Teulet, p
latà mort en 1571 sous ce prétexte; mais nous savons aussi que pas une des dépositions des coupables exécutés de 1568 à 1569, dépositions remaniées pourtant par Morton et Murray, ne l’incrimine. Il ne devint l’un des assassins qu'à partir du temps où Lennox, régent, réva la ruine des Hamiltons.
On s’étonnera peut-être que nous parlions d’interpolations de détail dans des documents où les faussaires auraient laissé subsister la déclaration de l’innocence de Marie Stuart, déclaration qui domine tout. C’est que si l’on crut pouvoir se permettre des altérations secondaires dans de simples extraits, il ne pouvait pas en être de même du fait capital. Comme la déclaration première émanait d’une source étrangère et indépendante, la chancellerie danoise , il était impossible de pousser la témérité jusqu’à s’exposer à une vérification et un démenti qui eussent détruit en un instant l’échafaudage élevé contre Marie Stuart. Il fallut donc se contenter d’en ronger ou d’en empoisonner quelque partie, surtout de l’anéantir par le silence et le secret.
Le secret néanmoins ne fut pas si bien gardé, qu’il n’en transpirât quelque chose jusqu’à Marie Stuart. Dans une lettre datée de Sheflield, 21 mai et 1" juin 1576, elle dit à l’archevêque de Glasgow : « on m’a donné advis de la mort du conte de Bothwell, et que, avant son décez, il fist une ample confession de ses fautes, et se déclara autheur et coupable de l’assassinat du feu Roy mon mary, dont il me descharges bien expressément, jurant sur la damnation de son âme pour mon innocence ; et d’autant que s’il estoit ainsi, ce tesmoignage m’importeroit de beaucoup contre les faulses calomnies de mes ennemys, je vous prie d’en rechercher la vérité par quelque moyen que ce soit. Ceulx qui assistèrent à ladite déclaration, depuis par eulx signée et sellée, en forme de testament, sont.... (suivent les noms que nous avons donnés plus haut). « Si de Monccaulx , qui a aultre foys négotié en ce pays là, y vouldroit faire un voyage pour s’en enquérir plus particulièrement, et en rapporter les attestations, je serais bien aise de l’y employer, et luy
faire donner de l'argent pour son voyage. — A Sheffield, le 1" de juing »
Est-ce là cette femme qui fuyait, nous dit-on, la discussion publique ? Aussitôt que la nouvelle est parvenue jusqu’à sa prison, elle se lève intrépidement; elle demande qu’on recherche la vérité par « quelque moyen que ce soit. » Tout appauvrie qu elle est, elle trouvera l’argent nécessaire pour qu’on aille vérifier sur les lieux mêmes. Ici, elle ne craint pas plus la manifestation des choses, qu’en 1569, lorsqu’elle s’en remettait à l’assemblée de Perth et à l'église presbytérienne, du soin d’examiner la validité de son mariage avec Bothwell. Celle qui parle et agit ainsi, ne craint rien dans le passé.
Le 30 juillet de la môme année, l’archevêque de Glasgow • répondait de France à Marie Stuart ; « il y a desja longtemps que nous avons entendu les nouvelles de la mort du comte de Bothuel et des ce temps la Reine mère a escrit (ainsi que M. de Lansac m’assure) à l’ambassadeur du Roy en Danemarcq, pour envoyer le testament en forme : Ce qu’il n’a encore fait. Je trouverais bon d’y envoyer de Monceaux, qui entreprendroit volontiers le voiage : mais voyez le peu de puissance que j’ay de luy délivrer de l’argent*. » En effet le douaire de Marie en France était fort mal régi, par abandon ou pilleries des agents, avidité des Guises convoitant les terres à leur convenance, égoïsme vaniteux du cardinal de Lorraine qui prélevait des fonds pour répandre des libéralités dans sa petite cour, sans s’inquiéter de la détresse qu’il rendait plus poignante à sa nièce*.
Le malheur qui ne se lassait pas de poursuivre l’infortunée, voulut encore que ce Monceaux ne fût pas un honnête homme. Quand il tint les cinq cents livres nécessaires pour son voyage, il dit qu’elles lui étaient dues pour d’autres dépenses antérieures, et ne bougea pas.