‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 236 sur 257 · Page 241, note · texte numérisé non relu

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Bothwell sur les moyens surnaturels qu’il aurait employés pour séduire la reine. — Ces deux arguments ne nous touchent pas. Quant au premier, l’événement se passe au cœur du pays où brilla si longtemps la Ligue hanséatique. Lequel des rois du Nord n’avait pas baissé la tête devant cette association de marchands? Lubeck et ses négociants, ses associés, ses comptoirs, n’avaient-ils pas été, des siècles durant, les arbitres de la Baltique? Alors, quoi d’impossible qu’un riche marchand de Malmoe ait tiguré avec les nobles autour du lit de Bothwell? Peut-être était-ce l’un des quatre baillis de la ville. Quant à la sorcellerie, il est très-certain assurément, qu’elle ne put être pour rien dans le succès que Bothwell aurait obtenu près de Marie Stuart. Mais autre chose est la vérité foncière ; autre chose, l’opinion qu’on s’en fait. Au xvi* siècle, presque tout le monde croyait à la sorcellerie, en Écosse et en Angleterre, comme sur le continent. Bothwell était réputé pour avoir passé son temps aux écoles à étudier la nécromancie et la magie'. N’avonsnous pas entendu Thomas Buchanan déplorer les maléfices au moyen desquels il aurait subjugué la plus accomplie des reines? 11 se peut donc que cet homme, que n’arrêtait aucun scrupule dans la poursuite de ses visées ambitieuses, ait eu recours aussi aux arts infernaux, et leur ait attribué de bonne foi une partie de son éphémère succès. Ainsi nous pensons, malgré l’autorité de M. Teulet, malgré certaines interpolations palpables, que ces deux extraits ont été pris d’après un original authentique. Sans cela d'ailleurs, Élisabeth et Morton, qui avaient tant d’intérêt à maintenir intacte leur thèse de la culpabilité de Marie Stuart , se seraient-ils renfermés dans une réserve si prudente ?

Nous devrions peut-être nous en tenir là sur cet article ; mais épuisons la matière. Aussi bien, nous n’avons pas promis au lecteur de n’étre point fastidieux.

1. Cliéruel, Marie Stuart et Catherine de Védicis, p. 50, note i, d’après <a correspondance de la Motlie-Fénelon.

Miss Agnès Strickland, dont nous avons- mis tant de fois les inappréciables recherches à contribution, indique parmi les manuscrits delà bibliolhèque Harléienne, une biographie latine de Marie Stuart, par un savant hongrois du xvi' siècle, Michel Entzinger1. Cet historien^ étranger aux passions des partis qui déchiraient l'Europe occidentale, rapporte que « le sage et juste Frédéric II, de Daneftrtsck, résolut de visiter et d'interroger lui-méme son important prisonnier ; que dans une entrevue avec lui il l’adjura solennellement de lui déclarer la vérité, par un clair et franc aveu, si la reine d’Écosse était coupable ou innocente de la mort de son époux. Alors Bothwell, après avoir imploré à haute voix la miséricorde de Dieu en témoignage de sa sincérité, déclara que la reine était innocente de toute connaissance ou information préalable de la mort de son mari. Le roi de Danemark lui ayant demandé de nommer les assassins, il répondit : « Le bâtard (Murray) commença, Morton disposa, et moi je tissai la toile de ce meurtre. *

Miss Strickland rapproche ces mots de la citation suivante qu’Hamilton fit de -mémoire dans ses observations sur Buchanan, après avoir vu l’acte authentique de la confession de Bothwell : * Bothwell déclara que la reine n’avait jamais «consenti à la mort du roi, et qu’elle n’en était pas complice, aussi vrai qu’il aurait à en répondre devant Dieu. Sur la question du roi de Danemark, quels étaient donc les auteurs ? il répondit : « Murray le bâtard fut le premier inventeur ; Morton arrangea le complot, et moi, je l'exécutai*. »

Selon le récit accrédité jusqu’à nos jours, après avoir confessé son crime et innocenté Marie Stuart devant l’assistance qui recueillit ses paroles , le comte expira Des découvertes récentes ont constaté qu’il survécut deux ans. Fré-

1. llariæ SUartæ, Reg* Scol‘ Hisioria tragica per Micliaelem Entzingerum. — Miss Strickland, t. VU, p. 249-250.

