Goodall, I, p. 292. — Chalmers, t, p. 218-279, note c
LA FAVEUR DE BOTHWELL
Mar, en un mot sa cour’. Chose singulière, il n'esl pas certain que Bothwell fût présent au moins les premiers jours. Buchanan, qui combine le récit à son intention, oublie de le désigner. Que le gouvernement se fût transporté à Àlloa, c’est ce qu’établissent plusieurs chartes par leur date d'Alloa, 28 juillet, ainsi que la proclamation délibérée ce jour-là en Conseil privé au même lieu. Elle convoque en armes pour le 13 août, à Peebles, sur la Tweed, les nobles de dix cantons, à l’effet d’aider le roi et lareine à restaurer la justice dans le royaume, en commençant par le Border. Rien ne prouve que Marie eût voulu fuir Darnley; ils vivaient en bonne intelligence depuis le commencement de juin’. S’il prit séparément le chemin de terre, c’est qu’avec sa violence désordonnée, incapable de s’imposer un frein à lui-même, il ne voulut pas se trouver sur le navire côte à côte avec Murray, contre lequel il affichait la haine. Ainsi, tandis que les ennemis de la reine aflirment faussement quelle abritait ses déportements solitaires au château d'Alloa, en compagnie de quelques bandits, les archives d’Ecosse démontrent qu’elle s’y occupait avec ses ministres des soins du gouvernement. Elle trouvait aussi le temps de faire une bonne action, en intercédant auprès d’un rude propriétaire, le laird d’Abercairnie, pour une pauvre veuve qu’il avait expulsée de sa chaumière*.
1. Keith, p. 345, d’après Holinshed, auteur estimé des Chroniclet of Kngland, Scotland and Irelami, 1577.
2. Randolph à Cècil, Berwick, 7 juin 1566, dans Keith, app., p. 168. — Avisd’Êcosse par le comte de Bedford, août 1566, dans Chalmers, 1, p. 280, note g.
3. Voici comment s’exprime Marie, bien peu ressemblante à ta Marie de Buchanan : « Fidèle aini, les gémissements désolés et les plaintes affligeantes de cette pauvre femme sont venus jusqu'à nous, que vous l’avez chassée par violence avec ses nombreux et pauvres enfants, hors de leur maison paternelle, quoiqu’elle ne demande qu’à remplir ses devoirs envers vous en toute reconnaissance. Dans le cas où vous auriez, eu l’intention d’aller si loin que de ruiner entièrement cette pauvre femme et ses enfants, nous désirons que vous usiez de miséricorde, que vous les receviez dans leur premier état comme vous l’avez fait antérieurement. Nous ne doutons pas que vous ne le fassiez à notre requête, et que vous ne soyez disposé à nous obliger et à nous être agréable en cela. Alloa, 30 juillet 1566. » Cité par miss Strickland, IV, p. 358,
PENDANT L’ÉTÊ DE 1566. 97
La cour alla et revint plusieurs fois d’Alloa à Edimbourg. Le 1" août, Marie reçut en audience solennelle à AUoa l’envoyé français Mauvissière de Castelnau , chargé de la complimenter au nom de la cour de France sur la naissance de son lils. Castelnau s’employa aussi en faveur des lords exilés et apaisa un démêlé qui s’était élevé entre la reine et son mari sur cette question C’était en effet la pierre d’achoppement. Les correspondances du temps, et parmi elles les plus nombreuses sont celles des Anglais, ne contiennent pas un mot sur les scandales prétendus d’Alloa; elles ne parlent que de dissentiments politiques entre les deux époux. Murray, occupé à réparer ses toiles déchirées plusieurs fois par l’événement, et à grouper de nouveau les éléments dispersés de sa faction, pressait la reine d’accorder une amnistie générale en l’honneur du royal enfant2 3. De concert avec lui, agissait la double influence de France et d’Angleterre. Marie, incapable de tenir rigueur longtemps, y inclinait, üarnley, qui avait vu les noirs desseins de son beau-frère, pesait en sens inverse de toutes ses forces et s’irritait de ne pas entraîner la balance. Il faut le dire, il avait raison; mais il s’était discrédité lui-même , et ses colères d’enfant le rabaissaient encore chaque jour. Les comtes de Murray et d’Athol arrachèrent le pardon de Maitland de Lethington1, dont ils affirmaient l’innocence, tandis que Üarnley l’appelait le plus vil des traîtres. Le 2 août, le coupable fut admis en présence de la reine au château d’Alloa. D’autres assassins de Hiccio, Elphinston, les lairds de Brunston et d’Elveson, le clerc de justice, furent encore redevables à Murray de leur grâce et de leur réintégration. Darnley, outré de fureur, proféra des menaces de mort contre son ancien complice. Accusé devant la reine par Murray, il ne nia point. Marie, épouvantée de ces perspectives sanguinaires, déclara qu’elle ne pouvait pas
1. Keith, app., p. 169: Bedford à Cécil, 3 et 9 août 1566. Lettre d’Archihald Douglas à Marie Stuart, dans Ilobertson, Pièces liislor., n- 47.