‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 25 sur 257 · Misa Slrickland, t. V, p. 252, nute 1 ; p · texte numérisé non relu

Misa Slrickland, t. V, p. 252, nute 1 ; p

58 COMMENCEMENTS DE BOTHWELL

faite en dehors d’elle. Marie ne s’était pas trompée lorsque, dès les premiers moments de son retour en Écosse, elle avait comparé sa royauté à un supplice. En présence d’une noblesse effrénée qui fait penser aux Francs des temps mérovingiens, d’une secte frénétique à force de fanatisme , délaissée de la France, exposée aux intrigues puissantes et perfidement calculées d’Élisabeth, la jeune princesse, si belle etsi confiante, ressemble à la victime parée pour le sacrifice.

ASSASSINAT DE R1CCIO.

Voici l’époque critique dans l’histoire du comte de Bothwell et de Marie Stuart, c’est-à-dire le temps où l’on place le commencement de leurs amours. Mais avant d’engager la question au fond , une question préjudicielle de grande importance se présente. Les accusations portées contre Marie ont-elles été la conséquence naturelle d’habitudes ou d’actions de sa part, au moins imprudentes et suspectes, qui môme sans aller jusqu’au crime auraient autorisé des jugements sévères chez ceux qui en étaient témoins? ou bien procédèrent-elles d’un parti pris chez ses ennemis de tout dénaturer, tout diffamer? Et s’il en est ainsi, à quelle époque et pour quel motif commença le système de diffamation?

Les correspondances officielles mettent aujourd'hui l’histoire en mesure de fixer ce point, si propre à éclairer la suite des faits. Lorsqu’on accuse Marie Stuart, la raison déterminante n’est pas quelque faute grave, un scandale de mœurs comme elle en avait tant vu à la cour corrompue d’Henri II, et où elle se serait laissé entraîner dans une heure de faiblesse: c’est son mariage avec Darnley, c’est-à-dire une dé-

convenue politique d’Élisabeth, quiavail misen avant l’étrange candidature du comte de Leicester, son favori, et qui, en réalité, ne voulait pas que la reine d’Ecosse se mariât ; déconvenue deRandolph, qui avait fait de ce personnage l’objet de ses soins les plus chaleureux; déconvenue de Murray, qui prétendait confiner sa sœur dans le veuvage pour le plus grand bien du pur Évangile, si nous voulions l’en croire, en fait pour se perpétuer au pouvoir. Uandolph, Murray, voilà les hommes qui les premiers, et dès ce moment, mirent en œuvre le système de diffamation contre Marie Stuart. Ils amassèrent alors sur elle cette atmosphère de calomnies, où elle marche encore tout obscurcie et dérobée à la vérité.

Rien de plus frappant ni de plus instructif que le contraste dans le langage qu’on tient sur Marie, avant et après son mariage. Précédemment on n’avait pu s’empêcher de lui rendre justice. Un de ceux qui avaient accueilli son retour en Écosse par la trahison la plus gratuite, Maitland de Lelhington, disait dans une lettre à Cecil, à propos du comte d’Huntly, tombé victime en 1562, non pas de sa révolte prétendue, mais des intrigues du lord James : « Je m’afflige que le sol de ma patrie produise des sujets aussi dénaturés que le comte d’Huntly s’est montré en dernier lieu à l’égard de sa souveraine, une princesse si aimable, si douce, et dont la conduite envers tous ses sujets a toujours clé telle, que ce serait merveille qu’il se trouvât quelqu'un d'assez méchant pour lui vouloir le moindre mal '. »

De 1562 à 1565, elle n’avait pas démérité. Randolph, l’œil attaché sur elle, comme le faucon sur la proie, est obligé de louer près de son gouvernement celle qu’il a fonction de perdre. En vain il capte les bonnes grâces de Marie Reton, l’une des quatre Maries que la reine admettait dans son intérieur le plus familier : il n’apprend rien dont sa plume acérée puisse faire hommage à la malignité d’Élisabeth*.

1. Lettre du 14 novembre 1562: Keith: p. 232; Chatmcrs, 111. p. 544-5.

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