUclio qui venait de paraître*, dédié à Élisabeth.

1. Instruction à Ridolfi, à Sheffield, mars 1571 , Laban. t. III , p. 231-3.

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