Laban. t. III , p
4. Lettre de Marie Stuart d la Mothe-Finelon, Sheffield, 22 novembre 1571, Laban. t. IV, p. 4-5.
C'est ainsi que l’année 1571 fut cruellement décisive, comme nous le disions, pour Marie Stuart en Angleterre.
Cette même année s’était ouverte en Écosse par la catastrophe de Dunbarton, qui parut d’abord devoir ruiner sans ressource le parti qui la soutenait dans son ancien royaume. Il ne comptait plus alors de chefs que le comte d’Huntly, Lethington et Kirkaldy de Grange, retranchés dans le château d’Edimbourg. Auteurs principaux des malheurs et du renversement de leur reine, Lethington et Kirkaldy s’efforçaient maintenant de réparer leurs fautes passées à force de constance et de fidélité ; et attachés invinciblement à ce dernier abri, de sauver les restes d’un grand naufrage. « Il me semble, disait Marie en parlant du château , que c’est ung navire qui flotte à la miséricorde de fortune, et tout le refuge des myens en dépend*. » Après la prise de Dunbarton, Lennox qui occupait le port de Leith, avait tenu un parlement à la Canongate faubourg de la capitale, et frappé de forfaiture, Huntly, Lethington, Kirkaldy et d’autres (14 mai 1571). Mais bientôt les amis de la reine se réunirent; leur parlement annula l’abdication de Marie et rétorqua les sentences de forfaiture contre leurs adversaires. La désunion se glissait chez ces derniers. Lennox s’était fait haïr des siens , tellement qu’à l’exception de trois des moindres , ils écrivirent à Élisabeth qu’ils voulaient se séparer de lui; déjà l’un de ces bonds si familiers à la noblesse écossaise venait d’être dressé contre lui. Yérac, envoyé français qui mandait ces nouvelles à la Mothe-Pénelon le 20 août 1571, ajoutait qu’il y avait grande apparence que si le roi (Charles IX) envoyait « les moindres forces du monde en ce pays, » il réduirait tout à sa volonté, et qu’avec de l’argent il gagnerait les plus secrets serviteurs des lords; « pour un écu, ils trahiraient leur père’. »
1. Lettre à V archevêque de Glasgow , Sheffield , 12 juin 1571 , Laban. t. III, p. 291.
2. Lettre de M. de Vérac, Saint- André, 20 août 1571, dans Teulel, Hela-
Ainsi Ja situation de Marie Stuart, pendant l’été de 1571, était loin d’être aussi compromise en Écosse qu’en Angleterre. Mais le danger des deux côtés, était très-grand.
A présent, qu’on se figure le comte de Bothwell, livré par le roi de Danemark, tombant tout à coup au milieu de ces affaires enchevêtrées déjà de tant de périls. N’est-il pas de toute évidence que la justice ne sera exercée régulièrement dans aucun des deux royaumes? Élisabeth tient l’évêque de Ross en prison ; elle agite avec Lennox des projets de meurtre contre Marie, projets qu’elle a déjà mis en délibération du temps de Murray, qu’elle reprendra bientôt avec le comte de Mar, dès qu’il aura succédé à Lennox dans la régence; elle épie les rapports de sa prisonnière avec Norfolk, le pape et l’Espagne; elle prépare l’impression de la Detectio, qui doit achever sa victime dans l’opinion du monde. Lennox, de son côté, vient de faire mourir l’archevêque de Saint- André pris à Dunbarton, sous prétexte de complicité dans l'assassinat de Darnley. Mais il est tenu encore en échec par Lethington. Quel coup de fortune que d’avoir à sa discrétion Bothwell, que d’arracher des aveux vrais ou dénaturés pour établir la culpabilité de Lethington, discréditer le parti de Marie en Écosse, couper l’arbre au pied; pendant que la captive d’Angleterre privée de tout moyen de défense, ses amis sous les verrous, submergée sous le déshonneur officiel, n’aura plus qu’à subir comme une éclatante et juste réparation, la mort que jusque-là on n’a tramée contre elle que par des voies obliques, honteuses d'elles-mêmes.
Voilà ce que sentirent les amis de Marie Stuart quand ils jetèrent le cri d’alarme, quand ils supplièrent le roi de France d’étendre son bras et d’empêcher Frédéric II de livrer Bothwell. Encore une fois, la crainte de la discussion publique n’a rien à faire ici.
Dès lors toute négociation sur ce point fut abandonnée. On
lions politiques de la France et de. l'Espagne avec l’Ecosse au xvr siècle, t. II, p. 421-2. — Lennox fut tué peu après, le 3 septembre. 4 Stirling, dans une surprise de la ville par un parti d'ennemis.
laissa Bothwell continuer sa vie tranquillement et point trop malheureux pendant plusieurs années, au château de Malmoe. Le roi de Danemark en effet, rempli de justes suspicions à l'endroit des accusateurs de l’exilé, sans se dessaisir toutefois de sa personne, ordonna de l’entretenir convenablement. Bothwell mena dans l’enceinte du château une vie voluptueuse et bruyante; il s’amusait au tir et à d'autres jeux. De riches vêtements de velours dont Frédéric II faisait les frais, lui laissaient les allures d’un brillant seigneur. John Clerk, son compagnon de prison , réconcilié avec lui, à cela près qu’il l’espionnait encore, quoique sans résultats, pour le compte de l’Angleterre, avait pris le parti de noyer inimitié et soucis dans le vin. Jour et nuit, ils s’enivraient de compagnie1 2 3. L’orgie les usa rapidement; et on annonça en Écosse, au mois de juillet 1575, qu’ils étaient morts l’un et l’autre. La nouvelle n’était vraie que de Clerk. Bothwell survivait, atteint d’hydropisie. L’automne suivant ou peut-être au printemps de 1576*, il fut si malade, que se croyant à son heure dernière, il déchargea sa conscience du secret qui l’oppressait.
L’évêque de Scone (Scanie), quatre seigneurs, Berin Gowes du château de Malmoe, Otto Braw d'Offenbrocht, Paris Draw de Yescut, Gullunstarne de Fulcenstrie, et les quatre baillis de la ville, reçurent les solennels aveux du prisonnier. Il déclara sous la foi du serment*, que la reine n’avait jamais eu connaissance du complot contre la vie du roi, qu’elle n’y avait pas consenti ; que le crime avait été commis par lui et ses amis, d’après les ordres qu'il leur donna, avec le consen-
1. Miss Strickland, t. VII, p. 246-7, d’après les documents communiqués & M. Howard de Corby, membre de la société de l'histoire d’Angleterre, par C. C. Rafn, secrétaire de la société royale des Antiquaires du nord, à Copenhague, et les recherches du professeur danois, M. Worsae.
2. Tculet, Lettre de Marie Stuart, p. 240, note:, indique l’automne de 1575, d'après une dépêche de Danzay (24 novembre 1575); miss Strickland, le printemps de 1576, t. VII, p. 247, d’après les dernières recherches faites eu Danemark. Ceci, du reste, importe peu; nous verrons tout à l’heure que Bothwell mourut plus tard.