Clialtuers, 111, p. 556, note n
LA FAVEUR DE BOTHWELL
être contenta que lui ou quelque autre fussent mal avec milord de Murray. Sur quoi le roi, quittant sa femme, s'en fut à Dunfermline, puis à Dalkeitli; au reste, il revint bientôt, son dépit exhalé.
La réintégration de Lethington à la cour n’était pas un échec moins fâcheux pour Dothwell que pour le roi. Nous avons vu que l’abbaye d’Iladington était la pomme de discorde entre ces deux seigneurs. Murray s'offrit pour arbitre avec sir James Dalfour; mais il se montra si partial au profit de son ami, que Dothwell s’écria qu’il perdrait plutôt la vie que de se départir des terres de l’abbaye 1 « Et moi, répondit Murray, je sais vingt honnêtes gens qui vous valent, et qui donneront leur vie plutôt que de laisser dépouiller Lethington'. » La reine, présente à cette altercation, ne dit rien. En blâmant Darnley, elle avait par avance donné gain de cause au parti de son frère. Dothwell, soit mécontentement, soit inquiétude pour sa propre sûreté, quitta la cour et se retira dans son gouvernement *. On trouve en etTet que le roi et la reine lui écrivirent, en date du 12 août 1566, pour qu’il prit les mesures convenables dans .le Peeblesshire (sources de la Tweed), où ils avaient projeté de se livrer au plaisir de la chasse '.
Que deviennent donc les affirmations de Duclianan et des historiens qui l’ont suivi, que dans l’été de 1566 Dothwell était le maître et que rien ne se faisait que par lui? A la vérité, elles trouveraient une confirmation apparente dans les correspondances anglaises. CelJes-ci portent d’abord que l’évêque de Iloss a la conduite principale des affaires (lettre
1. Robertson, Pièces histor. , n° 17. — Miss Strickland, IV, 361; — et Chalmers, III, p. 104, note I.
2. Cette inquiétude n’était pas sans fondement. Bedford dit, dans une lettre à Cécil, 12 août : « J’ai entendu dire qu’il y a un projet sur le métier, concernant le comte de Bothwell, et j’aurais pu en savoir les particularités ; mais comme les affaires de celte sorte ne me plaisent pas, je désire n’en pas savoir davantage. »
3. Chalmers, 1 , p. 281 , 282, noie i; II, p. 527, note r. — Miss Strickland, IV, 362.
de Randolph à Cécil, 7 juin 1566); ensuite, que Bothwell a, dit-on, plus de crédit que personne sur la reine (lettre de Killigrew à Cécil, 24 juin, déjà citée); que Bothwell est haï généralement et qu’il est plus insolent que Riccio ne le fut jamais (Bedford à Cécil, Berwick, 2 août); qu’il est toujours en faveur et qu’il a la haute main dans la direction des affaires (Bedford à Cécil, Berwick, 9 août 1566 *). Mais, parmi les auteurs de ces lettres, Killigrew ne fait que d’arriver en Ecosse et redit ce que lui ont débité le jour même les ennemis de Bothwell. Bedford n’est pas sur les lieux; il écrit de sa résidence de Berwick, d’après les rapports de ses pensionnaires, chez lesquels il n’y a d’incontestable que le désir de gagner l’argent anglais*. De tels documents ne sauraient prévaloir contre la vérité matérielle et certaine des faits. 11 est impossible de soutenir que le comte de Bothwell exerçait un empire absolu sur le cœur et l’esprit de Marie Stuart, lorsque l'on voit la faction de Murray en possession de la reine et du palais, et victorieuse de Bothwell dans toules les luttes d’influence. Déclarons hardiment que la passion dont retentissent la Deteclio et YActio, et après elles tant d’histoires, pour l’été de 1566, est une fable calomnieuse.
Des mêmes sources émanent les contes odieux sur les mauvais procédés dont Marie Stuart aurait usé alors envers Durnley. Les deux époux, au contraire, passèrent ensemble à la chasse les mois d’août et de septembre presque entiers. Leurs lettres, les procès-verbaux du Conseil privé qui les accompagnait, et les registres du sceau privé, en un mot, la suite des actes ofliciels du gouvernement, mettent à même de les suivre pas à pas, de localité en localité ’. Ce n’est pas
1. Chalmers, L III, p. 30, 31, note p ; p. 34, noie ». — Keith, app., p. 1G9.
2. Il faut lire avec défiance ces lettres citées par Robertson (Pièces hisf. , n* 17). Le plus souvent elles émanent de traîtres, c’est-à-dire de sources corrompues. Elles renferment des on dit, des historiettes évidemment exagérées ou fausses.