‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 49 sur 257 · LES ASSISES DE JEDBURGH ET LE BAPTÊME DU PRINCE ROYAL · texte numérisé non relu

LES ASSISES DE JEDBURGH ET LE BAPTÊME DU PRINCE ROYAL

Quand les deux factions adverses eurent signé leur accord secret, les tiraillements cessèrent d’agiter la cour. La paix se rétablit à la surface. Du Croc s’en réjouit sans connaître le fond des choses : « Et vous diray là-dessus que lesdils seigneurs qui sont icy, à Jedburg, lesquels correspondent au roy et à Votre Majesté (allusion à là lettre du conseil à Catherine de Médiris), sont si bien réconciliiez ensemble avecques la royne par sa sage conduicte, que aujourd’huy je n’y veois une seule division* » A partir de ce moment, Bothwell eut plus d’assurance et de crédit, au moins extérieurement, ce que l’on pourrait prendre mal à propos pour l’efTet et la preuve de son ascendant sur Marie Stuart.

Cependant, les troubles, les intrigues de l’Angleterre, les menées de Morton et des autres exilés avaient réagi néces-

1. Lettre à Catherine de Ue’dicis. Jedburgh 17 octobre 1556. Il donne les mêmes indications à l'archevêque de Glasgow (15 octobre) dans une lettre dont nous n'avons que la traduction anglaise (Keith, p. 346). Après avoir dit que le roi n’a aucune autorité sur les esprits, il ajoute : « Je ne vis jamais la reine si aimée, estimée et honorée ; jamais tant d’harmonie parmi ses sujets qu’aujourd’hui, grâce à la sagesse de sa conduite; car je ne puis pas apercevoir la moindre querelle ou discorde. »

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sairement sur lu Border ou les frontières du sud, et ravivé les brigandages des Johnston, des Armstrong et des Eiliol dans le Liddisdale1 2 3.

Dès les derniers jours de juillet, le roi et la reine avaient décidé qu’ils tiendraient des assises extraordinaires à Jedburgh, petite ville du comté de ftoxbarg, lieu habituel des assises du border, et qu’ils y enverraient Bothwell, lieutenant des frontières, avec des forces. Les Elliot et leurs amis résolurent de résister si B ithwell venait seul, sans être suivi de la reine; et ils s’assurèrent auprès de Bedford qu’on leur donnerait cinq ou six jours d’hospitalité sur le territoire anglais, en cas de besoin *. Les circonstances retardèrent deux mois l’expédition projetée par Marie. Enfin la reine convoqua les vassaux de la couronne à Melrose, pour le 8 octobre.

Elle envoya Bothwell en avant avec mission de s’assurer des principaux coupables et de les enfermer au château de l’Ermitage*. Le comte arrêta d’abord les lairds de Mangerton, de Whitehaugh et plusieurs Armstrong; puis il se mit à la recherche des Elliot, les plus dangereux de tous. Le hasard voulut qu’étant séparé de ses gens, il rencontrât seul à seul John Elliot du Parc, le chef de ces bandits. Un combat s’engagea entre eux, bien digne des mœurs du Border (7 octobre 15o6). Il tourna d'abord à l’avantage de Bothwell, qui accorda quartier à son adversaire. Alors Elliot lui demanda s’il lui garantissait la vie sauve? « Que le jugement vous déclare net, répondit le comte, j’en serai charmé; mais il faut que vous vous eu remettiez à la volonté de la reine. » A ces mots, Eiliot se jette à bas de cheval et prend la fuite; le comte le blesse d’un coup de pistolet, met pied à terre pour le poursuivre, mais il glisse dans un bourbier et tombe . Le

1. Goodall, I, 304-306, Lettre de Bedford d de U, 3 et 12 août. — Keith, Appcnd. p. 169. — Miss Slrickland, V, p. 12.

2. Goodall-, I, 294, 305. — Keith, Append., p. 169; Bedford dCécil, 3 août 1666.

3. Corruption du nom pour Armitage, arsenal du Liddiadale. Miss Stricklaud, V, 17 , et Goodall, 1, p. 303, note a.

ET LE nAPTEME DTI PRINCE ROYAL.

