Miss Slrickland, t. V, p
ET LE BAPTftME DU PRINCE ROYAL. 131
L’idée fixe de ceux des assassins de Riccio qui avaient obtenu dé la bénignité de la reine leur pardon et leur réintégration dans leurs biens et dignités, était d’obtenir la grâce de leurs complices encore exilés, tels que Morton, Lindsay, Ruthven, etc., et de réorganiser ainsi leur faction toute puissante désormais. La reine cependant manifestait à l’égard de ceux-ci non pas de la haine, mais de la terreur; car dans la cruelle nuit du 9 mars 1 566, ils avaient poussé la rage jusqu'à lui appuyer le poignard et le pistolet sur le sein. Pour la décider à surmonter sa répulsion, ils pensèrent qu'il fallait lui offrir l’appât d’un grand service. Or, témoins des chagrins domestiques, dont l’abreuvait un insensé qui avait tourné tout le monde contre lui, l’idée d’un divorce se présenta naturellement à leur esprit. Par là ils se débarrasseraient d'un ennemi qui, tout faible de caractère et tout isolé qu’il fût, les inquiétait à force de haine, et ils se rendraient maîtres à la fois de leur souveraine et de l’État. Cette combinaison fut l’œuvre de l’artificieux et profond Maitland, déjà principal instigateur de l’assassinat de Riccio. Elle en rècélait une autre bien plus redoutable, qui ne devait pas tarder à se dégager de celle-ci.
Le premier indice paraît dans une lettre de Maitland de Lethington à l’archevêque de Glascow, écrite le 24 octobre, au plus fort de la maladie de Marie à Jedburgh : « La cause de la maladie de la reine , à ce que je comprends , est la mélancolie et le chagrin; et je crois pouvoir conclure de ce qu’elle m’a déclaré, que le roi en est la source. Car elle lui a fait tant d’honneur, sans l'avis de ses amis et contre le gré de ses sujets; et lui, d'autre part, l’a tant payée d’ingratitude et se conduit si mal envers elle, que son cœur se brise à la pensée qu’il doit rester son mari et qu’il n’est aucun moyen de se délivrer de lui *. » Nous croyons que le secrétaire d’Etat n’avait pas qualité pour tenir ce langage. Il est difficile d’admettre qu’à travers les syncopes, le délire, l’abat-
1, Cité par miss Slrickiand, t. V, p. 20.
LES ASSISES DE JEDBURGH
tement et la fièvre, Marie Stuart eût si bien instruit l’ancien factieux, qu’elle avait rapproché d’elle depuis un mois seulement. Est-ce aussi à de tels moments que l’on songe à se débarrasser d'un mari? De la part de Lethington, ce n’était pas connaître les dispositions secrètes de Marie Stuart; c’était les supposer et les suppléer, pour préparer l’archevêque de Glasgow à des ouvertures ultérieures sur le divorce que l’on méditait autour d’elle. Spottiswood, contemporain de Jacques VI, accuse Maitland d’avoir fomenté les dégoûts de la reine au sujet de son mari, d’avoir projeté un divorce entre eux avant le voyage de Jedburgh et remis ce projet sur le tapis après le voyage*. Par la suite, Lethington ne fut pas toujours l’ami du régent Murray, ni de ceux qui exercèrent la régence après Murray. Le temps vint alors où Buchanan, ami de quiconque tenait le pouvoir, écrivit contre lui. Dans son pamphlet du Chamocleon (1570), il l’accuse formellement d’avoir semé la zizanie entre les époux royaux. Un jour qu’une noble dame lui disait: « Dieu veuille que le roi et la reine s’accordent! » il répondit: « Dieu ne les accorde jamais*! » De même, Camden adresse ce reproche général aux grands. Gardons-nous donc de croire le secrétaire sur parole, quand il prèle à Marie ses propres idées touchant le divorce.
Aussitôt que üarnley eut quitté sa femme une fois de plus, Lethington et Murray se mirent à l’œuvre. Ils s’adressèrent successivement aux comtes d’Argyle et d’Huntly, en déplorant l’exil de Morton, de Lindsay, de Ruthven et du reste de leurs amis. Ces derniers avaient, disaient-ils, tué David, pour dissoudre le parlement qui devait voter la confiscation du comte de Murray et des autres; à leur tour, ils seraient donc bien ingrats s’ils ne travaillaient pas de toutes leurs forces à réinlégrer les bannis. Le moyen d’y parvenir, dit Lethington, était de promettre à la reine de trouver un motif
1. Cité par Chalmcrs, t. III, p. 559, note r. — Voy. aussi miss Stock land, t. IV, p. 345, 346.