‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 39 sur 257 · Miss Slricktamt, IV, p. 24G · texte numérisé non relu

Miss Slricktamt, IV, p. 24G

2. lettre de l'Mtpte de Mnndori d Cosmc l qrand-duc de Toscane , Parus 16 mars 1567. (Collect. LabanolT, I. VII, p. 107.)

tantôt c’est un froid calcul , du ressort de la politique. Un mobile n’exclut-il pas l’autre?

On prétend que la reine n’avait pensé à Bothwell qu’après avoir reconnu que son mari ne serait pas de taille pour une telle entreprise. Au contraire, lisons l’histoire véritable, c’est Darnley qui est l’impatient, qui se vante de rétablir la messe, qui accuse, dit-on, près du pape, sa femme de froideur en religion, qui veut l’exil définitif, la ruine de ses adversaires; et la plupart de leurs brouilles domestiques proviennent de ce que Marie pardonne au lieu de frapper, et tempère le zèle des catholiques au lieu de s’y abandonner. Ainsi leurs rôles sont précisément l’inverse de ce qu’on leur attribue.

Autre mensonge, lorsque Bothwell est taxé d’indifférence en religion. C’était un protestant très-chaud et très-entier. Vers la fin de 1565, il repoussa les instances du roi et de la reine qui voulaient qu’il les accompagnât à la messe. A la Chandeleur de 1566, Darnley, ayant juré qu’avant peu on dirait la messe à Saint-Gilles (église principale d’Edimbourg), en vint à de mauvaises paroles avec les lords Fleming, Livingston et Lindsay, parce qu’ils refusaient de le suivre à sa chapelle ; et Marie ne put rien gagner sur Bothwell et Huntly; de tous, Bothwell fut le plus rude dans sa résistance. Le même mois, il refusa, comme nous l’avons vu, d’épouser sa femme, la catholique Jane Gordon, devant l’église catholique*. Parla suite, il fut tout^ussi réfractaire. Est-il donc permis au zélé pamphlétaire de dire, qu’affectant de mépriser l’une et l’autre religion, il devait les simuler toutes deux, selon qu’il plairait à la reine, et de lui contester ainsi la sincérité de sa foi ? Il est vrai que Bothwell commit bientôt un assassinat. Mais Murray, Lethington, Morton, Lindsay, Ruthven, etc., assassinèrent aussi, une fois, deux fois, et même davantage, sans cesser d’être de parfaits chrétiens, en communion avec Knox et Buchanan ’.

t. Miss Strickland, t. IV, p. 226, 243-244, 258-269, d’après Knox et Randolph.

2. Non pas que nous perdions de vue que tes catholiques fanatiques préco-

LA FAVEUR DE HOTHWEI.L

On continue : Elle gorgea de richesses son favori nécessiteux, — Là-dessus, l'on dresse le catalogue formidable des dignités, des terres et des abbayes qu’elle lui prodigua. Knox dit que Bothwell, à son retour en 1565, avait été appelé au Conseil privé et nommé lieutenant des Marches du milieu et de l’ouest ; que la reine lui conféra les abbayes de Melrose, d’Hadington et de Newbottle; le château de Dunbar avec les terres les plus importantes du comté de March (ou Merse, situé à gauche de la Tweed inférieure). Morton, répondant à une série de questions de Cécil, sur le môme sujet, en 1573, confirme ce qui précède, en ajoutant divers avantages que Bothwcll aurait obtenus, mais seulement après la mort de Darnley, dont nous parlerons en leur temps, et enfin que Bothwell aurait reçu de la reine des bijoux pour vingt ou trente mille couronnes '. Robertson, et le continuateur de son histoire d’Ecosse (1800-2), Malcolm Laing, l’un des adversaires les plus récents de Marie Stuart , ont répété les mômes assertions, en étendant l’une d’elles, c’est-à-dire que le comte aurait été gratifié de la garde des trois Marches, fonctions que l’on partageait jusqu’alors entre trois officiers, et que la reine aurait réunies sur la tête de son préféré ; de plus, elle l’aurait nommé grand-amiral : toutes assertions précises et positives en apparence, incapables pourtant de résister à l’examen

nisaient aussi l'assassinat; nous voulons dire seulement que Buchanan n’a pas le droit de faire tant le difficile avec Bothwell.

1. V. Dans Chalmers, t. lit, p. 81 , 82, la liste dressée par Morton. Bothwell reçut : 1* la lieutenance générale du Border en 1565; 2’ l'abbaye de Melrose, qui valait 5000 livres d’Ecosse par an; 3* l’abhaye d’Hadington, 1000 livres; 5" le chftteau et la seigneurie de Dunbar, 200 marcs; 5" la capitainerie du ch&teau d'Edimbourg, avec une allocation annuelle de 1000 livres; 6" il fut fait duc des Orcades ot seigneur des Shetland, 10000 marcs; 7” il devait avoir la supériorité de Leilh ; 8” il se fit remettre des bijoux de la reine pour une valeur de 20 ou 30000 couronnes.

