Cité plus liant; voy. p. 93 du volume de M. de Kaumer
ASSASSINAT DE RICCIO
tiers à un exil perpétuel, n'a pas fait autre chose que de bâtir complots sur complots, résolu à tout prix de la renverser et de prendre sa place. Méditant contre sa sœur l’agression la moins motivée, il prend la précaution de la calomnier près des Anglais et d’armer contre elle la pudeur fardée d’Élisabeth. S’il y avait ici le moindre fondement, comment les lords n’en auraient-ils pas argué deux ans plus tard, lorsque, ayant à motiver la déposition de la reine, ils ne craignirent pas de l’accuser d’avoir machiné la mort de son propre fils ? Et Buchanan, qui a entassé tant de calomnies, sans reculer jamais devant l’excès de l’exagération, comment a-t-il fait grâce à cette grande coupable de la plus révoltante de ses aberrations? Cela suffit sur ce chef qui ne s’est jamais affirmé, qui jamais n’a pris un corps. Mais l’examen en est instructif, parce qu’il manifeste la tactique des ennemis de Marie Stuart.
Cependant Randolph, naguère avocat si pressant de la candidature du comte de Leicester et prôneur des perfections de la reine d’Ecosse, dont il vient de se faire subitement le détracteur passionné, sent qu’il doit s’expliquer avec le comte sur cette palinodie. Il s’en acquitte le 18 octobre 1565, cinq jours après la dépêche précédente '. Il déclare « qu’elle n’est plus cette Marie Stuart qu’il a scrutée (scrutinised) pendant quatre ans presque jour par jour, et décrite comme une créature dont les perfections passaient la croyance de qui ne l’avait pas vue. Mais , ajoute-t-il, c’était le temps où il s’imaginait qu’elle allait épouser son noble patron, et tout le changement qu’il déplore en elle est l’etlet de l’infatuation, depuis qu’elle est devenue la femme de Darnley. — Tant que j'ai vu Votre Seigneurie en crédit à cette cour, ce n’était pas un faible plaisir pour moi que de vous informer de temps en temps de la situation. Quelquefois je vous entretenais de la reine, quelquefois des dames et des jeunes filles. Alors je me sentais heureux, et je jouissais de la vie, et je ne nie félicitais
1. Voy. miss Strickl. qui a lait usage üe celte lettre la première, l. IV, p. 217-9.
6k PREMIÈRES CALOMNIES CONTRE MARIE.
pas médiocrement en moi-mêmede la vie que j’aurais menée, si, grâce à mes services et à mes efforts, les deux pays avaient pu s’unir en un seul, et que Votre Seigneurie, à qui j’ai tant d'obligations, eût possédé la reine de céans. »
Mais Marie s’y est refusée, et alors quel changement 1 « Je peux bien affirmer que je n’ai jamais connu par moi-méme ou par oui-dire de femme plus volontaire, pour abonder plus obstinément dans son sens, sans ordre, raison ni discrétion. Son mari, sur tous ces points, et bien pis encore, la laisse loin derrière lui. Son conseil n’est que gens sans prudence, ni honnêteté. Elle-même et tout ce qui lui appartient, sont l’objet de mauvais bruits et de discours tels qu’on ne peut rien imaginer de pire que ce qui est dans toutes les bouches.
« Ces choses, je n'en doute pas, Votre Seigneurie va les trouver étranges, et surtout que ce soit moi qui les confirme! moi qui tant de fois, en parlant et en écrivant, ai célébré ses louanges [avec tout ce que ma langue pouvait dire et mon esprit inventer, en tout lieu et place où j’allais, tellement que Votre Seigneurie sait quelle peine j’avais à trouver créance chez bien des gens. Et maintenant, je crains de donner prise au reproche, ou bien d’inconstance, puisque me voilà si loin de mon opinion première, ou bien de manque de jugement, puisque je n’ai pas su voir ce que je découvre aujourd’hui. A cela je réponds que si j’avais été le seul à la juger ainsi, et que mon sentiment n’eùt pas été confirmé par mainte autre personne à qui je devais m’en rapporter d’après une étude approfondie des circonstances et des relations, on pourrait fort bien penser en effet que mes jugements ont été légers et mes rapports irréfléchis. Mais si Votre Seigneurie a trouvé que tout ce que j’ai pu dire ou écrire à la louange de la reine était confirmé au monde entier par l’un, l’autre et chacun, que dire de moi, sinon qu’avec eux tous je racontais ce que je trouvais, et qu’aujourd'hui elle est tellement changée de nature, qu’elle ne garde plus que l’apparence de la femme qu’elle était auparavant? »
Épuisons ce curieux plaidoyer. Leicestcr dira peut-être
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qu’il l’a échappé belle, et qu’en épousant Marie il se serait mis une étrange femme sur les bras. Randolph le rassure: * Il n’aurait pas été déçu en contractant ce mariage sur ses recommandations; car tout ce qui s’est montré de mauvais en elle provient de son désappointement d’avoir manqué un si bon mari. Quand elle vit qu’elle ne pourrait pas l'avoir, elle donna pleine licence à l’humeur générale du sexe, et ne s’inquiéta plus de ce qu’il adviendrait d’ellemême et du pays. » — Conclusion : « Non, je ne me trompais pas dans mon premier jugement sur elle ; et je ne puis que déplorer sa malheureuse destinée et son déshonneur (her hard |fortune and defame) de la voir arrivée à cette extrémité que la grande réputation et renommée qu’elle avait acquise par sa vertu et sa sagesse s’en est allée à vau l’eau, comme si elle n’avait jamais possédé ni l’une ni l’autre. •
Le comte de Leicester ne fut pas convaincu et lit des reproches à l’injurieux ambassadeur*. L’histoire non plus nesepaye pas de telle monnaie. Nous n’admettrons pas que Marie Stuart ait changé du tout au tout, de ce qu'il y a de plus parfait à ce qu’il y a de pire, soit par l’orgueil d’avoir épousé Darnley, soit parle dépit de n’avoir pas épousé Leicester: car Randolph nous offre l’une et l’autre explication, bien que l’une soit ex- . clusive de l’autre. Mais nous recueillerons ce précieux aveu, de l'homme qui l’avait étudiée quatre années durant, qu’elle était toute vertu et sagesse ; nous mettrons le doigt sur l’époque où l’on commença de diffamer Marie Stuart et sur les motifs véritables qui inspirèrent cette odieuse tactique.
Il semble que, le système général de calomnie étant admis, on ait été incertainquant à l’application. Randolph, en faisant partàCecil( 19 novembre 1 565) de la grossesse de Marie, ajoute :
« Je ne vous écris rien des bruits ou contes qui circulent, si ce n'est qu’assuré, nent la liberté de parler est grande ici ; vous en penserez ce que vous voudrez*. » Ceci n’est encore qu’une
1. Miss Strickl., IV, p. 248. Throckmorlon blama aussi Randolpb, t'd., p. 250.