‹ Marie Stuart et le Comte de BothwellChapitre 59 sur 257 · Chamceiéon, p. 15. édit. Kreebairn · texte numérisé non relu

Chamceiéon, p. 15. édit. Kreebairn

de divorce entre elle et son mari. Argyle avait trempé avec Morton dans le complot contre Riccio. Huntly, au contraire, avait failli en être victime; mais on lui fit espérer, dit-on, sa réintégration définitive dans les biens et les honneurs, dont sa famille avait été dépouillée lors de la catastrophe de 1562. Il paraît cependant que déjà Marie Stuart l’avait relevé en mars 1566, avant la dissolution violente dont les meurtriers de l’Italien frappèrent le parlement. Les deux comtes réservèrent la libre volonté de la reine; et passant tous quatre chez Bothwell qui était gagné d’avance, depuis la réconciliation du 1" octobre, ils se rendirent devant Marie. Lethington porta la parole. Il traça le tableau des offenses intolérables dont le roi s’était rendu coupable envers elle, de sa conduite qui allait tous les jours de mal en pis. « S’il plaisait à Sa Majesté de pardonner au conaHede Morton, aux lords Ruthven et Lindsay,et à leurs compagnons, ils trouveraient moyen avec le reste de la noblesse de procurer un divorce entre Son Altesse et le roi son mari, sans que Sa Grâce eût seulement à s’en mêler. C’était une résolution qu’elle devait prendre absolument pour son bien particulier comme pour le bien du royaume, car il troublait Sa Grâce et tout le monde; et s’il continuait à rester avec Sa Majesté, il n'aurait pas de cesse qu’il ne lui eût fait quelqu’autre mauvais tour, auquel Son Altesse serait peut-être fort empêchée d’apporter du remède.» Lethington et ses associés continuèrent de discourir quelque temps. A cette éfoque, un divorce n’avait rien d’extraordinaire. Sans parler des exemples que présentait l’histoire de France et d’Angleterre, Marie en trouvait un chez Marguerite Tudor, sa grand’mère, qui avait divorcé deux fois et contracté trois mariages, sans être plus mal vue. Ébranlée un moment, elle dit toutefois qu’elle ne pourrait y entendre qu’à deux conditions; la première, que le divorce se ferait légalement; la seconde, qu’il ne porterait aucun préjudice aux droits de son fils, sinon elle aimerait mieux endurer les tourments et affronter -tous les périls imaginables, le reste de sa vie. Bothwell s’efforça de la rassurer, en lui rappelant qu’il avait suc-

LES ASSISES DE JEDBÜRGH

cédé sans difficulté à l’héritage paternel, quoique son père et sa mère eussent divorcé. Mais son éloquence ne la persuada pas. Comme les ministres ajoutaient que, le divorce prononcé, le roi fixerait sa résidence dans une partie du royaume, et elle dans une autre, ou même qu’il aurait à se retirer à l’étranger, elle les interrompit en disant qu’il changerait peut-être, et qu’il vaudrait mieux qu’elle se retirât en France pour un temps, jusqu’à ce qu’il fût rentré en lui-même. « Madame, répliqua Lethington, ne vous inquiétez pas. Nous sommes ici les principaux de la noblesse et du Conseil de Votre Ürâce, qui trouverons bien le moyen de délivrer de lui Votre Majesté, sans préjudicier à votre fils ; et quoique milord de Murray, ici présent, ne soit pas moins scrupuleux pour un protestant, que Votre Grâce pour une papiste, je suis bien sûr qu’il regardera à travers ses cjoigs, nous verra faire et ne dira rien. » A cette insinuation mystérieuse et formidable, la reine répondit : « Je ne veux pas que vous fassiez rien qui puisse blesser mon honneur ou ma conscience. Je vous prie, laissez plutôt les choses comme elles sont, en attendant que Dieu dans sa bonté y porte remède. Car croyant me faire service , vous pourriez ne me causer que dommage et déplaisir. » Lethington lui dit: • Madame, laissez-nous conduire l'affaire, et Votre Grâce n’en verra rien sortir que de bcm et d’approuvé en parlement. »

Ainsi finit cette conférence, sur un refus de la reine et sur des paroles de ses ministres, qui la laissaient dans l’idée qu’ils n’agiraient pas en dehors de l’assemblée de la nation.

Ces détails nets et circonstanciés sont tirés de l’acte intitulé : Protestation des comtes d’Huntly et d’Argyle touchant le meurtre du roi d’Ecosse Elle est du commencement de janvier 1569. Les deux seigneurs olfrent d’en soutenir la véracité par le combat singulier contre Murray et Lethington. On dit bien (Malcolm Laing) que cette protestation fut en-

t. Anderson, t. IV, p. 188. — Keilh, Append., p. 136. — Goodall, t. II, p. 316.

voyée par la reine ou en son nom, toute rédigée, aux comtes d’Huntly et d'Argyle pour qu'ils la signassent*. Mais outre l’affirmation, il faudrait la preuve. Murray opposa (Londres, 19 janvier 1569) une réponse, qui existe dans les archives anglaises, collée au dos de la pièce précédente. Il se plaint de l’habitude de ses ennemis de le calomnier en arrière, et soutient qu’il n’a été fait devant lui, à Craigmillar, aucune proposition dont l’objet fût illégal et déshonorant. Il ne signa pas d’autre « band » que l’acte de réconciliation avec Bothwell , pour céder aux exigences de la reine, qui, dit-il, ne voulut pas l’admettre en sa présence, ni lui donner la moindre marque de faveur, avant qu’il en eût pris l’engagement1. Ce dernier trait rendrait à lui seul tout le reste suspect. N’avonsnous pas vu, en effet, que, dès le mois d’avril 1566, il était maître absolu à la cour de sa sœur, tandis que sa réconciliation avec Bothwell n’eut lieu que le 1" octobre suivant? Du reste, il se tient dans le vague sur les délibérations de Craigmillar et n’aborde pas la question du divorce, qu’après tout, vu les mœurs écossaises, il n’était pas précisément contraire aux lois et à l’honneur de soulever. C’est l’intention secrète qui pouvait être répréhensible. Cécil ne parait pas avoir eu de doutes sur l’authenticité de la protestation des deux seigneurs. Car, au-dessous de la réplique de Murray, il a écrit de sa propre main : « 19 janvier 1568 (vieux style), 1569, réponse du comte de Murray à un écrit des comtes d’Huntly et d’Argyle.»

Du reste, la déclaration des deux comtes n’était pas publiée alors pour la première fois. Déjà ils avaient fait partie d’une assemblée de trente-cinq comtes, lords, évêques et abbés, qui, réunis â Dumbarton, chargèrent l’évêque de Ross, les lords Robert Boyd, William Livingston, John llerries, et John Gordon de Lochinvar, chancelier, d’aller soutenir les intérêts de Marie Stuart près d’Élisabeth. L’assemblée donna à ses commissaires des instructions, en datedu 12 septembre 1568,

' t. Mignet, t. I, p. 2ftO. note i.

Page 1