bandit s’élance sur lui, le frappe à coups redoublés, le blesse à la tête, au milieu du corps, à la main, et s'éloigne non sans avoir reçu lui-mé^ie deux coups de poignard a travers la poitrine. 11 alla expirer à un mille de là, sur une colline. Bothwell lut trouvé évanoui et baigné dans son sang ; ses serviteurs le transportèrent à l’Ermitage*. Mais à la laveur de son absence, les brigands qu’il avait emprisonnés dans la forteresse s’en étaient rendus maîtres ; iis n’en rouvrirent les portes au blessé qu a condition qu’ils seraient libies de retourner chez eux. Le bruit de la mort de Bothwell courut pendant quelques jours. 11 n’est pas contestable, quoiqu’on en ait dit, que le départ de Bothwell et de la reine pour le Liddisdale était décidé depuis longtemps; et ce ne fut pas davantage l'accident du comte, qui décida Marie à prendre le chemin de Jedburgh. Le jour tixé d'avance, 8 octobre, elle quitta Edimbourg avec ses ministres, son Conseil privé, ses principaux officiers de justice, et fut reçue à Melrose par la noblesse des comtés adjacents, docile à sa proclamation. Le lendemain, elle ouvrit les assises à Jedburgh et les tint une semaine durant, tout entière aux affaires de la justice et de l’Etat. Cela lait, elle voulut voir Bothwell, son lieutenantgénéral; et même d’après une chronique française, conservée en Angleterre’, elle ne lit que suivre sur cet article l’avis

1. un admet d’après chalmers que ce combat eut iieu le 8 octobre : miss Strickiand (V, p. 10) rapporte une lettre de tord scvupe à Cécil, Carliste G octobre, dans laquelle il dit que liotbwoil a été tué la voiile par Kinot. Cependant Keitti cite q>. 059, note dj un acte du conseil privé du S octobre a Edimbourg, dans lequel üolbwell est mentionné comme présent 5 la séance. Tyiler (liai. U'Écosse, t. V, p. 303, éd. J845) indique loti octobre cuuune date de la lettre de lord Scrope. Alors le combat est du 7, et UolliweU a pu assister au conseil privé le 0.

2. Citée par Fraser t y lier, t. VII, p. 53, et par miss Strickland, t. V, p. 10. La cüronique s'exprime ainsi : a sa Majesté lut requise et conseillé d’aller visiter due utaisou appelée Hermitage pour entendre de lui l’estât des alTaires de pays de quel le dit sieur (UoluweU) estait gouverneur héréditairement. Four caste occasion elle y alla en diligence accompagné du coule de Murray, et autres seigueurs, eu présence desquels elle commuuiqua avec ledit sieur compte, et s’eu retourna la rnesiue jour à Jedwood od 1e lendemain elle tomba malade. »

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de son Conseil. Le 16 octobre, prenant avec elle Murray, Lethinglon et ses autres ministres, elle parcourut à cheval les vingt milles qui la séparaient le l’Ermitage. Pendant deux heures, en présence de ses lords, elle s’entretint de l’état du pays avec le blessé alors convalescent, que cette visite avait rempli d’une satisfaction aisée à comprendre*. Le soir môme, elle revint à Jedburgh. Là, elle écrivit une parlie de la nuit, et, le matin, expédia une quantité considérable de papiers à Bothwell. Le même jour, elle était prise d’un évanouissement qui dura deux heures, puis d’une fièvre violente, accompagnée de délire*.

Cette rapide excursion, dénaturée et envenimée, a fourni une ample matière à la diffamation. Si on laisse au fait ses proportions véritables, il nous présente une marque d’intérôt très-bien placée chez la souveraine pour le fidèle sujet qui avait rempli son devoir au péril de sa vie ; une visite d’affaires, utile au moment où elle allait quitter ce pays toujours si difficile, et dont elle ne pouvait guère s’éloigner, sans en avoir entretenu le magistrat principal. Courir quarante milles en un jour (seize lieues environ), n’avait rien d’extraordinaire chez une femme que, peu d’années auparavant, on avait vue tenir bravement la campagne dans les

1. Qu’elle tint à Bothwell, rien de plus légitime. Dans sa lettre à Catherine de Médicis (11 octobre), du Croc parle de la blessure de Bothwell : « mais il est hors de danger, de quoy la reine est bien fort ayse : ce ne Iuy eust paa esté peu de perte de le perdre. » (Labanoff, t. I, p. 378.)