2. Nous allons suivre ici la discussion de Chalmers, t. III, p. 75 et suiv. , document subsidiaire n” 2. Elle a pour base les actes du parlement, les registres du sceau privé, ceux du Conseil privé, en un mot, les pièces authentiques constatant les actes quotidiens du gouvernement de Marie Stuart.

Pour les reprendre dans l’ordre d’énumération, Bothwell fut appelé au Conseil privé, non en 1565, mais le 6 septembre 1561, comme le prouve l'acte reproduit par Keith '. Il tenait de la régente son titre de lieutenant de la reine dans les Marches; il le recouvra en 1565, lors de la rébellion de Murray. Mais il y avait toujours trois gardiens: c’étaient, à cette époque, lord Hume, dans les Marches de l’est; Kerr de Cessford, dans celles du centre; sir John Maxwel, à l’ouest, tandis que l’office de lieutenant n’avait jamais été divisé.

Quant aux abbayes, Bothwell ne posséda jamais celles de Melrose et de Newbottle. Melrose appartint au comte d’Arran, abbé commendataire, jusqu’en 1562, et ensuite à Michel Balfour, qui la garda jusqu’à sa mort, arrivée en 1569. Seulement une pension de cinq cents marcs queBalfour servait au comte de Glencairn, sur les revenus de l’abbaye, fut transférée, mais pour peu de temps, à Bothwell (décembre 1565), après que Glencairn eut pris les armes avec Murray contre la reine. L’affaire de Newbottle est encore plus simple. Elle avait été octroyée viagèrement en commende à Mark Kerr, second fils d’André Kerr de Cessford, en 1546 ; il ne la quitta qu’avec la vie, en 1584; et son fils aîné lui succéda, d’après un diplôme exprès de Marie, daté de 1567. Bothwell n’y figure à aucun titre. Hadington, abbaye de femmes, était située au milieu des domaines de la famille de Hepbum, qui avait doté richement le monastère et y jouissait du droit de présentation. Le comte Patrick, père de notre comte James, avait fait nommer Élisabeth Hepburn, sa parente. Or, Élisabeth étant morte (1563) pendant la disgrâce de Bothwell, Maitland de Lethington, qui déjà s’était fait concéder par cette abbesse les terres de l’abbaye sous une forme de tenurequi l'exemptait de faire le service du fief (fee-farm), avantage que lui confirma une charte royale en décembre 1564, se fit octroyer de plus, pour lui-même, les reve-

1. Keith, Histoire des affaires ([Église et d'État en Écosse, Edimbourg, 1134, p. 187.

LA FAVEUR I)E BOTHWELL

nus, et pour son père et l’un de ses frères la garde de l’abbaye, jusqu’à l’institution ultérieure d’une abbesse. Cependant, après l’assassinat de Riccio, Maltland dut se cacher ; et Bothwel, à son tour, obtint du roi et de la reine la nomination d’Isabelle Hepbum à l’abbaye (1566), peut-être aussi la jouissance des biens Mais le secrétaire d’Ltat recouvra fort peu de temps après la plupart des terres qu’il ne perdit qu’en 1571, par laconiiscation prononcée contre lui sous le régent Lennox, alors que Bothwell avait disparu de la scène depuis quatre ans. Ainsi rien de moins exact que les prodigalités de Marie Stuart en terres et en rentes, au profit de Bothwell.

Qu’il fut promu par elle à la dignité de grand amiral, c’est une erreur ridicule à force d’énormité , puisque cette charge était héréditaire dans sa maison depuis l’an 1511, comme nous l’avons dit au commencement de ce travail.

Il se serait fait livrer des joyaux pour une grosse somme. Les comptes du trésorier, qui relatent minutieusement les moindres dépenses ,. ne font aucune mention de meubles , d’argent ou de bijoux remis à Bothwell , avant ou après son mariage avec Marie. Il faut prendre encore ici le contrepied des faits affirmés. Morton et Murray mirent la main sur les bijoux de Marie quand ils la détrônèrent, si bien que le 2 octobre 1568 , la reine Élisabeth dut écrire à Murray pour lui interdire de vendre les bijoux de la reine d’Ecosse*. Comme ils les avaient gaspillés, Morton, dans sa correspondance avecCécil, trouva commode, en 1573, de rejeter le déficit sur Bothwell et Marie.

Restent le château et la seigneurie de Dunbar. On a tort de dire que Bothwell fut créé seigneur de Dunbar; il eut seulement (24 mars 1566) la garde ou commandement mili-

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