‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 26 sur 257 · Miss Strickland, IV, p · texte numérisé non relu

Miss Strickland, IV, p

ASSASSINAT DE RICCIO

Mais lui-même, tout irrité qu’il soit de son échec, va rendre témoignage en faveur de celle qu'il veut décrier. Le 21 mai 1565, six jours après que Marie a déclaré aux nobles d’Écosse sa résolution d’épouser Darnley, il écrit à Cecil : « Je ne sais que dire de la triste et déplorable situation de cette pauvre reine. Elle que je regardais comme si digne, si sage, si honorable dans toutes ses actions, la voir aujourd’hui si changée par cet amour pour Darnley » Supposons qu’elle eût préféré Leicester, elle fût restée parfaitement digne et sage, etc....

Marie a persisté dans son choix ; elle se met vivement en défense contre son frère, alors rebelle, et contre le gouvernement anglais, fauteur de la rébellion. Indignation naïve et amusante de l’ambassadeur. Le 19 juillet, dix jours avant la célébration du mariage, il s’écrie : « Je dois vous dire franchement que la reine s’est tellement départie de celte majesté que j'avais vue dans sa personne, de celte modestie que j’admirais en elle, qu’elle n’est plus comptée par ses sujets comme la femme qu’elle était auparavant2. » Toutefois, n’en déplaise au diplomate courroucé, les sujets trouvaient leur reine si peu différente d’elle-même, qu'ils la soutinrent en masse contre l’insurrection.

L’insurrection vaincue et Murray rejeté en Angleterre, on commença de distiller la calomnie. Le jour même où l’on apprenait à Edimbourg la fuite définitive du comte, Randolph écrivit à Cecil (13 octobre 1565) : « La haine conçue ici contre milord de Murray ne provient ni de sa religion, ni, comme la reine le prétend maintenant et me le dit naguère, de ce qu’il voudrait lui ravir sa couronne, mais de ce qu’elle sait qu’il connaît certaines choses secrètes que le respect empêche de nommer, et qui ne sont pas à son honnçur à elle; choses qu’il déteste si fort, étant son frère, que ni lui ne peut plus

1. Documents sur l’histoire moderne , 1" partie, Élisabeth ; Marie Stuart , par Frédéric de Raumer, Leipzig, 1836. ( Beilratje sur neueren Geschiclite qui dem Oritischen Muséum und Reichsarchire , ersler theil.)

?. Keith , p. 301 ; miss Strickl., IV, p. 161 ; Randolph à Cecil, fidimb.

être ce qu’il a été, ni elle ne peut plus avoir pour lui d’autres sentiments que ceux d'une haine mortelle. Voilà le malheur — voilà la blessure. — Quel moyen de guérison et de réparation ? C'est là ce qui, selon moi, dépasse les forces de l’esprit. Il a tant de respect pour sa souveraine en toutes choses, qu’assurément bien peu d’hommes sont instruits de cette douleur, et afin d’écarter d’elle le blâme et l’opprobre, aujourd’hui publics, il abandonnerait, je crois, ce pays pour tout le reste de ses jours1 2. » Quel est donc le secret qui confond l’honnête correspondant, secret que milord de Murray a confié à si peu de monde, et qui pourtant est dans toutes les bouches, puisque le blâme est général? Si le fait est déjà public en Écosse, pourquoi ces demi-mots? Pourquoi l'ambassadeur, au lieu d’instruire son gouvernement par dos indications précises et catégoriques, lui donne-t-il une énigme à deviner? Pourquoi aussi les autres documents de l’époque sont-ils muets à cet égard? Nous sommes obligés de descendre jusqu’en 1836, à M. Frédéric de Ilaumer qui, prenant toutes ces dépêches au pied de la lettre, conjecture qu’il doit être question de certaines habitudes de mœurs regardées, dit-il, comme licites chez les Séleucides et les Lagides, et que l’on a imputées aux Valois*. 11 ne va pas plus loin ; mais soyons plus hardi et tranchons le mot : ces mœurs d’Antioche et d’Alexandrie, c’est l’amour incestueux du frère et de la sœur.

Il faudrait, pour motiver une accusation si monstrueuse et concordantsi peu avec l’attachement de Marie pour Darnley, autre chose que des paroles vagues débitées en style sibyllin. Il faudrait aussi d'autres garants que Handolph et Murray. Le premier est un ennemi connu; le second, dépeint comme si respectueux envers sa souveraine, au point que, pour purger sa bonne renommée de telles ombres, il se condamnerait volon-

1. Miss Stricts 1. , IV, p. 2lâ-5; Frédéric de Kaumer, p. 91 et suiv. : « And to hâve tbis obloquy and reproach of her removed thaï is note common , I believe he would quit bis country ail the days of his life. »

Page 1