2. M. Mignet (t. I, p. 247) donne le 15 octobre, pour la course de l’Ermitage; et le 16, pour la maladie de Marie; mais il est dans l'erreur. Une charte, que la reine signa & l’Ermitage, le 16 octobre, üxe la première date (Goodall, t. I, p. 304, note a). Quant à la seconde, on trouve dans la collection du prince Labanoff (t. I, p. 372) une lettre de Marie à Charles IX, datée de Jedburgh, 16 octobre 1566. — La longue lettre de du Croc à Catherine de Médicis, Jedburgh, 17 octobre, lettre que nous avons employée plus haut, garde le silence sur la maladie de Marie Stuart; et cette maladie débuta par une atteinte si soudaine et si violente, qu’il serait inconcevable que du Croc, écrivant le lendemain du jour de l’explosion du mal, n’en dit pas un mot. Elle est donc du 17 au plus tôt, après le départ de la dépêche de du Croc. — M. Mignet se trompe aussi avec Chalmers, en mettant le combat de Bothwell au 8 octobre.

rudes montagnes des Highlands, et regretter de n’être pas un homme pour porter aussi la targe et la claymore. L’Anglais, lord Scrope, gouverneur de Carlisle, présent à Jedburgh, écrivit immédiatement à lord Cécil le récit de la journée, sans exprimer ni étonnement ni critique, tant cette action parut simple et naturelle à qui en fut témoin*. Les dates et les faits que nous venons de rapporter sont attestés par les registres du Conseil privé et du sceau privé, renfermant les actes de Jedburgh, par le journal de Birrel, chronique du temps estimée, par la chronique française anonyme, mentionnée plus haut, la lettre de lord Scrope, et d’autres sources encore.

Mais Buchanan ne s’inquiète ni des autorités, ni des documents , ni des témoins. Ce n’est pas pour dire la vérité que Murray le paye. Voyez plutôt : La reine se disposant à tenir les assises de Jedburgh dans les premiers jours d’octobre, se fait précéder de Bothwell. « Celui-ci , loin de se conduire comme il convenait à son rang, à sa famille et à ce qu’on attendait de lui, est blessé par un bandit à moitié mort*, et porté à l’Ermitage dans un état presque désespéré. Dès que la reine apprend cette nouvelle à Borthwick, elle court comme une folle {velut insana pervolal)h grandes journées, par un hiver déjà rude, d’abord à Melrose, ensuite à Jedburgh. Là, quoiqu’on lui annonce que la vie de Bothwell n’est pas en danger, elle ne peut souffrir de retard, ni s’empêcher de manifester sa honteuse passion. En dépit de la mauvaise saison , des difficultés des chemins , des embûches des bandits, elle se lance en avant, avec quel cortège! — des gens à qui personne d’un peu honnête, même dans une condition médiocre , n’oserait confier sa vie ni son avoir. Revenue à Jedburg, elle s’occupe, avec le zèle et la diligence imaginables d’y faire transporter Bothwell. Quand il y fut , leurs rapports et leurs habitudes ne furent pas plus conformes à

t. Kr. TyUes, t. V, p. 363, éd. I84f>.

2. Dans son Histoire d’ Écosse , p. 348, il dit a lalrunculo ignobili.

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la dignité de l’un que de l’autre. Alors , soit leurs fatigues de jour et de nuit, peu honorables à leurs propres yeux et infâmes à ceux du public, soit un décret caché de la Providence , elle fut prise d’une maladie si grave et si terrible , que l’on ne conservait presque point d’espoir de la sauver'.»

Il faut un certain courage pour suivre l’écrivain dans le dédale de ses calomnies. Sans nous arrêter à ce qu'il. y a île mensonger dans la mention du combat de Bothwell avec John Klliot , il fait partir Marie Stuart de Bortliwick (où elle n’était pas) et non de Melrose, parce que Borthwick étant plus éloigné de Jedburgh que Melrose , cela met mieux en relief la course effrénée de Marie. 11 supprime les huit jours entiers que Marie demeure à Jedburgh avant d’aller voir le comte. 11 transforme son coi tége de ministres en une troupe de scélérats; en cela, nous avouons qu'il est plus près de la vérité que dans aucun autre détail. Car les seigneurs qui formaient la suite de Marie, étaient en vérité des traîtres et des assassins de compagnie fort dangereuse. Mais que dire de l’incroyable effronterie du calomniateur, lorsqu’il représente Marie installant Bothwell à Jedburgh, et contractant, à force de débauches avec lui, la maladie à laquelle elle faillit succomber? Voilà un homme qui a reçu trois blessures graves, qu’on a ramassé privé de sentiment, tout son sang répandu; et, quatre ou cinq jours après , il accable de plaisirs une femme débordée, à la mettre presque dans la tombe ! D'ailleurs, parmi la suite des événements, il n’y a pas de place pour ces jours et ces nuits de désordre, puisqu’il est constant que la maladie de la reine suivit immédiatement son excursion à l’Ermitage. D’après les lettres des témoins oculaires , Bothwell convalescent ne parut à Jedburgh que vers le 25 octobre, c’est-à-dire neuf jours après la visite de la reine*.

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