2. Miss Strickland ne croit pas qu'Hamilton ait eu connaissance du nÿtnuscrit d’Rntzinger, auquel la précision de cette réponse fait penser.

a. Un varie entre 1515 et 1516.

déric II édifié enfin sur cette sinistre histoire, le fit transporter secrètement de Malmoe au château de Dragsholm (aujourd’hui Adelersborg), sur la côte septentrionale de l’tle de Seeland. C’est là, dans un donjon oii sa chambre n’avait, dit-on, d’autre ouverture qu’une étroite fenêtre par laquelle on lui passait ses aliments, qu’il mourut le 14 avril 1578. On l’ensevelit dans la petite église du village de Faurevelle. Un simple cercueil de chêne, sans pierre, ni inscription reçut ses restes; et il ne subsista pas d’autre témoignage de cette dernière période de son existence et de sa fin, que la mention au registre paroissial du jour de ces obscures funérailles. La tradition populaire qu’il serait tombé en démence vers les derniers temps de sa vie, est dénuée de fondement1.

Pourquoi Frédéric II, après la confession de Malmoe, supposa-t-il la mort de Bothwell? Sans doute, afin de mettre un terme définitif aux longs ennuis, que lui avaient causés les réclamations des régents d’Ecosse et de la reine d’Angleterre.

Peut-être, si elles s’étaient renouvelées, se serait-il cru, le doute n’étant plus permis, dans l’obligation d’y déférer. Mais alors renaissaient ses légitimes inquiétudes sur l’abus qu’on pouvait faire de la personne du comte au détriment de Marie Stuyt, abus qu’il avait voulu et su prévenir avec autant de discernement que de fermeté; tandis qu’en donnant le prisonnier pour mort et en envoyant sa déclaration en Angleterre, il pensait s’acquitter envers la justice : car à la fois il dénonçait le coupable et il sauvegardait l’innocent.

L’innocent! telle était l’opinion qui prévalait alors chez ceux qui avaient vu de près les tragiques événements des quatorze dernières années. Les uns le savaient dès l’origine et mieux que personne, puisque c’étaient eux, les lords

d’Ëcosse, Cécil, Élisabeth, qui avaient ourdi la trame, tendu

i. Voy. sur ces faits intéressants mis» Strickland, t. VU, p. 249-252, d’après les savants danois , Worsae et Tborn Gudm Repp , de Copenhague. — Un fragment du xvt' siècle -sur la rie de la reine Marie , attribué à lord Herries.

les filets, donné la mort. D’autres, trompés d’abord, ouvrirent les yeux peu-à-peu et connurent enfin la vérité; telle fut la comtesse de Lennox, la mère de Darnley. Peut-être ici allons-nous sortir des limites rigoureuses de notre sujet. Mais nous ne résistons pas au désir d’ajouter en épilogue une preuve décisive en faveur de Marie Stuart, et de montrer la mère du prince assassiné, ouvrant ses bras et restituant de toute son âme le nom de fille, à la veuve qu'elle a méconnue et poursuivie.

Après le meurtre de son fils, lady Lennox, transportée de désespoir, avait accepté de bonne foi les accusations de son mari contre leur bru. Avec lui, elle demanda justice et vengeance à Elisabeth, lorsque le cours implacable des événements eut livré la reine d’Écosse à la discrétion de la reine d’Angleterre1 2. Marie, quoiqu’elle ressentît amèrement l’erreur de sa belle-mère, se renferma dans le silence et n’en sortit qu’en 1570, en apprenant que les lords songeaient à envoyer son fils en Angleterre. « Madame, lui écrivit-elle (Chatsworth, 10 juillet 1570), si les mauvais et faux rapports d’ennemis, bien connus pour traîtres envers vous’, et à qui, hélas ! je me suis trop liée par votre conseil, ne vous avaient pas prévenue à tel point contre mon innocence, et, je dois le dire, contre tout sentiment de bienveillance, que nonseulement vous m’avez condamnée injustement, mais tellement haïe, que vos paroles et vos actions ont témoigné à la face du monde une inimitié déclarée contre votre propre sang, je n’aurais pas laissé passer tant de temps sans m’acquitter de mon devoir de vous écrire, pour me justifier des calomnies répandues contre moi. Mais espérant avec le temps et la grâce de Dieu voir mon innocence reconnue de vous, comme j’ai la confiance qu’elle l’est déjà de toutes les personnes impartiales, je pensai qu’il valait mieux ne pas vous importuner et j’attendis jusqu’à ce jour une circon-

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